01Broyer du noir, on connaît tous
On en passe tous par là. Ces journées sombres et pesantes. Ces journées où l’on ressasse, ces journées où l’on peut s’inventer les pires des histoires, ce scénario où chaque chose tourne aussi mal que possible.
C’est comme si la mauvaise nouvelle en elle-même ne suffisait pas, comme si on devait en rajouter encore, se punir un peu plus, ressentir la douleur jusqu’en son cœur. Comme si plus la tristesse était forte, plus on en sortirait « lavé ».
Ça fait partie de nos vies, de nos expériences. On est câblés pour cela. Et comme en plus, on a une tendance naturelle à voir le danger un peu partout, crois-moi, on est servi. Et si en plus, on a grandi dans un univers qui nous montre comment plonger encore plus loin dans l’ombre, alors, va falloir être solide pour encaisser.
02J’ai appris à anticiper le pire
Certains jours, je suis là, mais je sens que quelque chose ne tourne pas rond. Je me sens triste, pessimiste, je rumine mes petits problèmes, et forcément, j’en fais de gros problèmes, je ne vois plus que cela.
Dans ces périodes, je ne fais qu’une chose, anticiper le pire. Et ça, je sais faire. J’ai été à bonne école, à très bonne école. Chez mes parents, une simple mauvaise nouvelle, pas un truc dramatique, non, juste une mauvaise note, une facture impayée, une mauvaise journée de boulot, et tout pouvait partir en sucette des jours entiers.
L’école de ma mère
Ma mère avait ce talent fou pour transformer une simple nouvelle en une véritable catastrophe et de nous embarquer dans son délire. Parce que, si tu n’adhérais pas à sa vision, alors, tu en prenais pour ton grade. Et rien ne pouvait la faire dévier de son trip loufoque.
C’était simplement impossible. Alors, je devais l’écouter égrener tout ce qui allait, selon elle, arriver. Il ne pouvait jamais rien nous arriver de bon. Rien. C’était un film d’horreur. C’était éprouvant. Va vivre ta vie, va donc essayer de construire quelque chose après ça, bon courage.
C’est vrai qu’une mauvaise journée, une facture impayée, c’est pas fou. Pas de quoi pavoiser. Mais de là à voir d’un coup le monde en noir, et envisager les pires catastrophes ? Il y avait un pas. Mais malgré moi, j’ai appris à le faire ce pas et à me créer des scénarios terribles.
03C’est quoi, broyer du noir ?
Broyer du noir, c’est de la tristesse, comme quand tu viens de te faire virer de ton boulot, ou de te faire plaquer, ou que tu viens de perdre un être cher.
Se faire plaquer, par exemple
Si on reste sur le fait de se faire plaquer, ce sont ces journées qui s’étirent, cette playlist que tu te passes en boucle avec des musiques bien tristes, qui font bien, qui sont là pour te rappeler que désormais, l’amour est parti. Que tu n’as plus ton couple.
Et tu te fais bien souffrir. En boule sous la couette, à pleurer. Dans le canapé, avec un pot de glace, du chocolat, ou un paquet de gâteau qui va se vider à la vitesse de la lumière. Ce sont ces moments où tu te dis que l’amour, c’est terminé, c’est pas pour toi, plus jamais on ne va t’y reprendre.
Tu rumines, tu en veux au monde entier, t’es en colère, mais à quoi bon au fond, ça ne va pas te rendre ton amour perdu.
Tu peux avoir la sensation que tout ton univers bascule, que tout s’effondre. T’étais là, à mener ta vie en mode tranquille, et puis, d’un coup, plus de boulot, ou plus de couple. Ou pire encore, les deux.
Et là, tu commences à te poser des tonnes de questions, à chercher LA raison qui a fait que. Pourquoi toi ? Pourquoi maintenant ? Que vas-tu faire ? Qu’est-ce que tu vas devenir ? Tu peux te sentir trahi, abandonné, perdu. C’est très désagréable.
04Attention à ne pas s’emballer
Et c’est là qu’il faut faire attention, et recadrer les choses avant qu’elles ne s’emballent. Parce que quand tu commences à partir du côté obscur de la force, ça peut vite devenir la merde, et revenir est un peu plus compliqué.
Tu as le droit d’être triste, de te laisser un peu aller, de ruminer, de souffrir. De là à remettre toute ta vie en question, de vouloir tout casser, de faire table rase, faut quand même rester un peu raisonnable.
05Comment enrayer la machine ?
Ma femme semble totalement imperméable aux effets des mauvaises nouvelles. Quand ça tombe, elle encaisse, avec plus ou moins d’aisance, elle digère, et elle repart.
Elle n’est pas genre à se laisser embarquer dans les scénarios catastrophe. Alors, oui, il lui arrive de se faire du souci, mais je crois qu’elle possède une vraie barrière entre la réalité et l’imaginaire.
Ce scénario n’a rien de réel
Parce que dans les faits, quand tu commences à t’inventer un scénario et à y croire, y’a rien de réel là. Ce n’est que de l’imagination, rien de plus. Mais on a tendance à se faire confiance. C’est comme si on se préparait au pire, pour ne pas être pris par surprise. Tu parles !
Alors, aujourd’hui, plutôt que de m’écouter et de me croire quand je barre dans un délire sombre, j’essaie de revenir à la réalité et à la mauvaise nouvelle en elle-même. Elle est déjà bien suffisante, bien assez, pourquoi en rajouter ?
Oui, pourquoi ? Parce qu’en dehors de me faire du mal, de m’entraîner un peu plus par le fond, putain, mais à quoi ça sert ? Ce n’est pas en faisant confiance à mes idées noires que je vais retrouver la sortie, ce n’est pas en ruminant ces sales idées que je vais trouver la solution à mes problèmes. Pas du tout.
06Encaisser, digérer, et ne pas rester seul
Quand on fait face à une mauvaise nouvelle, quand on broie du noir, on a besoin d’encaisser, de digérer et de retrouver son chemin, de retrouver l’envie, le plaisir. Et certainement pas de se lamenter.
Dans ces moments-là, les amis, ou une aide extérieure, quelqu’un avec qui se poser, parler, sans être jugé, sans qu’on te dise « moi, j’serais toi », ça fait du bien. On peut vider son sac, faire son tri, se poser les bonnes questions, celles qui font avancer. Et ça aide à sortir plus vite et plus fort de l’impasse dans laquelle on était.

