Se cacher des choses dans le couple

Un secret dans ton couple, c’est vraiment de l’intimité… ou juste une façon d’éviter d’être vu tel que tu es ? Si tu caches, si tu floutes, si tu joues un peu avec le mystère, est-ce que tu protèges la relation… ou est-ce que tu l’abîmes sans t’en rendre compte ?

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
8 min · 1 755 mots
Pièce
81 · 264 pièces publiées à ce jour
wil couple 7
wil couple 7© Watson

01Les cachotteries, c’est grave ?

Avant le couple, le secret dans un groupe d’amis

Le secret, ça fait partie de la vie, des relations. Et avant de rentrer dans le secret du couple, regardons d’abord comment cela se passe dans un groupe d’amis, ce qui va nous aider à mieux appréhender le secret dans le couple.

Ce qu’en montre « The Big Bang Theory »

Le secret, c’est un sujet qui a été abordé dans la série The Big Bang Theory (épisode 20 de la saison 4). Sheldon et Amy mènent une petite étude pour voir à quelle vitesse secrets et rumeurs circulent au sein d’un groupe d’amis.

Sheldon et Amy s’amusent à mesurer et tracer la courbe de propagation des secrets sur leur tableau blanc, observant avec cynisme à quel point leurs amis sont incapables de garder un secret.

Ainsi, un secret, c’est comme une photo sur internet. Dès que tu la publies, elle n’est plus à toi. De la même façon, dès que tu parles d’un secret, même à une seule personne, alors ce n’est plus un secret.

Cela te semble radical ? C’est pourtant une vérité, du moins à mon sens. Si tu ne veux pas qu’une chose se sache, peu importe la raison, n’en parle à personne. Écris-le pour te soulager, puis brûle le papier, histoire que cela reste un secret.

Se confier, un plaisir qui soulage

Cependant, avoir une personne à qui « révéler » ses petits ou grands secrets, ça fait du bien. C’est un des plaisirs de la vie que de se sentir écouté, sans être jugé, sans être critiqué, juste être écouté. Ça libère, on se sent soulagé.

À ce titre, on le voit dans la série, Sheldon ne supporte pas de savoir un secret. Il déteste cela. Et il se sent aussitôt obligé de le révéler pour se soulager.

Savoir un secret, une responsabilité

Savoir un secret, c’est une responsabilité. Et souvent, quelque chose qui ne nous appartient pas. On sait quelque chose sur une personne, on ne voulait pas forcément le savoir, et nous voilà à devoir garder le silence. Dur.

Et puis, il y a l’autre face. Savoir un secret, c’est être dans le cercle, dans la confidence. On est important, on sait quelque chose que les autres ne savent pas. On se sent « au-dessus ». Pour bien des gens, c’est une distinction importante. On sait. Et les ragots, les commérages vont bon train.

02Cacher des choses dans le couple : le mythe du « tout se dire »

Maintenant, passons au plus petit groupe. Le couple. La vie de couple, dans l’idéal, dans l’absolu, c’est tout savoir sur l’autre. Et quand je dis « tout savoir », c’est absolument tout. Aucune zone d’ombre, aucune surprise, rien.

On croit que l’amour, c’est être totalement transparent avec l’autre. Tout se dire, ne rien cacher, jamais.

Le couple n’est pas un roman

Dans un roman, pourquoi pas. Dans la vie, dans la réalité, c’est une autre paire de manches.

Dans un roman, l’auteur a la main, et donc le contrôle absolu sur les réactions de ses personnages. Il peut décider comment Jeanne va réagir quand Paul va lui révéler quelque chose, et il va décider de ce qui va ensuite arriver.

Toi, dans ta réalité, tu ne peux pas avoir ce pouvoir. Donc tu hésites, tu doutes. Ta vie est peut-être un roman, mais il s’écrit en partie en dehors de ton contrôle. Tu ne peux pas décider de la façon dont la personne va réagir quand tu vas lui révéler certaines choses.

Ces « petites choses » qu’on laisse dans l’ombre

Alors, souvent par peur, par crainte, par doute, on va laisser quelques « petites choses » dans l’ombre, on ne va pas en parler. Pas tout de suite. On verra plus tard. On se dit que cela n’a pas trop d’importance, qu’on a changé, que c’était avant.

Et c’est souvent le cas. On n’est plus la même personne à trente, quarante, cinquante ans qu’à dix-sept.

Et puis, quand on vit ensemble depuis des années, il arrive aussi qu’on garde pour soi certaines rencontres, certains évènements, pour ne pas briser l’harmonie du couple, sa bonne entente. Quand ça roule, on ne va pas prendre de risques inconsidérés.

03La nature du secret

Seulement, entre taire une mauvaise rencontre professionnelle et taire un flirt, on n’est pas tout à fait dans le même type de secret.

Ce que j’ai caché, et pourquoi j’ai arrêté

Dans mon parcours, j’ai aussi caché certaines vérités. Un couple est un équilibre fragile, délicat, subtil. Et un rien peut venir enrayer la machine.

Il m’est arrivé d’avoir, un temps, un béguin pour une autre femme, parfois même de flirter en dehors du couple. Non pas pour aller au bout, non. Mais juste pour le plaisir de savoir que je pouvais encore séduire, plaire. De l’ego, pur et dur.

Alors j’ai en partie caché la réalité à la personne avec qui j’étais à ce moment-là. Pas tout. Mais la dimension flirt, attirance, je l’ai minimisée. Parce que mon couple restait, et restera toujours, plus important que ce besoin de séduire que j’avais alors.

