01Les racines du « je ne suis pas assez »
Là où j’ai grandi, chez mes parents, il était très facile de ne pas se sentir à la hauteur, de ne pas en faire assez.
Chez moi, rien n’était jamais assez
Pour une simple raison. Pour ma mère, rien n’était jamais suffisant. Et puis, même quand j’arrivais à faire quelque chose qui pouvait la satisfaire, l’effet ne durait guère plus de vingt-quatre heures.
Côté scolaire, mes profs me disaient que je n’en faisais pas assez. Ils avaient raison. Parce que de toute façon, même quand j’avais une bonne note, pour ma mère, ce n’était pas assez bien. Et quand j’avais la plus haute note, elle restait persuadée que j’avais triché. Ou alors, j’avais droit à un laconique et sec « tu vois quand tu veux ». Un mot gentil ? Non.
Autre exemple ? Les cadeaux pour son anniversaire, qui n’étaient jamais assez bien. L’aider au quotidien n’était pas assez. Vider mon compte en banque et m’endetter pour la famille ne méritait pas un merci.
Pour elle, tout lui était dû, et rien n’était jamais assez bien. Je n’ai jamais su ce qu’elle pouvait attendre à cette époque ; le savait-elle même ? Cela restera un mystère.
En tout cas, c’est comme ça que cela s’est passé pour moi. C’est ainsi qu’est né et que s’est renforcé ce sentiment de pas assez chez moi.
Et chez toi, d’où vient ce « pas assez » ?
Chez d’autres, ça va être un parent qui pense sincèrement bien faire en poussant son enfant à donner plus, à avoir de meilleures notes. Ça peut être un professeur dans la même veine. Parfois, une bonne volonté peut donner de mauvais fruits, parce qu’elle est mal exécutée.
Si tu veux savoir d’où ça vient, il faut alors chercher dans tes souvenirs, retrouver ces moments où tu as eu cette tristesse de ne pas te sentir à la hauteur, de ne pas en avoir fait assez pour satisfaire une personne qui avait de l’importance pour toi.
Quand le plaisir s’éteint peu à peu
Globalement, tu es arrivé avec le cœur gros comme ça, plein d’espoir, peut-être même avec une bonne dose de confiance, tu avais la certitude que tu tenais quelque chose.
Et puis, à force de ne pas réussir à obtenir une gratification, tu as lentement baissé les bras. C’est devenu mécanique. Ton plaisir s’est dilué peu à peu. Tu as senti une solitude profonde s’emparer de toi, une forme de lassitude, un sentiment sombre, quelque chose qui te dit que tu n’y arriveras jamais.
Et le plaisir que tu avais à vouloir faire, avant, créer, le plaisir de te bouger, tu l’as un peu perdu en route. Aujourd’hui, ça te coûte de l’énergie.
02Ce que le sentiment de ne pas être à la hauteur finit par provoquer
Et tout ça, ça s’est répété. Et à la longue, tu as cultivé, malgré toi, ce sentiment que, quoi que tu puisses faire, ça ne serait jamais assez. Tu as fini par perdre le goût de te dépasser. Et quand tu le retrouves, ça te demande un effort si violent que cela te bouffe ton énergie.
Se saborder dès que ça commence à marcher
Le truc, c’est qu’avec ça, ce quotidien, j’ai fini par croire, avec fermeté, que je n’étais pas assez. Tout ce que je faisais ne suffisait pas. Et dès que quelque chose commençait à fonctionner, je prenais peur, et je m’arrangeais pour fracasser le truc.
La comparaison qui tire vers le fond
Et pour tout arranger, il y a des gens qui souffrent de cette forme d’insuffisance et qui passent leur temps à se comparer à tout ce qu’ils peuvent trouver sur les réseaux sociaux, ou à la télé. Et ça, eh bien ça n’aide pas non plus. Ça te tire vers le fond.
En résumé, sans parler de désastre, les conséquences sont bien assez pénibles et peuvent influer plus ou moins lourdement sur le parcours de vie.
