Faire l’autruche : pourquoi on enfouit la tête dans le sable

J’ai longtemps fait l’autruche. Mon compte en banque jamais ouvert, les problèmes tassés au fond, la tête bien enfouie dans le sable. Ça soulageait sur le coup. Puis je prenais le mur, en pleine poire. Voici ce que j’ai compris sur pourquoi on fuit, et comment enfin arrêter de détourner le regard.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 314 mots
Pièce
31 · 264 pièces publiées à ce jour
wil portrait 655
wil portrait 655© Watson

01Fuir la réalité qui fait si mal

C’est simple. C’est rapide. C’est facile. Et c’est indolore. Enfin, sur le coup. On pourrait dire aussi « faire l’autruche », « mettre des œillères », « faire l’aveugle » : le principe reste le même, ne pas vouloir voir, ne pas regarder, faire comme si ça n’existait pas.

D’ailleurs « faire comme si » est une technique souvent utilisée en PNL pour se projeter dans une nouvelle situation, pour apprendre. Ça peut être puissant et utile. Mais pas pour fuir.

Parce qu’enfouir la tête dans le sable et attendre, ça ne règle rien. Du moins, à moyen et long terme. Ignorer les problèmes en espérant qu’ils se règlent tout seuls, c’est une croyance.

Non, c’est pire en fait. C’est de L’évitement, de la procrastination, du déni, de la fuite. En résumé, absolument rien qui puisse t’aider. Si ce n’est à aller un peu plus mal encore.

02Les deux façons d’enfouir la tête dans le sable

Quand c’est trop dur : l’évitement involontaire

Pourtant, c’est aussi une forme de mécanisme inconscient. Un truc qui se met en place dans ton dos, sans que tu puisses t’en rendre compte. Ça se fait quand la douleur liée au problème est bien trop forte.

De toutes mes lectures sur la psycho, j’ai compris un truc essentiel. C’est que le boulot de notre cerveau, c’est de nous protéger. Les émotions reviendront plus tard, via un évènement généralement assez banal qui fera ressurgir les choses.

Il se dit aussi que parfois, elles remontent parce que notre niveau conscient serait prêt à traiter ce que nous avions enfoui profondément en nous.

Quand j’étais gosse, gérer les douleurs liées au lien débile qui m’unissait à ma mère, c’était impossible. Je n’étais ni armé, ni prêt à cela. J’ai donc tout verrouillé, et je suis passé en mode survie.

C’est plus de vingt ans plus tard que les émotions et les chocs ont commencé à remonter les uns après les autres. Une nouvelle galère à traverser. Et même si c’est pénible, même si c’est encore parfois bien douloureux, je sais que je suis prêt à faire face désormais.

On va dire que c’est le charme de l’inconscient. Il se peut qu’il décide de quand tu es prêt. Mais il ne t’envoie pas un mail clair pour t’informer, non. Ce serait trop simple. C’est un jeu de piste, une enquête à mener. C’est pour cela qu’avoir un Watson dans sa manche est un véritable atout.

Quand tu fuis volontairement

Et puis, il y a la version consciente, la version volontaire, le moment où tu ne veux pas voir, pas regarder, pas affronter.

Peu importe les raisons que tu invoques pour te justifier, cela reste une fuite. Et tu le sais. Y’a ce truc en toi qui te dit que là, c’est pas le bon truc à faire. Mais tu décides d’appuyer un peu plus fort, de tasser tout ça, de bien l’enfouir et de continuer ton chemin, comme si de rien n’était.

Ton objectif est de réduire cette sorte de pression émotionnelle que tu ressens en toi. Tu repousses une discussion délicate, qu’elle soit pro ou perso. Tu as des soucis d’argent, mais tu refuses d’ouvrir ton compte bancaire pour voir ce qu’il en est. Tu ne réponds pas à une demande qui te serre le ventre.

Sur le coup, ça marche ! Le cerveau adore ça. Je le disais en intro. C’est une solution simple, facile, rapide. Elle fait baisser la tension tout de suite. Et pouf ! Mais quand ça va revenir, ça fera encore plus mal.

Mais pour le moment, ton esprit est content, tu as fait baisser la pression. Un petit gain immédiat qui ne règle rien. Reculer pour mieux prendre le boomerang en pleine poire.