Je ne suis pas en train de prôner la dissimulation. Je n’aime pas cela. Mais la vie humaine n’est ni noire ni blanche. Elle est dans les nuances de gris clair à gris foncé.

Je n’avais pas envie de séduire telle ou telle femme, c’est arrivé. Et je n’avais pas envie de blesser la personne qui partageait ma vie à cet instant. Elle aurait pu croire qu’elle ne me suffisait pas. Ce n’était pas tant elle que moi qui étais le sujet à ce moment-là, moi qui manquais de confiance en moi.

Alors oui, j’ai dissimulé une part de la réalité. Pas de quoi en être fier. Et depuis, j’ai cessé ce petit jeu. Me mettre en danger, mettre l’équilibre de mon couple en danger pour un sourire, un geste, un effleurement ? J’ai décidé que cela n’en valait pas le coup.

04Deux façons de cacher des choses dans le couple

Je te le disais, on ne peut pas tout dire. Nous ne sommes pas prêts à tout entendre. Il y a des choses qui peuvent se dire, d’autres pas.

Il existe deux types de silences : le jardin secret et le silence d’évitement.

Le jardin secret

Ici, c’est tout ce que tu gardes pour toi. Tes pensées, tes rêveries, ce à quoi tu penses sous la douche, un vieux souvenir d’enfance que tu chéris et dont tu ne veux pas parler.

Ce ou cette collègue que tu trouves à ton goût, sans que jamais tu veuilles que cela aille plus loin et sans que cela n’affecte ton couple. Cette surprise que tu prépares pour l’être aimé.

Ces choses-là, elles sont à toi, et les taire n’est pas un problème. Tu peux en parler si tu sens la confiance dans ta relation, mais ce n’est pas une obligation. Un couple sain, ce n’est pas un couple qui fusionne.

L’humain n’est pas prêt à tout savoir de ce qui se passe dans la tête de l’autre à chaque seconde. Il a déjà du mal à gérer ce qui se passe dans la sienne, alors devoir gérer un second cerveau, ce n’est pas encore au menu.

Le silence d’évitement

Là, on entre dans un autre délire. Ici, tu ne parles pas parce que tu souhaites éviter une conversation qui devrait avoir lieu.

Tu ne dis pas à l’autre que sa façon de gérer l’argent te fait flipper, pour éviter la dispute. Tu ne dis pas que tu n’es pas d’accord sur la manière d’éduquer les enfants, alors tu te tais, mais ça s’accumule. Tu ne parles pas de tes mauvaises journées, parce que « à quoi bon ? ». Tu as un truc sur le cœur, mais tu le laisses grossir plutôt que d’en parler.

Le test simple, en une phrase : « Est-ce que je me tais pour garder quelque chose qui est à moi ? Ou est-ce que je me tais pour éviter quelque chose que je devrais dire ? »

05Apprendre à parler sans faire de reproche

On croit souvent qu’il n’existe que deux modes de fonctionnement : se taire, ou se faire des reproches. Forcément, dans un couple, les reproches, ce n’est pas le truc qu’on souhaite partager.

La méthode « action / ressenti »

Et la bonne nouvelle, c’est qu’il existe une autre voie : l’action / ressenti. J’ai lu cela dans un bouquin écrit par Claude Steiner, L’ABC des émotions. C’est aussi une technique qu’on retrouve dans la CNV, de ce que j’ai lu. Peu importe, l’important, ce n’est pas d’où cela vient, mais comment ça marche.

En résumé, ça marche ainsi : quand tu fais (ou dis) ceci, je me sens comme cela.

Comme tu peux le voir, ici, aucun reproche. On reste sur les faits et on les dit, et on parle de son ressenti, à soi. J’ai trouvé cela très élégant, très simple, et très efficace.

Des exemples du quotidien

  • « Quand tu prends des décisions sans me consulter, je me sens mis à l’écart, sans importance. »
  • « Quand tu passes tes soirées sur ton téléphone, je me sens délaissé. »
  • « Quand tu ne m’aides pas à faire le ménage, je me sens comme la femme de ménage de la maison. »

Tu sens un reproche là-dedans ? Non. Aucun. C’est factuel, et cela dit précisément ce que tu ressens dans une situation donnée.

Le ton compte autant que les mots

Au passage, le ton est important. Si tu hurles sur l’autre en lui disant cela, ça ne va pas le faire. Le dire avec calme, la voix posée, sans colère ni rancœur ni jugement, c’est mieux.

06Du plaisir de parler

Parler, ce n’est pas uniquement le plaisir de dire quelque chose. C’est aussi le plaisir d’être écouté, d’être soutenu, de se sentir épaulé, sans être jugé ni critiqué. C’est la base d’une relation plus fluide, plus saine, plus équilibrée.

Ce que je pose là est théorique. Parce que, dans la vie quotidienne, la fatigue, le ras-le-bol, la répétition font qu’on peut ne pas avoir envie de parler, ou d’écouter. Dans les deux cas, cela demande un petit effort. C’est certain.

Seulement, il faut aussi savoir ce que l’on veut. Le plaisir, c’est quelque chose que l’on doit aussi savoir préserver en allant le chercher. Ainsi, ce petit effort pour s’ouvrir à l’autre, en parlant ou en écoutant, devient un geste, une attention précieuse que l’on s’offre dans le couple.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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