01La relation qui te bouffe à petit feu
Une relation toxique, c’est le genre de lien qui, plutôt que de te nourrir, te bouffe ton énergie. Elle te sape le moral, elle te tire vers le bas, elle ne fait pas envie, si ce n’est de fuir, loin.
Je pourrais essayer de rendre le sujet plus léger, de le traiter avec de l’humour, de l’ironie. Seulement, c’est un sujet sérieux. Un sujet que je connais bien, pour l’avoir vu de près, et l’avoir vécu. Et je sais quels dégâts il peut faire.
Et attention, la relation toxique, ce n’est pas qu’une affaire de couple au sens amoureux. C’est entre deux personnes. Deux époux, deux amis, un parent et son enfant. Bref, entre deux personnes.
02Une relation toxique, c’est quand le lien nourrit mal
En résumé, une relation toxique — ce que les bouquins de psycho appellent une relation dysfonctionnelle —, c’est une relation qui va mal, c’est un espace où l’une des deux parties n’a plus de place pour être ce qu’elle est. Elle est totalement bouffée par l’autre. Mais elle est prête à endurer bien trop de mal-être et de difficultés pour l’autre. Et tout cela, au quotidien.
On pourrait se dire que la solution est simple. Il suffit de partir, et voilà. Dans l’absolu, c’est la meilleure des solutions, c’est vrai. Dans les faits, c’est une tout autre affaire.
03La relation dont on ne peut pas toujours partir
On ne peut pas toujours partir.
Une relation toxique de couple : mes parents
Je vais prendre mes parents en exemple. Un couple qui était le parfait exemple du couple toxique. Rien ne fonctionnait entre eux. Des reproches, des injures, une violence verbale, une violence physique. Chaque semaine.
Près de trente ans de vie commune, et parfois, quelques moments où ça allait, mais tout repartait en vrille aussi vite. Leur histoire est un condensé de tout ce que l’on peut lire dans les livres de psycho au sujet des couples qui vont mal. Ils se sont tout fait, ne se sont rien épargnés.
Se quitter ? Ma mère y a pensé. Mais visiblement, il y avait des problèmes pour le divorce. À cette époque, une femme ne pouvait pas quitter son mari comme elle le voulait.
Vrai ou pas ? Je n’en sais rien. Je ne suis pas avocat, et j’ai appris à douter des dires de ma mère. Mais je lui accorde volontiers le bénéfice du doute.
Partir, pour aller où ? Il y a aussi cela. Et là, je suis plus au fait. Elle était criblée de dettes. Elle avait des crédits sur le dos, et j’ai dû emprunter une lourde somme pour lui venir en aide et éviter l’expulsion du petit appartement dans lequel nous vivions.
quand l’enfant devient le parent
Un autre exemple de relation toxique ? La relation entre ma mère et moi. Et là aussi, quand j’ai commencé à lire des livres sur la relation parent-enfant, j’ai découvert tout ce par quoi j’étais passé. Tout ce que j’avais pu endurer. Et la liste est longue.
Quand j’étais ado, je suis devenu le parent de ma mère. Je devais veiller à son équilibre, émotionnel et financier. Je devais faire en sorte que tout se passe pour le mieux. Mais je ne voulais pas tenir ce rôle.
J’ai essayé de m’en dépêtrer. C’est ce rôle qu’elle a accepté de tenir pour son père. Et elle attendait la même chose de ma part. J’ai fait ce que je pouvais, mais il n’était pas question pour moi que toute la maison repose sur mes épaules.
J’avais un père, une mère, c’était à eux de gérer tout cela, pas à moi. Ma mère n’a jamais vraiment apprécié que je refuse ce rôle. Pour ma part, je ne trouvais pas cela sain. Pourquoi ? Je ne sais pas. J’ai juste senti que ce n’était pas ma place.
Aider les miens, oui. Devenir le parent de mes parents ? Non. Ce n’était pas à moi de prendre soin de ma mère, mais bien l’inverse. Je m’en suis longtemps senti coupable. Et puis, toujours en lisant, j’ai compris que j’avais fait le bon choix, pour moi.
Une relation entre potes
J’ai eu un pote, avec un passé bien sordide lui aussi. Je ne vais pas dire ce qu’il a dû traverser, ça ne regarde que lui.
On s’est rencontrés au boulot, nous sommes devenus très vite cul et chemise comme le dit l’expression. On s’entendait vraiment bien. Je le suivais dans toutes ses conneries, et putain, il était créatif, et moi, ça m’amusait. Même si je savais que je faisais le con, un peu trop.
Et puis, j’en ai eu assez. J’ai commencé à vouloir mettre la pédale douce. Et forcément, on s’est éloignés. Une première fois. Tu dois connaître ça, ce pote qui pense plus à se mettre la tête à l’envers qu’autre chose, qui enchaîne les conneries, les couples foireux. C’est marrant, un moment. Et ça devient pénible.
J’ai repris contact avec lui quelques années plus tard. Je suis allé voir. Il s’était foutu dans une relation étrange, malsaine. Et ce qui devait arriver arriva, c’est parti en sucette.
