Le passif agressif, comprendre et neutraliser

Passif-agressif ou simple mauvaise humeur ? La mauvaise humeur passe. Le passif-agressif, lui, s’installe et use la relation par le non-dit. J’ai grandi avec, je l’ai reproduit, puis j’en suis sorti. Voici comment le repérer, y réagir, et retrouver des rapports clairs, où le plaisir revient enfin.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 281 mots
Pièce
18 · 264 pièces publiées à ce jour
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wil portrait 645© Watson

01Une simple mauvaise humeur ?

La mauvaise humeur, ça arrive. On est crevé, on est irritable, ça passe. Le passif-agressif, lui, est répétitif. Il installe un climat. Tu marches sur des œufs, tu sens la tension, mais rien n’est dit clairement. Le malaise devient chronique.

La différence tient à la durée et à l’effet. Une mauvaise humeur n’organise pas la relation. Le comportement passif-agressif, lui, structure l’échange autour du non-dit, du sous-entendu, du reproche déguisé. Et ça use.

Ma mère était ainsi. Chaque soir, elle rentrait fatiguée, chaque week-end, elle était fatiguée par les courses, le ménage. Et c’était comme ça. Un cycle qui ne prenait pas de pause. Ou que très rarement. À un moment, ce n’est plus de la mauvaise humeur, c’est quelque chose qui est là, installé, ancré.

02Pourquoi on devient comme ça ?

Peur du conflit et colère refoulée

À la base, il y a souvent une peur du conflit. Dire non, c’est risquer le rejet. Exprimer un désaccord, c’est risquer d’être mal aimé. Alors on évite. On contourne. On encaisse. On s’adapte.

Pour ma mère, l’origine, c’est la relation avec son père. Un homme violent, brutal, à qui elle n’a jamais pu dire un simple non sans que cela déclenche un conflit entre eux deux.

Alors, elle a toujours dit oui. Mais pas un oui du cœur, un oui pour éviter le conflit, la colère, la tension. Et elle est restée sur ce mode de communication, il me semble qu’elle a refusé d’apprendre une autre façon d’être.

Par peur ? Par honte de ne pas y arriver ? Par crainte de comprendre qu’elle avait mal fait jusque-là ? Je ne sais pas, elle refuse le dialogue. Toujours est-il qu’elle a gardé en elle sa colère, devenue l’essence qui alimentait son moteur. Et qui a fini par la bouffer.

Devenue mère, elle m’a entraîné dans son délire, un délire que j’ai ensuite pratiqué, jusqu’à ce que je rencontre ma femme qui a eu le courage de me recadrer et de m’aider à sortir de cette communication malsaine.

Elle a eu le cran de s’opposer à moi, de ne pas lâcher, de tenir bon dans les crises de colère. Nous avons aussi beaucoup parlé, plus posément, en dehors des engueulades. Et j’ai eu peur de la perdre, alors, peu à peu, j’ai fini par comprendre que je devais changer. Et j’ai donc appris à faire autrement.

03Les signes à repérer

Les remarques indirectes et sarcastiques

“Mais non, fais comme tu veux…” Traduction : je suis furieux, mais je ne l’assumerai pas. Le sarcasme, l’ironie, les petites piques qui ont l’air légères mais qui piquent vraiment, voilà le terrain du passif-agressif.

Ce n’est jamais frontal. C’est toujours ambigu. Si tu réagis, on te dira que tu exagères. Si tu ne dis rien, la rancune continue de s’accumuler dans l’air. C’est une guerre molle, sans déclaration officielle.

Un exemple ?

— Maman, je peux sortir ce soir ?
— Fais comme tu veux, ce n’est pas mon problème.

Avec un ton sec, sans me regarder. À ton avis, j’ai fait quoi ?

Le silence punitif

La bouderie. Le silence punitif est une arme. Il ne crie pas, il ne frappe pas, il te laisse juste seul avec ton malaise. Tu te demandes ce que tu as fait, mais voilà, tu ne sais pas, tu as beau chercher, c’est vain. Parce que ça peut être n’importe quoi.

Ce silence n’est pas une pause saine. C’est une pression. Il sert à faire payer sans avoir à formuler le reproche. Le message implicite est clair : “Débrouille-toi pour comprendre.”

