Gérer ses émotions : ni tout garder, ni tout déballer

J’ai grandi sans le droit de ressentir. Puis je suis passé à l’excès inverse : tout déballer, sans filtre. Aucun des deux ne m’a apaisé. Gérer ses émotions, ce n’est ni se taire ni se noyer dedans, c’est apprendre à réagir. Je te raconte mon parcours et les outils qui m’aident vraiment au quotidien.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
8 min · 1 811 mots
gerer ses emotions
gerer ses emotions© Watson

01J’ai grandi sans jamais apprendre à gérer mes émotions

Les générations de nos parents et de nos grands-parents ont grandi avec l’idée que les émotions étaient le signe d’une certaine faiblesse.

Et j’ai eu le plaisir de grandir dans une famille où seules les émotions de ma mère avaient le droit de s’exprimer. Et elles s’exprimaient avec force, tumulte et fracas.

Quand seules les émotions d’un parent ont le droit d’exister

Pour ma part, je n’avais aucun droit d’expression. Interdiction de parler à table. Et une fois mon dîner avalé, aussi vite que possible, direction mon lit. Je caricature à peine.

Alors, j’ai fait ce que j’ai pu. J’ai gardé toutes mes émotions en moi, sans en parler. De toute façon, il n’y avait personne pour écouter, et les rares fois où j’ai pu trouver une petite ouverture, ma mère m’a renvoyé dans les cordes.

Pour elle, j’avais un toit, des vêtements, à manger, c’était bien assez. Elle considérait qu’elle n’avait rien de plus à m’offrir. Et puis, pour clore le débat, elle ajoutait qu’elle avait elle aussi grandi ainsi, et qu’elle n’en était pas morte.

Que veux-tu dire à cela quand tu es gosse ? Pas grand-chose. Mais je n’en pensais pas moins. Je me disais qu’elle n’était pas morte, c’était certain. En revanche, elle était en lambeaux. Elle pleurait plusieurs fois par semaine, bouffait des médicaments à n’en plus pouvoir, et j’en passe.

Fuir ne suffit pas à gérer ses émotions

Et puis, j’ai enfin réussi à m’extirper de ce bourbier. Physiquement, dans un premier temps. Et j’ai appris, à mes dépens, que sortir de là physiquement parlant, vivre ailleurs, avec d’autres personnes, ce n’était qu’un premier pas. Pas la solution complète.

J’avais enfin un espace plus sécurisé, plus sain, plus confortable. J’avais enfin le droit de vivre mes émotions, de les exprimer, et c’était nouveau pour moi.

02Passer d’un extrême à l’autre, l’autre piège des émotions

Tout déballer n’est pas mieux que tout garder

Seulement, je suis passé d’un extrême à l’autre. De « je garde tout pour moi, j’avance coûte que coûte » à « je déballe tout, sans me limiter, je ressens à l’extrême, sans rien réguler, parce que mes émotions ont le droit d’exister ». Et en toute sincérité, ni l’un ni l’autre n’est juste.

Analyser ses émotions en permanence, c’est s’épuiser

Passer son temps à vivre sous l’emprise de chaque émotion qui te traverse, chercher à la comprendre, l’analyser, la décortiquer, expliquer le pourquoi du comment, c’est épuisant. Tant pour celui qui vit ainsi que pour les gens qui vivent avec.

Je ne te dis pas de ne jamais le faire. Je te dis que le faire de façon systématique, passer ta vie à analyser chacune de tes réactions, c’est inutile. Contre-productif. Tu ne vis plus, tu t’analyses en permanence, et ça te coupe de ta propre réalité.

Quand j’ai commencé à m’autoriser à ressentir, j’ai eu cette sensation d’être faible. Je suis passé de « je me sens fort et indestructible » à « je me sens ballotté par mes émotions, je me sens faible et fragile ». Et, je vais me répéter, ni l’un ni l’autre n’est vraiment agréable, et aucun des deux ne peut t’équilibrer.

