Je suis nul : l’enquête sur la phrase qui t’empêche d’avancer
« Je suis nul. »
Quatre mots. Quatre petits mots que tu te répètes peut-être chaque jour. Chaque fois que tu rates quelque chose. Chaque fois que tu te compares. Chaque fois que tu te plantes.
Quatre mots qui, à force d’être ressassés, sont devenus une croyance.
Moi aussi, pendant des années, je me les suis répétés. « T’es né con, tu vivras con, tu crèveras con », c’est ce que ma mère me disait. « T’es un bon à rien, tu sers à rien, t’es complètement inutile ». Des phrases assassines. Répétées. Martelées.
Et tu sais quoi ? J’ai fini par les croire.
Parce que quand on te le dit assez souvent, quand on te le montre assez clairement, tu finis par penser que c’est vrai. Que tu es vraiment nul en tout. Que tu ne mérites rien. Que tu n’es pas à la hauteur.
Aujourd’hui, on va mener l’enquête sur cette phrase toxique. D’où elle vient. Pourquoi elle colle à la peau. Et surtout, comment arrêter de se dévaloriser pour enfin retrouver un peu d’estime de soi.
D’où vient ce sentiment d’être nul ?
Quand tu te sens nul, tu as souvent l’impression que c’est inné. Que tu es comme ça. Que c’est ta nature profonde.
Faux.
Personne ne naît avec un sentiment d’infériorité. Personne ne naît en se disant « tiens, je vais passer ma vie à me trouver incapable ».
Ce sentiment se construit. Il se forge. Souvent très tôt. Dans l’enfance.
Parce que l’estime de soi, ça se fabrique dès les premières années. Avec les mots qu’on entend. Les regards qu’on reçoit. La reconnaissance qu’on obtient. Ou qu’on n’obtient pas.
Moi, j’ai grandi dans un climat de violence verbale permanente. Ma mère ne ratait jamais une occasion de me rappeler que j’étais inutile. Que je ne valais rien. Que ma seule chance dans la vie, c’était de trouver « une nana qui pourra t’entretenir ».
Alors forcément, j’ai intégré ça. Je me suis senti nul. Profondément. Durablement.
Et même quand je réussissais quelque chose — parce que oui, il m’arrivait de réussir — je minimisais mes réussites. Je me disais que c’était un coup de chance. Que ça ne comptait pas vraiment. Que de toute façon, ça ne changerait rien à ce que j’étais au fond : un bon à rien.
C’est ça, l’autodénigrement. Ce discours intérieur négatif qui tourne en boucle. Cette critique intérieure qui ne te lâche jamais.
Petit interlude Pour mener ton enquête en solo, une piste à explorer tous les 15 jours, inscription offerte ici ⟶Les origines du « je suis nul »
Se sentir nul, ça vient rarement de nulle part. Il y a toujours des indices. Des traces. Des moments où on t’a fait comprendre — ou pire, où on t’a dit clairement — que tu n’étais pas assez.
Voilà quelques pistes classiques :
Des parents critiques ou absents. Quand on ne reçoit jamais de validation, jamais d’encouragement, on finit par croire qu’on ne vaut rien. Ou quand chaque tentative est accueillie par une remarque cassante, on arrête d’oser.
Des humiliations répétées. Moi, je me souviens du jour où ma mère m’a frappé devant tout le collège parce que j’avais raté mon BEPC. Devant mes camarades. Publiquement. Ce jour-là, j’ai pris une double peine : la honte de l’échec, et la honte d’être celui qu’on frappe.
La comparaison constante. « Pourquoi tu n’es pas comme ta sœur ? Pourquoi tu ne fais pas aussi bien que lui ? » Quand tu passes ton temps à être comparé, tu finis par te comparer aux autres en permanence. Et dans cette course-là, tu perds toujours.
L’absence de reconnaissance. Peut-être que tu as réussi des choses. Mais personne ne te l’a jamais dit. Personne n’a jamais souligné tes efforts. Alors tu as fini par croire que ce que tu faisais n’avait aucune valeur.
Un environnement toxique. Des enseignants cassants. Des collègues méprisants. Des relations amoureuses destructrices. Quand ton environnement te renvoie constamment une image négative, tu finis par la croire.
Toutes ces expériences laissent des cicatrices. Elles construisent des croyances limitantes du genre : « Je ne suis pas capable. Je ne suis pas digne. Je ne mérite pas d’être aimé. »
Et ces croyances, elles dictent ta vie.
Le piège de la prophétie autoréalisatrice
Voilà le truc vicieux avec le « je suis nul » : ça devient vrai.
Pas parce que tu es réellement nul. Mais parce que tu agis comme si tu l’étais.
