Ce que déteste un manipulateur

J’ai grandi sous le contrôle quasi total de ma mère. Elle décidait de tout : mes amis, mon argent, mes limites. Le jour où j’ai saisi son poignet au vol, quelque chose a basculé. Mais le plus dur est venu après, quand j’ai cru m’être libéré. Voici ce que ces personnes détestent, et comment on s’en sort.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
5 min · 1 134 mots
Pièce
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wil portrait 564
wil portrait 564© Watson

01Grandir sous le contrôle de quelqu’un

J’ai eu le plaisir de grandir auprès d’une personne qui adorait exercer un contrôle quasi total sur ma vie. J’avais trois frangins, mais j’étais l’aîné. Et dans certaines familles, l’aîné a un statut particulier.

Et par chance, ma mère fut l’aînée, elle aussi, et son père fut un vrai monstre. Un homme imbu, violent, brutal, un personnage détestable qui en a fait baver à sa fille, et ça, jusqu’à ses derniers jours.

Et ces gens-là, il y a des choses qu’ils détestent par-dessus tout. Des choses qui vont leur faire peur, exalter leur envie de poser plus encore leurs griffes sur ta vie, qui vont les rendre fous de rage.

02Ce qu’ils détestent par-dessus tout

Ton autonomie

La première des choses, c’est ton indépendance, ton autonomie. Le principe pour te garder sous sa coupe, c’est de peu à peu te couper du monde extérieur sous des prétextes fallacieux. Le plus courant : les autres te veulent du mal, ils ne veulent pas ton bonheur, moi, je te comprends. Et peu à peu, tu te retrouves isolé, à la merci.

Plus tu vas cultiver des liens avec d’autres, plus tu vas avoir des amis, plus tu vas pouvoir te créer un équilibre social, et sortir du giron de cette personne. Ma mère détestait mes amis, j’étais à elle, et elle n’était pas très partageuse. Elle me laissait sortir, parce qu’elle savait bien qu’on ne peut pas totalement emprisonner un jeune homme de dix-sept ans, mais cette liberté avait un prix.

Que tu l’ignores

Une autre chose qu’elle ne supportait pas, c’était que je l’ignore. Il est arrivé un moment où entre mon âge et l’indispensable contribution financière que j’apportais à ma famille, je pouvais parfois me payer le luxe d’ignorer ce qu’elle voulait que je fasse, je pouvais m’opposer à elle. Je savais qu’il m’en faudrait payer le prix, mais j’avais besoin d’essayer de m’affirmer un peu. Quitte à le payer.

Que tu poses une limite

Une autre chose qu’une personne qui veut contrôler ta vie peut détester, c’est quand tu poses une limite claire. Ma mère avait la main lourde, et elle frappait pour un oui, pour un non. Mais attention, quand elle parlait de cela avec les voisins, elle expliquait que c’était de ma faute. Je n’écoutais pas assez, je ne faisais pas ce qu’il fallait pour la satisfaire.

Dans les années quatre-vingt, frapper un enfant était encore normal, limite un geste d’amour selon les parents. C’est pour son bien qu’ils disaient. Et puis, un jour, j’ai eu presque vingt ans. Ma mère a voulu m’en coller une. J’ai saisi son poignet au vol en la regardant droit dans les yeux. Elle a essayé de son autre main libre. Même chose. Je la tenais par ses poignets et je l’ai fixée avec une rage froide, sans baisser les yeux.

Ce jour-là, elle a compris que plus jamais elle ne pourrait lever la main sur moi, ça, c’en était fini. Et elle a détesté ce moment. Je l’ai vu dans ses yeux. Tout comme j’y ai vu la peur, la colère. Un instant, j’ai cru voir la petite fille qui a toujours craint son propre père.

03Quand le contrôle touche à tout

Elle régissait absolument toute ma vie. Elle donnait son avis sur tout. Le moment de la journée où je devais me doucher, ce que je mangeais, comment je m’habillais, comment je me coiffais, comment je parlais, qui je fréquentais, et pourquoi, où je pouvais sortir ou non. J’ai commencé à avoir un peu d’air, mais pas trop, quand j’ai eu mon boulot.

Là, c’est à mon portefeuille qu’elle s’est attaquée. Je ne pouvais pas laisser d’argent sur mon compte, elle le prenait. Enfin, elle m’obligeait à le lui donner, pour la famille. Et ensuite, quand je n’avais plus rien à donner, je me faisais engueuler parce que je ne savais pas gérer mon argent.

Je me suis retrouvé avec un crédit trop lourd, et les dettes ont commencé à s’entasser. Le piège se refermait. Et moi, je n’étais absolument pas préparé à affronter la vie d’adulte.

04Le poison reste, même à distance

Le plus terrible quand une personne a eu un vrai contrôle sur toi, c’est quand tu prends une distance physique. Cette personne ne peut plus exercer son pouvoir au quotidien, mais le poison reste.

Les humiliations quotidiennes s’impriment en toi, elles restent, elles sont tenaces, et tu finis par le croire, à en faire une vérité, tout ce qui a été dit, vécu, ça devient ta carte d’identité. Et te défaire de ces saloperies, c’est vraiment pas la fête.

Ce que ça laisse en toi

Ta confiance ressemble à un paquet de confettis, ton estime de toi est partie sans laisser d’adresse, tu te sens coupable pour un oui ou pour un non, tu as honte de toi, tu as peur de tout, tu ne te sens pas à la hauteur. Mais t’essaies de faire front.

Tu caches tout ça comme tu peux, et tu avances. Mais tu sens que c’est fragile. Tu présentes une image dehors, mais tu dégoupilles vite quand ça ne se passe pas comme tu veux. Tu peux te mettre en colère, ou t’effondrer en larmes, t’isoler, te cacher. Le poison fait son effet.

05Se reconstruire

J’ai eu la chance inouïe de croiser une femme solide, forte, aimante et équilibrée. Elle m’a offert le socle que je n’ai jamais eu pour me construire. Elle n’est pas et ne sera jamais ma maman, mais hey, on sait bien que certains mecs apprécient d’être un tant soit peu maternés, car c’est aussi là qu’ils puisent une part de leur force. Et quand t’as pas ça, ça fait pas de mal.

Alors, lentement, j’ai pu commencer un long, très long travail de reconstruction. Parce que le pouvoir du contrôle ne s’arrête pas quand tu t’éloignes de ces gens mauvais, non. Il continue encore longtemps après.

Et c’est là que tu as besoin de soutien, d’un véritable amour, d’une relation saine, équilibrée, et parfois même, d’une personne neutre et dont le métier est d’écouter, parce que parler, ça fait du bien.

Demander de l’aide, c’était le bon choix

J’ai trouvé refuge auprès d’une professionnelle. Ça m’a aidé, j’avais besoin d’un soutien extérieur. Mon orgueil en a pris un coup, mais en fait, c’était le bon choix. Et il m’arrive encore d’y retourner, pour deux ou trois rendez-vous, pour traiter un point précis.

Je suis sorti des griffes de ma mère, il y a vingt et un ans de cela, et j’ai longtemps eu honte de moi, je me traîne encore un reliquat de culpabilité, et ces saloperies ne s’en vont qu’en écrivant ou bien en parlant. Et y’a pas de honte à avoir. Ce sont les façons les plus sûres d’en finir avec ça.

Gardons le contact.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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