01« Je suis nul » : d’où vient cette idée, et comment s’en défaire
On ne naît pas en se disant « merde, j’suis là, mais je suis nul, putain je vais en faire quoi de cette vie moi ». Non, pas vraiment. D’ailleurs, je ne sais même pas si on « pense » quand on arrive au monde. Je crois que cela nous vient plus tard.
Et même les premières fois, on n’est pas réellement du genre à se voir comme étant nul. On ne sait pas vraiment quelle est notre valeur, quelles sont nos capacités. Mais on a des rêves, et l’envie de les réaliser. Enfin, quand on est gosse, on a surtout envie de s’amuser, de profiter de nos jouets, des câlins de papa, de maman. Si on a des parents qui savent le faire.
02« Je suis nul » : une idée qu’on ne porte pas à la naissance
Et c’est là que l’on commence peu à peu à construire l’image que l’on se fait de soi. Chez mes parents, avec ma mère, je devais mériter. Absolument tout. Malheureusement, pour elle, je n’en faisais jamais, jamais, jamais assez pour être un gosse méritant.
Enfin, si, je méritais. D’en prendre une, de me faire engueuler, d’être puni. D’être rabaissé, d’être humilié, devant mes frères, ma famille, mes amis, c’était mieux. Ma mère adorait avoir du public dans ces moments-là. C’était plus marquant.
L’image de soi se construit avec le regard des autres
Sur mes notes à l’école, elle avait raison. Il est arrivé très vite un moment où j’ai lâché. En fait, je voulais lui donner raison. Oui maman, ton fils est nul, il te suffit de regarder ses notes. C’est un cancre. J’allais en cours, je ne foutais rien. Je profitais de quelques heures de calme, de répit. Sauf pendant la récré où j’étais un peu la tête de turc, mais c’est un autre débat.
J’ai cultivé cette image du petit garçon sage, mais qui n’en ramait pas une. Et puis, de temps en temps, quand un sujet attirait mon attention, je pouvais me récolter une bonne note, ce qui foutait ma mère totalement hors d’elle. Une petite victoire sucrée.
Seulement, et ça, j’allais le découvrir plus tard, cultiver cette image du nul a fini par se retourner contre moi. J’ai lentement perdu confiance en moi. Et j’ai commencé à croire qu’effectivement, j’étais un bon à rien.
03Comment on finit par se croire un bon à rien
J’ai compris mon erreur quand je suis entré dans le monde professionnel à dix-huit ans. Sans diplôme, tu ne commences pas tout en haut, logique. Mais tu ne commences pas au milieu non plus. Ni même un tout petit plus haut que tout en bas. Non, du tout. Tu commences tout en bas. Vraiment en bas.
Et tout le monde te regarde comme le bon à rien. T’es tout en bas, t’es pas grand-chose, t’es rien. Et ça finit par s’imprimer en toi.
Le déclic : un métier qui ne demandait pas de diplôme
J’ai eu un coup de bol alors que l’an deux mille approchait. L’informatique. C’était un métier encore assez récent. Et avec quelques potes, on passait notre temps à bidouiller nos PC. Comme j’avais un boulot, je pouvais investir un peu dans une bonne machine. Et j’adorais monter, démonter, manipuler.
On se rassemblait chez un pote, on venait avec nos machines, on se créait un réseau local, et on bossait des heures, on testait, on cassait, on réparait.
Avec cette expérience, j’ai pu trouver des postes plus sympas, mieux payés. Sortir un peu la tête de l’eau, retrouver un peu de confiance, un peu de fierté. Mais voilà, toujours pas de diplôme. Et en France, pour beaucoup de directions, l’absence de diplôme est un mauvais signal.
Et le métier a très vite évolué, des filières se sont créées, des diplômes sont apparus, et j’ai retrouvé la même problématique partout avec mon absence de diplôme. Et n’ayant même pas le bac, reprendre des études ? C’est mort. Je devais me taper le bac. Vu mon niveau, ce n’était pas jouable.
L’autodidacte plutôt que le panier de crabes
Quand j’ai voulu me lancer dans le développement personnel, j’ai découvert que le coaching était un vrai panier de crabes avec des certifications plus que douteuses, et vendues à un prix exorbitant.