C’est ce qu’on appelle une prophétie autoréalisatrice. Tu crois que tu es nul ? Alors tu n’oses pas. Tu ne tentes rien. Tu te sabotes. Et forcément, tu échoues. Ce qui vient confirmer ta croyance de départ.
Le cercle vicieux parfait.
Moi, pendant des années, je me suis auto-saboté. J’ai quitté des boulots avant qu’on me vire. J’ai foiré des relations avant qu’on me quitte. J’ai abandonné des projets avant de me planter.
Pourquoi ? Parce que j’étais convaincu que j’allais échouer de toute façon. Alors autant partir avant. Autant contrôler ma chute.
Mais en faisant ça, je nourrissais mon sentiment d’être nul. Je me prouvais, à chaque fois, que j’avais raison. Que je ne valais rien. Que je ne méritais rien.
C’est ça, le piège. Tu deviens ton propre bourreau.
Les manifestations du « je suis nul »
Quand tu te sens nul, ça ne reste pas juste dans ta tête. Ça se manifeste partout. Dans tes comportements. Dans tes choix. Dans ta façon de vivre.
Voilà comment ça se traduit :
Tu n’oses plus rien. Pourquoi tenter ? Tu vas échouer de toute façon. Alors tu restes dans ta zone de confort. Ou plutôt, dans ta zone d’inconfort confortable. Celle où tu ne risques rien parce que tu ne fais rien.
Tu minimises tout ce que tu réussis. Quand quelque chose marche, tu trouves une excuse. « C’était facile. C’était de la chance. N’importe qui aurait pu le faire. » Tu refuses de reconnaître ta valeur personnelle.
Tu te compares sans arrêt. Tu regardes les autres et tu te dis qu’ils sont meilleurs. Plus intelligents. Plus beaux. Plus capables. Et toi ? Tu te sens toujours en dessous.
Tu attends la validation des autres. Parce que tu ne crois pas en toi, tu as besoin que les autres te disent que tu vaux quelque chose. Mais même quand ils te le disent, tu ne les crois pas.
Tu te refermes. Tu évites les situations sociales. Tu te caches. Tu te tais. Parce que tu as peur qu’on découvre ce que tu penses déjà : que tu n’es pas à la hauteur.
Tu te sabotes. Quand quelque chose de bien arrive, tu fous tout en l’air. Consciemment ou inconsciemment. Parce que tu ne penses pas mériter le bonheur, la réussite, l’amour.
Moi, j’ai fait tout ça. Pendant des années. Je me suis enfermé dans ma nullité supposée. Et plus je m’enfonçais, plus je me prouvais que j’avais raison.
Comment arrêter de se sentir nul ?
OK. Maintenant qu’on a identifié le problème, on fait quoi ?
Parce que se dire qu’on est nul, c’est une chose. Arrêter de le croire, c’en est une autre.
Première piste : identifie l’origine
D’où vient cette voix qui te dit que tu es nul ? C’est celle de qui ? De ton père ? De ta mère ? D’un prof ? D’un ex ? Nomme-la. Identifie-la. Parce que tant que tu crois que cette voix est la tienne, tu ne peux pas t’en débarrasser.
Moi, j’ai mis des années à comprendre que la voix qui me disait que j’étais nul, ce n’était pas la mienne. C’était celle de ma mère. Une voix que j’avais intégrée. Mais qui n’était pas moi.
Le jour où j’ai compris ça, j’ai commencé à me libérer.
Deuxième piste : observe ton discours intérieur
Écoute ce que tu te dis. Vraiment. Note-le. Écris-le.
Chaque fois que tu te critiques, chaque fois que tu te juges, écris-le. Tu verras à quel point tu es dur avec toi-même. À quel point ton discours intérieur est violent.
Moi, quand j’ai commencé à écrire, j’ai noirci plus de 1500 pages en quelques mois. Des pages entières de dévalorisation. De colère contre moi. De haine de moi.
Mais le simple fait de poser ça sur le papier, ça m’a permis de prendre du recul. De voir à quel point c’était injuste. À quel point je me maltraitais.
Troisième piste : liste tes réussites
Oui, tu en as. Même si tu ne les vois pas. Même si tu les minimises.
Chaque jour, note trois choses dont tu es fier. Trois choses que tu as réussies. Même des petites. Même des « insignifiantes ».
« J’ai répondu à ce mail difficile. J’ai tenu ma promesse. J’ai osé dire non. »
Ça paraît con. Mais ça recâble ton cerveau. Peu à peu, tu arrêtes de ne voir que tes échecs. Tu commences à reconnaître tes qualités.
Quatrième piste : arrête de te comparer
La comparaison, c’est le poison de l’estime de soi.