Ça, c’est moi qui l’ai utilisé au début de ma relation avec ma femme. J’étais contrarié pour un oui, pour un non, et le silence était une façon détestable de punir ma chérie. Ça fait partie des choses dont je ne suis pas fier. J’ai détesté être comme ça, et à l’époque, j’avais peur de ne pas savoir faire autrement.

Le “oui” qui veut dire “non”

Il dit oui, puis sabote. Il accepte, puis retarde. Il promet, puis procrastine. Ce n’est pas de l’oubli, c’est une résistance. Il ne veut pas, mais il ne sait pas dire non.

Résultat : les choses traînent, les projets se bloquent, et quand ça coince, la faute glisse ailleurs. Le conflit est évité en surface, mais il gangrène tout dessous.

Avec ma mère, c’était un oui à une demande, mais elle ne tenait que rarement ses engagements qui, en réalité, n’en étaient pas. Elle n’avait simplement pas le courage ou les arguments pour dire non sur le moment, elle ne faisait donc que repousser l’échéance.

La victimisation

Il adore se présenter comme incompris. Il retourne la situation avec une agilité troublante. “Je fais toujours des efforts et ce n’est jamais assez.” Tu passes de plaignant à accusé en trois phrases.

Cette victimisation entretient la confusion. Elle protège la colère refoulée et évite la responsabilité. Le ressentiment reste intact, mais personne n’ose le nommer.

Quand ma mère insultait mon père, ou moi, elle avait le talent pour expliquer que si elle faisait cela, c’était pour notre bien, ou parce qu’elle n’avait pas le choix. Sinon, on ne l’écoutait pas. En fait, pour elle, écouter a toujours signifié obéir. Et rien d’autre.

04Comment réagir

Nommer les faits calmement

La première chose, c’est de mettre en lumière l’implicite. “Quand tu dis ça sur ce ton, je ressens une critique.” On clarifie. On sort du flou.

Nommer, ce n’est pas attaquer. C’est refuser le brouillard. Le passif-agressif déteste la lumière crue sur ses sous-entendus.

Poser des limites

Refuser les attaques indirectes est essentiel. “Si tu as quelque chose à me reprocher, dis-le clairement.” On ne joue plus au devin.

Poser des limites, c’est installer un cadre. Sans hurler. Sans humilier. Juste en refusant le terrain glissant.

Ne pas entrer dans le jeu

Répondre à l’ironie par l’ironie nourrit le conflit. Rester sur le concret coupe l’escalade. On ne répond pas au sous-texte. On répond aux faits.

Ne pas entrer dans le jeu, c’est retirer le carburant. La tension cherche un adversaire. Elle se calme quand elle n’en trouve pas.

05Et si c’était moi le passif-agressif ?

Je l’ai dit plus haut dans ce billet, sans le vouloir, j’étais dans ce sale comportement. J’avais appris malgré moi. Donc, je faisais ce que j’avais appris. Et j’avais instauré un rapport malsain dans mon couple.

Dire clairement : “Je suis en colère.” Assumer le désaccord, le conflit, ce n’est pas confortable, je te l’accorde, mais c’est la vie. Et apprendre à s’exprimer sans faire tourner le désaccord à la guerre nucléaire, tu verras, c’est sympa.

Alors, si tu es dans l’évitement, la rancune silencieuse ou le sarcasme, pas la peine de te flageller. Ce qui compte, c’est de le reconnaître, de poser de vraies excuses, et de commencer à faire attention à ta façon de t’exprimer.

Alors, oui, ça va te faire mal à ta fierté, ton orgueil va en prendre un coup sur le moment. Mais découvrir que tu peux évoluer, ça, ça va te faire un bien fou et redonner ta fierté.

Parce que ce n’est pas tout le monde qui accepte de le faire. Et en plus, ça va drôlement pacifier tes relations.

06Retrouver le plaisir dans une relation sans sous-entendus

Une relation saturée de communication qui ne dit pas ce qu’elle devrait ne laisse aucune place au plaisir. Le corps reste tendu, l’esprit en alerte, prêt à décrypter la prochaine pique.

Le rire devient suspect, les silences lourds. Le plaisir ne vit pas dans un climat où tout est sous-entendu.

Quand les choses redeviennent plus claires, on peut enfin respirer, se détendre, et commencer à retrouver peu à peu du plaisir.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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