J’ai donc pris l’option autodidacte, comme je l’ai toujours fait. Je me suis envoyé plus de cinq cents ouvrages, ils sont tous chez moi si tu veux des preuves. J’ai pris des notes dans tous les sens, et j’ai ouvert WhyIsLife.
J’avais, et j’ai toujours, une immense soif d’apprendre. Je savais que je ne pourrais pas être psy. J’ai aussi découvert que le développement personnel, s’il partait d’une belle idée, était devenu une vaste blague et une insulte à ses clients.
04Se sentir nul : une idée qu’on entretient soi-même
Ce que j’ai aussi découvert en allant vers des ouvrages plus sérieux, c’est que cette histoire « je suis nul », nous l’entretenons.
Ça vient donc souvent d’un regard extérieur. Les parents, la famille, un prof mal intentionné, des amis qui n’en sont pas et qui ont besoin d’un souffre-douleur pour tenter de s’affirmer. Mais aussi une certaine sensibilité et une confiance en soi qui vacille.
Une fois ce socle pourri posé, on commence alors à prendre tout ce qui pourrait nourrir cette vision fausse de soi. Et bien entendu, à écarter tout ce qui pourrait la contredire. On a besoin d’avoir raison quand on est humain : alors on ne retient que ce qui nous donne raison.
Se répéter qu’on est nul, ça rapporte quelque chose
Se sentir nul, se le répéter, c’est aussi un réflexe insidieux qui offre des avantages. Là, tu fais sans doute des yeux ronds et tu me prends pour un dingue.
Quand tu te plains d’être nul, c’est aussi une façon maladroite de tenter d’attirer un peu les regards sur toi, d’obtenir un peu de sympathie, de réconfort. Ça fait du bien. On se sent moins seul.
Et j’ai longtemps fonctionné ainsi. Je dois bien reconnaître que je n’en suis pas fier, j’ai même un peu honte. Je me lançais dans des projets trop grands, j’arrêtais en cours de route, je disais que j’étais trop nul, et hop, un peu de sympathie. Ça peut vite devenir une vraie drogue.
05Sortir du « je suis nul », pas à pas
J’ai peu à peu réussi à me sortir de là. C’est d’abord prendre conscience de la mécanique. Quand elle se répète, on finit par la voir. Et l’admettre, ce n’est pas facile, pas agréable du tout.
Ma femme me dit souvent que quand je veux vraiment une chose, j’arrive toujours à l’obtenir. Et en regardant mon parcours, il m’est difficile de lui donner tort. Mais voilà, on ne passe pas de « je suis nul » à « je vais tout réussir ».
Avancer lentement, et accepter ses limites
On se doit d’avancer pas à pas, lentement, en prenant peu à peu conscience à la fois de son potentiel, mais aussi de ses limites. Et ces dernières, elles font mal. On a la sensation de revenir à la version minable de soi. En fait non, c’est une simple limite. On ne peut pas tout faire non plus, nous restons humains.
Quand j’ai des clients en ligne, j’apprécie particulièrement quand nous travaillons sur cette vision de soi. Quand j’arrive à leur montrer ce qu’ils ont réussi à accomplir dans leur vie malgré les difficultés et la vision d’eux-mêmes qu’ils ont cultivée, ça provoque souvent une forme de déclic.
Un nouveau point d’appui, une autre vision de soi
Alors, encore une fois, on ne passe pas d’une image de loser à une version de soi qui trouve le succès dans tout ce qu’elle fait. Mais ça donne un point d’appui différent, un nouveau socle, une autre vision de soi.
C’est une vision qui va demander à être consolidée dans le temps, mais le point de départ reste le même : se poser, discuter, et commencer à se regarder sans se voir comme une personne nulle, sans talent, sans capacité.
Parce que même si tu ne seras peut-être jamais millionnaire (et encore, ça reste à prouver), tu as sans doute plus de valeur que tu ne veux bien te le faire croire. Parce que la version « il suffit de croire en toi », tu l’as sans doute déjà expérimentée : ça ne tient pas vraiment sur le terrain, il te faut un peu plus que ça. On en parle ?

