01Sourire, est-ce si grave
Dans un précédent article, je te parlais du fait de réapprendre le gout du plaisir malgré les difficultés de la vie, et l’apprentissage que nos parents nous apportent. En résumé, un adulte doit faire preuve de sérieux, être digne face aux problèmes, ne pas prendre de plaisir tant que les soucis ne sont pas réglés.
Un adulte, ce n’est pas uniquement être grave, solennel, et ennuyeux. Non. Être adulte, c’est bien plus fin que cela.
Mais poussons la logique apprise un peu plus loin. Imaginons un adulte touché par une maladie chronique. Si nous prenons ce précepte au pied de la lettre, la maladie est un problème des plus sérieux. Donc, interdiction de prendre du plaisir. N’est-ce pas ?
Hé bien non. Dans un cas comme celui-ci, tout le monde s’accordera pour dire qu’il faut prendre du plaisir.
Sans une bonne dose de plaisir, la vie serait un véritable enfer. Nous avons besoin de la légèreté, d’un peu d’insouciance, d’une bonne dose de sourire, de rire.
02Maladie et plaisir
Le handicap de ma fille
Ma fille, depuis ses quatre ans, est touchée par une maladie chronique pour laquelle il n’existe aucun traitement à ce jour. Aucun. Cette maladie touche ses mains, et ses pieds. C’est un bon handicap bien chiant.
Et pourtant, elle vit, elle sourit, elle s’éclate. Ce n’est pas facile tous les jours. Les relations avec ses profs, du fait de son handicap, sont souvent délicates. Les regards de ses camarades sur ses mains ne sont pas évidents à porter non plus.
Mais elle a appris à faire face, et elle ne s’interdit pas de vivre, d’avoir des rêves, de l’ambition. Son handicap est là. Cela doit-il être un frein ? Une interdiction de sourire, de vivre ? Chacun sera d’accord pour dire que non, bien au contraire.
Mes infarctus
À trente-sept ans, quelques semaines après la naissance de ma fille, j’ai vécu un infarctus avec mort subite. Puis, treize ans plus tard, un second, qui m’a laissé avec un cœur sur trois pattes.
J’ai donc une insuffisance cardiaque, mais asymptomatique. En clair, je vis, respire, bouge sans entrave. Pourtant, c’est un problème des plus sérieux.
Là encore, si je prends les choses au pied de la lettre, sourire, apprécier la vie, ce n’est pas au programme. Et pourtant, là encore, on va me dire qu’au contraire, il faut savourer chaque plaisir que la vie peut offrir, tout prendre, profiter au maximum.
Donc, en résumé, avec une pointe de caricature, on fait la gueule face aux factures, aux problèmes quotidiens, et on sourit face à la maladie.
03Ce que disent les recherches
Sourire face à la maladie, c’est un sujet que la science a étudié. En faisant quelques recherches, j’ai trouvé les travaux de Barbara Fredrickson. Elle a découvert que les émotions positives jouent un véritable rôle d’amortisseur et servent d’antidote contre les effets des émotions négatives et de la maladie.
La question n’est pas d’être dans la pensée positive bête et méchante, non. Mais bien de savoir prendre le temps de savourer les petits moments agréables de la vie. Un repas en famille, une petite promenade dans la nature, un bon livre, un film, une musique, une bonne nuit de sommeil.
Les études que cette Barbara a menées démontrent que ces émotions positives élargissent notre champ de pensée, la rendent plus flexible, plus créative, plus ouverte, tout l’inverse de ce qu’impose la peur ou la gravité permanente.
Allons plus loin. En 2024, une synthèse démontre que le bien-être psychologique positif est de plus en plus reconnu comme un facteur déterminant pour la santé cardiovasculaire, et chez les patients cardiaques, ce bien-être positif prédit des résultats comme la mortalité et les réhospitalisations.
Une étude portant sur plus de 600 personnes atteintes de maladie coronarienne a même montré qu’une augmentation des émotions positives sur cinq ans coïncidait avec une meilleure adhésion aux traitements.
En résumant, faire la gueule face à la maladie, ça n’aide pas à aller mieux. Sourire n’est certes pas guérir, c’est vrai. Et là encore, chacun a le choix de l’attitude à adopter face aux difficultés de la vie. Que cela soit les problèmes d’argent, les relations, ou encore la maladie.
04Choisir de sourire
Chacun peut décider de s’enfermer dans une pièce sombre, d’être touché jusqu’au fond de soi, et ne sortir de là qu’au moment où le problème sera enfin résolu. C’est un choix. Mais la question à se poser est de savoir ce que cela apporte à la vie, au quotidien.
Quand je pense à mes soucis de santé, crois-moi, je ressens très vite de l’anxiété. J’ai une conscience un peu trop aigüe de ma propre fin de vie. Et ça me plombe. Quand je suis dans ce type de pensées, la vie perd de son sens. Pourquoi me battre, pourquoi vouloir créer, quand tout peut prendre fin dans la seconde. C’est flippant.
Mais lorsque je sors de là, de ce type de pensées sombres, alors, je retrouve de l’élan, de l’envie, et j’ai l’espoir de vivre longtemps, de voir ma fille grandir, j’ai envie d’écrire, de parler des sujets qui me passent par la tête, j’ai envie de transmettre quelque chose.
05Le besoin de contrôle
Tout ceci nous conduit vers un point important. On ne peut pas tout contrôler. Ce que l’on apprend dans la vie nous laisse croire que nous pouvons tout maitriser. Mais la réalité est tout autre.
On ne maitrise pas nos relations. Les personnes qui gravitent autour de nous ont leur libre arbitre, leur comportement, et nous devons toutes et tous composer avec. Les relations amoureuses, professionnelles, familiales, toutes répondent à cela. On ne contrôle pas. Nous devons faire avec, jongler avec les humeurs et envies des uns, des autres.
La maladie peut frapper n’importe où, sans raison apparente. Des gens sont touchés par le cancer des poumons sans jamais avoir fumé ou fréquenté un fumeur.
Du jour au lendemain, tu peux perdre ton job, ou, si tu es à ton compte, ta boite peut s’écrouler en fonction de paramètres qui sont hors de ton champ de contrôle.
Cela te semble fataliste ? Peut-être. Ce que je vois ici, c’est que la vie est imprévisible. Chercher à la contrôler est une perte de temps. Et souvent, le plaisir de vivre est indexé sur cette capacité à tout contrôler.
Je crois que c’est une erreur. Et c’est un peu, je crois, le message que les études sur l’approche des maladies nous apportent. N’attendons pas de tout contrôler pour savourer le plaisir d’être en vie.
Quand je vivais chez mes parents, j’ai réussi à trouver des moments de plaisirs. Ça m’a fait un bien fou. Ça m’a aidé à avancer dans ma vie. Aujourd’hui, malgré mes soucis de santé, malgré la peur, j’arrive à trouver du plaisir, de l’envie de vivre, de me lever, j’ai envie de profiter.
Je ne suis pas avec un sourire béat sur le visage. Mais je vis. Et je souris.