Cette voix intérieure en bruit de fond
Par moment, on peut réussir à se motiver, à se donner de l’élan. Je me souviens m’être lancé dans quelques projets ambitieux, à mon échelle. J’ai réussi à ne pas écouter cette voix intérieure pour me mettre en mouvement.
Le truc, c’est que cette foutue voix, elle ne la ferme pas aussi facilement. Alors, chaque jour, je devais faire un effort pour ne pas l’écouter, et me concentrer sur mon boulot. Mais elle restait là, je l’entendais en bruit de fond.
C’est comme ça que j’ai bousillé ma carrière d’arbitre officiel, que j’ai ruiné au moins trois beaux projets de site sur internet, et puis, ma santé.
Certains jours, j’ai encore peur de ne pas être assez solide, de ne pas être un assez bon père, un assez bon compagnon. Ouais, cette saloperie, elle te colle à la peau, et s’en défaire, ce n’est pas la joie.
03Sortir de la boucle du « pas assez »
Il est arrivé un moment où j’ai fini par ne plus lutter. Je ne me suis pas résigné. Je me suis dit que cette foutue voix, cette façon de me voir, était là, ancrée. Bien. Soit je l’écoute, et je ne fais plus rien, je reste là, j’attends, je ne rêve plus, j’oublie mes envies, et je laisse cette voix diriger ma vie.
L’autre solution ? Avancer. Faire le tri dans mes envies. Me concentrer sur ce qui compte le plus pour moi. Et y aller. Pas comme un mort de faim ou un condamné, pas simplement pour me dire qu’au moins j’aurais essayé.
Mais y aller en me disant que je ne pars pas avec un avantage : je sais qu’une voix va venir me pourrir la tête, m’emmerder. Alors oui, elle est là. Pour autant, est-ce que je dois lui faire confiance ? Non.
Ce que cette voix dit vraiment de moi
Et puis, cette voix, elle raconte quoi de moi, en fait ? Elle dit plusieurs choses à la fois. Elle dit que j’ai peur d’être jugé, rejeté et, d’une certaine façon, abandonné. Ce sont là de vieilles peurs qui me hantent encore, des peurs qui remontent à l’époque où je vivais sous la coupe de ma mère.
L’échec d’un projet n’est pas un verdict sur toi
Quand on porte un projet, sur internet ou en dehors, et qu’il ne trouve pas son public, son succès, il y a quelque chose qui fait mal. Un peu comme une forme de jugement : ce n’est pas assez bon. C’est ainsi qu’on le ressent.
Mais le problème est peut-être ailleurs. Une communication floue, un manque de moyens pour une communication plus large, un mauvais timing. Déterminer la raison exacte de l’échec d’un projet, ce n’est pas si évident.
04Revenir au présent pour retrouver du plaisir
Ta valeur d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier
Ce qui se passe, c’est que tu fondes ta vision de toi aujourd’hui sur des évènements du passé. Aujourd’hui, ces profs, ces parents, ces gens du passé ne font plus partie de ton quotidien. Il y en a d’autres, mais peut-être que tu n’arrives pas à voir, entendre ou même croire ces petits gestes, ces petits mots qui te feraient du bien.
Réapprendre à recevoir les petits gestes
Je sais de quoi je parle : il m’arrive souvent de ne pas faire attention quand ma femme ou ma fille me remercie, de ne pas vraiment y faire attention, de ne pas y croire. Parce que ne pas être assez est une partie de cette fausse identité que j’ai construite.
Et remettre en cause tout ou partie de son identité, c’est douloureux, même pour avancer vers quelque chose de plus agréable. C’est con, mais l’esprit a aussi ses limites, parfois. Et évoluer, ça demande des efforts ; c’est le prix à payer pour retrouver de la légèreté et du plaisir.
Dépasser le « pas assez », une victoire à la fois
Quand j’arrive à dépasser ce foutu pas assez, où que ce soit, crois-moi, ça me fait du bien. Ça n’a rien de spectaculaire au sens où on l’entend, mais quand tu as passé des années à ne pas oser parce que tu avais peur de ne pas être à la hauteur, et que finalement, tu te lances, c’est déjà une sacrée victoire en soi. Et un sacré plaisir.