Il est finalement venu sur Marseille, on l’a hébergé le temps qu’il trouve un appart. Il a trouvé le moyen de se foutre ma femme à dos, de me dire que j’étais un gigolo. Et puis, on s’est engueulés. Depuis, je ne l’ai plus jamais revu.
Il portait des blessures, des douleurs, refusait d’en parler. Il picolait beaucoup, fumait aussi beaucoup. Une logique d’autodestruction. Et j’en ai eu assez de le suivre là-dedans. Il ne voulait pas entendre qu’il prenait un chemin pas terrible. Mais c’est sa vie.
Quand il est parti après un nouveau désaccord, je n’ai pas cherché à le joindre, pas cherché à ce que l’on s’explique.
Je sentais que quelque chose de pas clair rôdait entre nous. Je ne saurais dire quoi exactement, mais je me sentais de moins en moins à l’aise dans cette relation, même si je le regrettais.
Alors, j’ai pris la décision de ne pas le rappeler. Et il ne l’a pas fait non plus. Fin de l’histoire. C’est triste, mais c’est ainsi, je respecte son choix.
04Les signes d’une relation toxique à surveiller
Au fil de mes lectures, j’ai découvert un certain nombre de signes à surveiller. La liste est sans doute à compléter, mais voici déjà quelques points à garder sous surveillance :
- L’amour conditionnel
- La communication houleuse et qui tourne en rond
- Une surveillance de tous les instants
- Le besoin de contrôler l’autre
- Les besoins qui sont ignorés
- La prise de pouvoir de l’un sur l’autre
Tu peux en être la victime ou l’auteur. Dans les deux cas, un passage dans le cabinet d’un thérapeute ne serait pas un luxe. Ce serait même une bonne idée. J’insiste sur le terme thérapeute. Pas un coach. Pas des vidéos YouTube, un véritable professionnel de la santé.
Si tu es la victime de la relation, contacte le 3919, Violences Femmes Info, violences conjugales et intrafamiliales. Ne laisse pas traîner. Plus tôt tu prends le truc au sérieux, mieux ce sera pour toi. Ce n’est pas facile, j’en conviens. Pourtant, il le faut. Pour toi, et la suite de ton parcours de vie.
05Ca ne fait pas de toi un monstre
Cela dit, il faut aussi prendre quelques précautions d’usage. Tu n’es pas un monstre. Quand je parle de ma mère, on pourrait vite penser que c’est un monstre. Mais c’est avant tout une personne qui a énormément souffert durant son enfance.
Une personne toxique, c’est souvent une personne à qui on a aussi enseigné que les émotions étaient une gêne, qu’on devait les tasser au fond, et avancer coûte que coûte. Elle n’a fait que suivre son éducation.
C’est quelque chose que nous faisons tous, parce que cela fonctionne ainsi. Remettre son éducation en question, c’est questionner son propre héritage. Et ce n’est pas si évident. Ça peut faire mal.
Alors, tu n’es pas un monstre, tu es une personne en souffrance, et malheureusement, tu peux faire souffrir les autres, sans le vouloir. Le poids des douleurs, la colère entassée, la soif de justice, de réparation, tout cela peut conduire à ces comportements qui vont causer des dégâts.
Des dégâts chez les autres, mais aussi chez toi. Et c’est bien pour cela que l’appui d’un thérapeute serait précieux. Ce n’est pas mon métier que d’accompagner sur des passés aussi lourds.
Je te l’ai déjà dit, un rdv chez un thérapeute pour trouver de l’aide, ce n’est pas un luxe. Lui seul sera en mesure de te confirmer si oui ou non tu es vraiment dans une relation toxique.
Toutefois, si tu veux encore attendre un peu : papier-crayon. Ne te contente pas de faire ça de tête. Pose les choses par écrit. Ne cherche pas à résoudre quoi que ce soit, mais plutôt à t’éclairer.
Deux colonnes. D’un côté, les moments où tu as cette sensation de ne pas ou plus avoir de place pour toi, tout ce qui te fait tiquer. En face, les faits. Ce qui se dit, les gestes, les actes. Et observe tout cela.
06On peut sortir d’une relation toxique
La lueur d’espoir ? On peut en sortir. Ce n’est pas simple, ça peut être un peu long. Mais il est possible de retrouver une vie normale, équilibrée et saine.
J’en suis le bon exemple, car malgré tout ce que j’ai traversé, j’ai une femme, une relation stable et aimante depuis plus de vingt ans. Nous avons nos hauts, nos bas, comme tous les couples.
Mais nous avons envie de continuer la route ensemble. De partager nos vies, nos envies. Et puis, nous avons notre ado, une gosse de dix-sept ans. Nous formons une petite famille complice, qui aime être ensemble.
On s’aime, on s’engueule, on rigole, on se soutient, rien d’extraordinaire. Une vie normale, une vie qui nous donne le sourire. Et nous aimons être ensemble.