03Ressentir n’est pas une faiblesse

Nous sommes tous des êtres vulnérables

Alors, en effet, dévoiler ses émotions, c’est dévoiler une forme de vulnérabilité. C’est vrai. Seulement, nous ressentons toutes et tous des émotions, donc, à divers degrés, nous sommes toutes et tous des êtres vulnérables. C’est cela, la vraie réalité, la vérité.

Alors, faire le raccourci « émotion = faiblesse », pardon, mais j’ai envie de rigoler. C’est tellement dépassé comme mode de pensée que je ne vais pas m’y attarder.

Mais tout dire en permanence rend la vie invivable

Alors, si nous ressentons, pour autant, tout déballer sous le coup de l’émotion, passer ton temps à te laisser bouffer par les doutes, les peurs, aussi minimes soient-elles, là, c’est une autre affaire. Et puis, une totale transparence, ce n’est pas non plus le pied.

Imagine un monde où chacun serait en train de déballer l’intégralité de ses émotions en permanence, ses envies, ses peurs, ses doutes. Ce serait tout simplement invivable.

Passer d’un monde où les émotions n’ont pas de place à un monde où elles prennent toute la place, je ne pense pas que cela soit une bonne chose.

04Gérer ses émotions, c’est d’abord une question de réaction

Tu n’es plus obligé de subir tes émotions

Oui, nous avons le droit de ressentir nos émotions. D’ailleurs, droit ou pas droit, nous ressentons. Alors, comme dirait l’autre, la question est vite répondue.

Ce qui reste à poser, c’est la question de la réaction. Comme nous venons de le voir, passer son temps à réagir sur l’instant à ce que nous ressentons, ce n’est pas conseillé. Enfin, pas toujours.

La réaction, c’est la façon dont tu vas « réguler » ton émotion. Alors, je vais être clair, il y a des cas particuliers. Par exemple, tu es au boulot, tu reçois un coup de fil, on t’annonce un accident ou un décès qui touche un de tes proches : là, il n’y a plus vraiment de règles. Tu fais comme tu peux.

Mais dans la majeure partie des cas, tu ne peux pas laisser l’émotion te dicter sa loi. Nous ne sommes plus des enfants. Et le rôle d’un adulte, ce n’est pas de rester de marbre, mais justement d’apprendre à poser la réaction la plus adaptée à la situation.

Personne ne nous a appris à gérer nos émotions

Et ce n’est pas si évident, parce que personne ne nous l’a enseigné quand nous étions gosses. On nous apprend des tonnes de trucs, mais pas ça. Pas comment nommer nos émotions, pas comment les comprendre, pas comment y réagir.

Et il existe des tas de contextes, des dizaines d’émotions. Alors te dresser ici une liste précise, ce serait bien compliqué. Ajoute à cela ton propre parcours, tes coups durs, tes joies, tes peines, ton éducation : il nous faudrait quelques sessions ensemble pour te faire du sur-mesure.

05Des techniques concrètes pour gérer tes émotions au quotidien

Ta boîte à outils, à piocher selon le moment

Il existe des techniques bien connues que je peux te rappeler ici. Considère-les comme une boîte à outils : tu n’as pas à toutes les appliquer, tu pioches ce qui te parle sur le moment.

Identifier ce que tu ressens, mettre un nom aussi précis que possible (colère, peur, tristesse, etc.) et repérer les signaux physiques : la transpiration, une boule dans le ventre, ça serre dans la gorge, la respiration, et ainsi de suite.

Accueillir. L’émotion est là, accepte-la. De toute façon, lutter ne fera que la renforcer. Une émotion, c’est un signal, un message utile qui t’informe d’un besoin ou d’une limite qui vient d’être franchie.

Ralentir. Faire une pause, retrouver sa respiration, encaisser le coup si besoin, tout cela pour éviter la réaction primaire et impulsive. Ça peut avoir du bon.

Respirer. Inspirer profondément pendant quelques secondes, bloquer ta respiration un instant, puis expirer tout doucement.

Ancrage sensoriel. Revenir à l’instant présent, observer cinq choses autour de toi, les toucher ou les sentir, pour te reconnecter à tes sens.

