01La vie en noir, c’est le pied
Enfin, si tu aimes souffrir.
C’est bientôt les vacances. Et t’es là, tranquillement, posé. Tu penses à ces quelques jours de repos bien mérité. Aux moments qui vont venir, que tu vas savourer.
Et puis, la machine s’emballe. Tu commences à envisager tout ce qui pourrait te pourrir la vie, tout ce qui pourrait te faire peur, mal se passer.
Tu connais ça, cette manie de toujours anticiper le pire. Même pour les bons moments, cette façon dont l’esprit glisse naturellement vers tout ce qui pourrait mal se passer.
Et là, tu perds le contact avec le plaisir, avec ce qui pourrait te faire du bien. Et peu à peu, ça s’installe, une nouvelle manière d’être à la vie. Et tu peux me croire, ça va pas être une partie de plaisir.
02Voir la vie en noir, un réflexe bien appris
Ce truc-là, je le connais bien. Parfois, il m’arrive d’imaginer mes vacances, ou autre. Un bon moment. Et puis, je commence à envisager tout ce qui pourrait mal se passer, je me demande si je mérite bien ces moments de bonheur.
Parce que dans ma petite tête, il m’arrive encore parfois de me rattacher à des réflexes du passé, des habitudes ancrées, des schémas que j’ai appris. Et même si je les traque, même si j’ai fait le plus gros du boulot, ils peuvent encore ressurgir.
La vie en noir n’est pas de la lucidité
On croit souvent que c’est une forme de clarté, de lucidité. Mais voilà, ce n’est pas cela. C’est autre chose. C’est toujours regarder l’ombre, la peur, la douleur.
Et puis, passer son temps à anticiper le pire, ça ne rend pas la vie meilleure. Loin de là. Chez mes parents, c’était cela, ma mère ne savait pas voir autre chose que les problèmes.
Pour elle, et par ricochet, pour nous tous, c’est comme si le plaisir était une chose suspecte dont nous devions nous méfier.
À chaque début de solution, elle anticipait déjà un autre problème. Dans son boulot, c’était une vraie force, quelque chose d’utile. Dans la vie privée, c’est un piège.
Parce que tu passes ta vie à te méfier de tout, de tout le monde et tout le temps. C’est un pur délice que d’être toujours sur ses gardes, d’avoir toujours peur des faits et des gestes des autres, de croire en permanence qu’il va te tomber une merde sur le coin du museau.
La vie en noir : un fait ou une habitude ?
La question à te poser à ce moment-là : est-ce que tu regardes un fait ou procèdes-tu par habitude ? Quand je regarde mes vacances à venir, ce ne sont pas les bons moments que je vois, c’est mon passé que je projette, et c’est la peur que je vois. Pas les faits.
Je ne peux pas les voir, ils n’existent pas encore ! Et rien ne m’interdit de voir autre chose que la peur, si ce n’est l’habitude.
03Quand la vie en noir croit te protéger
En fait, ce réflexe de voir le noir est une façon de se protéger. Quand on en a pris plein la tête, peu importe d’où c’est venu, de qui et comment, on a ce réflexe de se replier sur soi, de se rétrécir.
On se dit, de façon inconsciente, que si on se fait discret, si on ne se fait pas remarquer, et si on anticipe assez tôt les merdes, alors, on va pouvoir les éviter.
Et à force de vouloir éviter les emmerdes, on en arrive à vivre dans l’évitement. Mais on évite tout. Et ça n’empêche pas les galères de nous tomber dessus.
Avec une telle attitude, ce que l’on évite, c’est surtout la vie, ses plaisirs, ses moments simples. On perd le goût et le contact avec ceux qui sont là, qui nous aiment et qui aimeraient tant nous voir profiter des bons moments.
Ce que la vie en noir a coûté à ma famille
Je reste persuadé que ma famille aurait pu mieux vivre. Pas plus riche, non. Mais plus légère. Certains soirs, plutôt que d’être soulagé que rien ne nous soit arrivé, on aurait pu éteindre les infos à la télé, et puis, discuter entre nous, rigoler un peu.