J’ai longtemps vécu ainsi. Notamment avec la non-gestion de mon argent. Plus j’en avais, plus je dépensais. Et moins je faisais attention. Je ne surveillais jamais mon compte. Je prenais des tonnes de frais bancaires, et je n’en avais rien à foutre. Pas mon problème.

Jusqu’au jour où j’ai pris le mur. Et il a fallu que je m’attaque au problème, que j’apprenne à devenir un adulte, que j’apprenne à gérer mon argent. Je n’ai pas aimé. Mais j’ai appris. Et tu sais quoi ? Bah j’ai gagné de la fierté. Parce qu’aujourd’hui, je sais où j’en suis, à quelques euros près.

Je pensais que de ne pas gérer m’offrait une liberté. En fait, j’étais en prison. Une prison qui me coûtait une blinde. En apprenant à gérer mon argent, là, oui, je suis devenu plus libre.

03Pourquoi on fait l’autruche face aux problèmes

Le soulagement immédiat qui piège

Une situation déclenche de la peur, de la frustration ou de la honte. Ton corps se tend, la charge mentale grimpe, la rumination démarre. Pour faire baisser la pression, tu évites. Tu scrolles, tu te plains, tu t’occupes d’autre chose. Et ça marche… quelques heures.

Ce petit shoot de soulagement agit comme une récompense. Le cerveau note : « bonne stratégie ». La prochaine fois, il proposera la même fuite. Ce n’est pas rationnel, c’est efficace à court terme. Et c’est précisément pour ça que c’est dangereux à long terme.

Dans mon cas, j’ai longtemps continué d’agir en mode survie, à nier mes problèmes, les petits comme les grands, à fuir, à fermer les yeux.

J’ai cru que j’étais incapable de gérer le moindre souci, et qu’il était plus facile, et pire encore, plus naturel de détourner le regard. Mauvaise pioche camarade, mauvaise pioche.

Et il a bien fallu que je commence à m’occuper de tout ce qui était là, de tout ce qui traînait. Les choses plus tangibles comme mon compte en banque, mes relations avec ma femme et ma fille.

Et puis, toutes ces blessures intérieures qui s’étaient infectées avec le temps, qui intoxiquaient mon quotidien, mes façons d’être, de penser et d’agir. Et crois-moi, c’est du boulot.

La construction d’un schéma de pensée d’impuissance

À force d’éviter, tu construis un schéma de pensée : « Je ne gère pas », « C’est trop pour moi », « Je suis nul dans ce domaine ». L’estime de soi baisse doucement. La posture de victime s’installe sans que tu t’en rendes compte.

Ce n’est pas de la comédie. C’est une forme d’impuissance apprise. Plus tu reportes, plus la situation paraît massive. Plus elle paraît massive, plus tu évites. La boucle se referme et tu te retrouves coincé dans ton propre scénario.

04Alors, on fait comment pour arrêter de faire l’autruche ?

Ça va te paraître simpliste, limite ridicule, et pourtant, la solution est bien d’accepter ce qui est là. On en revient toujours à la notion du contrôle, du pouvoir. Mais on ne peut pas tout avoir sous notre contrôle. La plupart des choses nous échappent.

Et si nous n’acceptons pas cela, on se retrouve un jour ou l’autre à enfouir la tête dans le sable pour ne pas voir ce que nous n’avons pas envie de voir.

Accepter, ce n’est pas dire que tout va bien. C’est admettre ce qui est là, reconnaître que c’est compliqué. Et c’est se laisser une marge en soi pour agir. Accepter, c’est faire baisser le feu interne, rendre la lutte interne inutile.

Attention, ce n’est pas se résigner. Tu vois la situation, tu l’acceptes, tu la nommes et tu choisis ta réponse, les actions que tu vas mener pour sortir de là.

Tout le contraire de quand tu acceptes, où là, tu te laisses une chance réelle de retrouver le goût du plaisir, et la fierté d’avoir su agir. Il faut avouer que ce n’est pas rien.

Quand tu te résignes, tu laisses les choses te dominer, tu t’enfermes, tu perds le contact avec ta vie, tes émotions, ton plaisir. Un point d’appui extérieur, comme Watson, c’est une béquille utile dans ces moments-là pour retrouver le chemin du plaisir.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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