Verbaliser. Exprimer ce que tu ressens, sans accuser qui que ce soit, nommer ce qui se passe en toi. Et si tu n’y arrives pas, laisse tomber, ne passe pas une heure dessus : tu vas t’enfermer dans ton émotion, et ce n’est pas le but. Tu verras plus tard.

Pleurer, écrire, bouger : évacuer quand les mots manquent

Et puis, parfois, ce n’est pas suffisant. Parce que cette fichue émotion, elle est bien forte. Envie de pleurer ? Alors pleure. Les larmes sont un outil très utile, qui permet d’évacuer quand on n’a pas les mots.

Quand j’ai perdu mon chat de façon brutale, eh bien je n’avais pas les mots. J’adorais ce matou, et sa perte soudaine fut un coup dur. J’ai pleuré. Oui, je suis un mec de 54 piges qui pleure pour son chat. Oui.

Et je n’ai honte ni de l’avoir fait, ni de l’écrire. Les larmes n’ont rien changé à la situation, mais elles ont apporté un soulagement. Elles servent à cela. Et après, j’ai pu commencer à poser des mots sur ce que je ressentais.

Après mon second infarctus, j’ai pleuré. Non, je n’ai pas fait comme dans les films, je n’ai pas sauté de joie en célébrant la vie comme un fou. J’ai chialé. Je me suis effondré. Et puis, au fil des jours, j’ai pu commencer à mieux ressentir ce qui se passait en moi, à poser des mots sur mes peurs, mes doutes, sur ce que je venais de vivre.

J’utilise aussi beaucoup l’écriture. D’abord pour moi, pour évacuer, sans gêner quiconque. Parce que, comme je te le disais, je ne peux pas passer ma vie à m’épancher sur ce que je ressens. Ma femme n’est pas mon psy.

Alors, j’ai appris à doser. Écrire, c’est utile pour me libérer, pour évacuer, pour me soulager, sans empiéter sur les échanges avec ma femme. Bien sûr, elle m’écoute, me soutient, mais elle a aussi sa vie, et elle n’est pas là pour m’analyser chaque jour.

Et enfin, je bouge. Je vais marcher ou nager, entre quarante-cinq minutes et une heure. D’une part, c’est bon pour la santé, d’autre part, c’est bon pour l’esprit. Ça fait du bien, ça vide la tête.

Je me concentre sur la nage ou la marche ; les pensées vont, viennent, mais je ne m’y attache pas, ce qui est le principe de base de la méditation. Une pensée arrive, et je la laisse passer comme un nuage passerait dans le ciel.

Quand je rentre, c’est comme si j’avais pris une douche à l’intérieur. Je me sens plus détendu dans mon corps et, surtout, dans ma tête.

06Le vrai socle pour gérer ses émotions : le plaisir simple

Chercher le petit plaisir du quotidien

Ajoute à cela des petits plaisirs simples comme boire un café avec ma femme, faire les courses, le marché le samedi matin, préparer le dîner, regarder un bon film le soir, me refaire une série « feel good » avant de dormir, bien dormir. Et voilà !

Je cherche toujours le petit plaisir simple, pas le gros truc, non. De la simplicité. Il y a plein de choses dans le quotidien qui peuvent aider à trouver son équilibre, et à réguler ses émotions.

On peut utiliser toutes les recettes du monde : si déjà, tu n’es pas bien dans ta vie, dans tes pompes, alors réguler, ça va être délicat.

Ton premier pas, dès aujourd’hui

Essaie dès à présent de te poser, de trouver une petite chose qui puisse te faire du bien. Pas un gros truc, non. Une chose simple. Quelque chose que tu puisses savourer sans te prendre la tête.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Coach — pas psy. Deux infarctus, un passé lourd et douloureux, des années à me fuir : c'est ça qui m'a appris où ça coince vraiment. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que quelque chose bouge — ce que tu y liras vient de la vie et du terrain, pas d'un cours.

Gardons le contact.

Suivre Watson sur Substack et recevoir des contenus exclusifs par mail

Continuer la lecture

D’autres pièces à explorer, par thème ou par date.

Le Test de Watson