On aurait pu partager un peu de bon temps. Parce que, quand la journée est terminée, qu’on est dans ce petit appartement, entassés à six dans moins de cinquante mètres carrés, c’est pas là qu’on va changer les choses. Autant essayer de profiter de ceux qui sont là et de ce que nous avons.
Hé bien non. On baissait la tête, on courbait l’échine, on savourait notre honte d’être pauvre, on bouffait la misère du monde qui s’étalait au vingt-heures, et c’était tout. C’était devenu notre comportement, notre habitude. Nos plaisirs étaient vraiment rares au quotidien.
L’ombre ne protège pas. Elle assombrit tout. En même temps, demander à la pénombre d’apporter de la clarté, c’est quand même un sacré pari.
04Sortir de la vie en noir et rallumer la lumière
Si on veut un peu de clarté, ce qu’il nous faut, c’est de la lumière. Pas autre chose. Et quand les yeux ont perdu l’habitude, il leur faut un peu de temps pour s’y refaire. Mais la bonne nouvelle, tu l’as compris, c’est qu’ils peuvent s’y refaire, s’adapter à nouveau.
C’est vrai que ce n’est pas si facile de se défaire de vieilles habitudes. Elles sont tenaces, bien ancrées en nous, bien installées dans notre cerveau. Et les déloger demande un peu plus que de l’envie.
Bien entendu, sans l’envie, c’est mort. Mais avant cela, il nous faut prendre conscience que cette vision n’est pas la réalité, mais une façon de regarder, et que l’on peut regarder autrement.
Et quand on commence, alors on pose un premier regard. Et ce qui vient en premier, c’est la trouille. On ne voit pas bien, on ne comprend pas vraiment ce que l’on voit. On a peur d’être trop à découvert, trop visible, on se sent vulnérable.
Tu m’étonnes ! Tu as vécu avec des réflexes, des habitudes, une façon d’être qui, tu le croyais, te protégeait, et voilà que tu as la sensation d’être exposé à poil dans la rue. Alors, oui, ça file un sacré vertige.
Mais le vertige, la peur, ce ne sont pas des sentences, des condamnations. C’est de l’émotion, rien que de l’émotion. Je ne dis pas que ce n’est rien, je ne cherche pas à nier que ces émotions vont te faire vaciller.
Il faut les remettre à leur juste place, faire en sorte de ne pas leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont. Ce sont des émotions, et elles se régulent. Même si cela demande des efforts.
Avancer quand la peur serre le ventre, brouille ce que l’esprit peut voir, ça demande du cran. Et ça demande de ne pas perdre de vue ce qui est derrière cet écran de fumée.
Une vie plus légère, plus agréable. Avec ses coups et ses douleurs, oui. On en rencontre tous. Et ce n’est pas parce que cela existe que l’on va se priver des plaisirs élémentaires de la vie.
Deux gestes pour quitter la vie en noir
Je vais te dire une chose que je pose souvent sur ce site au pied de mes articles. Essaie donc, là, de suite, de prendre un moment simple. Regarder dehors, te préparer un thé, un café, une boisson que tu aimes.
Et puis, sers-la. Et savoure. Juste ça. Sans t’attacher à tout ce qui se passe dans ta tête. Ne va pas plus loin que ce geste-là, ce moment-là. Et chaque jour, recommence.
Autre chose. Il y a sans doute devant toi quelque chose qui te fait peur. Et envie. Mais c’est la peur qui domine. Essaie donc de regarder cela au travers du plaisir que tu pourrais trouver dans cette chose.
Laisse la peur parler dans le fond, sans l’écouter. Tu l’entends, mais tu ne l’écoutes pas et tu te focalises sur l’envie, le plaisir. Et vois ce que cela peut faire en toi.
Et si malgré tes efforts, ça ne suffit pas, on se pose, on en parle. On va bien trouver ce qui coince et trouver la porte de sortie qui te convient.