Tu ne sais jamais ce que vivent les autres. Tu ne vois que leur vitrine. Leur surface. Leur meilleur profil.
Tu compares ton bordel intérieur à leur façade extérieure. Et forcément, tu perds.
Alors arrête. Compare-toi seulement à toi-même. À qui tu étais hier. À qui tu étais il y a un an.
Es-tu en progression ? Même minime ? Alors tu n’es pas nul. Tu avances.
Cinquième piste : entoure-toi de personnes qui te valorisent
Si ton environnement te tire vers le bas, change-le.
Éloigne-toi des personnes toxiques. De celles qui te critiquent. De celles qui te rabaissent. De celles qui te renvoient une image négative.
Et rapproche-toi de celles qui te voient. Qui reconnaissent ta valeur. Qui t’encouragent.
Tu n’es pas obligé de rester dans un environnement qui te détruit.
Sixième piste : pratique l’auto-compassion
Sois gentil avec toi. Parle-toi comme tu parlerais à un ami.
Quand tu fais une erreur, au lieu de te dire « je suis nul », dis-toi : « J’ai fait une erreur. C’est humain. Je vais apprendre de ça. »
L’auto-compassion, ce n’est pas de l’auto-complaisance. C’est juste arrêter de te flageller pour chaque petite faute.
Le jour où j’ai arrêté de me croire nul
Pour moi, le tournant, ça a été mon second infarctus.
Ce jour-là, j’ai compris que je ne pouvais plus continuer à me détruire. Que je n’étais pas ce que ma mère m’avait dit. J’ai compris que j’avais passé ma vie à me victimiser. À accuser les autres. À me dire que c’était de leur faute si j’étais nul.
Mais la vérité, c’est que j’avais ma part de responsabilité. Pas dans ce qu’on m’avait fait subir. Mais dans le fait de continuer à me le faire subir moi-même. J’ai arrêté de croire que j’étais nul. Pas parce que je suis devenu génial du jour au lendemain. Mais parce que j’ai décidé d’arrêter de me mentir.
Je ne suis pas nul. Je suis juste humain. Avec des forces. Des faiblesses. Des erreurs. Des réussites.
Et toi aussi.
Tu n’es pas nul. Tu es juste blessé
Écoute-moi bien.
Tu n’es pas nul.
Tu as peut-être des zones vulnérables. Des blessures qui te font douter. Des croyances limitantes qui te bloquent.
Mais tu n’es pas nul.
Ce que tu ressens, c’est le résultat de ce qu’on t’a fait croire. De ce qu’on t’a répété. De ce que tu as intégré.
Mais ce n’est pas la vérité.
La vérité, c’est que tu as de la valeur. Que tu es capable. Que tu mérites d’être aimé, respecté, reconnu.
Et tu n’as pas besoin de prouver quoi que ce soit pour avoir le droit d’exister.
L’enquête continue
Arrêter de se sentir nul, ce n’est pas un truc qui se règle en un claquement de doigts.
C’est un processus. Un travail. Une reconstruction.
Mais ça vaut le coup.
Parce qu’au bout de cette enquête sur toi-même, il n’y a pas juste une meilleure estime de soi. Il y a ta liberté.
La liberté de ne plus te juger. De ne plus te limiter. De ne plus te détruire.
La liberté d’oser enfin vivre.
Alors oui, tu as peut-être passé des années à te croire nul. Moi aussi. Mais ce n’est pas une fatalité.
Tu peux changer ce que tu penses de toi.
Et quand tu le feras, tout le reste suivra.
Quelques chiffres
Sentiment d’inutilité et d’infériorité
- En 2024, 33% des Français affirment ressentir souvent ou parfois un sentiment d’abandon, d’exclusion ou d’inutilité, avec une prévalence plus forte chez les personnes sans emploi (44%) et les plus jeunes (25-39 ans).
- 39% des jeunes de 24-34 ans se considèrent inférieurs à leurs pairs sur le plan intellectuel, et près de la moitié des moins de 25 ans ont déjà ressenti de la honte dans leur vie professionnelle ou sociale.
- Les réseaux sociaux amplifient ces sentiments : plus d’un quart des jeunes femmes déclarent que ces plateformes font naître chez elles des complexes ou un sentiment d’infériorité, contre 8% des jeunes hommes.
Manque de confiance et estime de soi
- L’image de soi chez les Français a atteint un niveau historiquement bas en 2022, avec une moyenne de 47,4 sur une échelle de 100, soit le plus bas niveau en 7 ans.
- 43% des jeunes s’abstiennent de s’orienter vers certaines filières ou formations par manque de confiance en eux.
- Près de 4 jeunes sur 10 (38,9%) peuvent être classés en dépression modérée à sévère, et 36% se déclarent anxieux souvent ou très souvent.


