01Faire un choix, c’est une torture, parfois
Il se dit fréquemment que choisir, c’est renoncer. Pour certaines personnes, choisir, c’est facile, c’est un jeu, un pari, un défi. Pour d’autres, dont j’avoue faire encore partie malgré moi, cela peut être une torture.
02Pourquoi choisir fait si peur
Quand j’étais môme, ma mère n’était que très rarement en phase avec mes choix. Et je le payais au prix fort. J’ai perdu de l’assurance, de l’envie, j’ai appris à avoir peur, à envisager le pire, à me méfier, à me tétaniser.
Alors, pendant longtemps, j’ai laissé la vie choisir pour moi. Et crois-moi, pour le coup, ce n’était pas un bon choix. Parce que j’ai perdu bien plus que ce que j’ai pu gagner.
Oui, en ne choisissant pas (ce qui est malgré tout un choix), j’ai délégué mon pouvoir aux évènements. Et peu à peu, j’ai recommencé à subir la vie. Un vieux schéma que je connais bien.
Ne pas choisir, laisser une autre personne ou la vie décider pour moi, et subir. Me retrouver dans la peau de la victime. Oui, c’est une posture que je connais bien. Par cœur même.
C’était pratique ! Je pouvais faire ce que je savais faire. Courber l’échine, me plaindre, dire que la vie est dure, pleurer sur mon sort. Je n’en suis pas fier avec le recul. Et il a fallu « désapprendre ». Et devenir un peu plus adulte.
03Le vrai problème, ce n’est pas le choix, c’est de l’assumer
Faire un choix, c’est exercer son pouvoir de décision. C’est vrai que choisir, ça fait peur. On peut se tromper. Nous aimerions avoir une certitude, celle de faire le bon choix. Mais ce n’est pas si simple.
Alors, on fait comment pour choisir ? On prend son courage à deux mains. En fait, choisir, ce n’est pas compliqué. A, B ou C ? En soi, ce n’est rien. Ce qui complique les choses, c’est d’assumer son choix, ce qui veut dire, accepter d’en porter la responsabilité.
Moi, je n’étais pas prêt à assumer cette responsabilité, et j’ai encore du mal parfois. J’ai grandi avec cette sale idée que je n’étais pas capable d’assumer, ce que j’ai entendu de la bouche de ma mère durant près de vingt ans.
Le prix d’un choix : ma famille
En fait, j’ai assumé les besoins de ma famille, j’ai choisi de renoncer à mon propre confort et mon avenir pour soutenir mes parents et mes trois frères. Ce n’est pas héroïque, c’est juste normal à mes yeux.
J’avais un choix à faire. Soit aider ma famille, soit penser à mon avenir. Alors, j’ai choisi. J’ai décidé de venir en aide à ma famille. Je n’ai pas reçu un seul merci de mes parents. Rien. Je crois qu’ils avaient honte. Je peux le comprendre.
Mais ça m’aurait fait du bien. Parce que ce choix, il m’en a coûté par la suite. J’ai passé des années à éponger des dettes. Je ne sais pas si je regrette. À titre égoïste, oui. Mais je ne pouvais pas ne pas agir, ne pas faire quelque chose. Tu vois, un choix, même une fois fait, il peut laisser des traces.
04Quand c’est la peur qui décide à ta place
Ainsi, ce qui peut nous polluer au moment de faire un choix, ce n’est pas le choix en lui-même, mais une résurgence du passé, les conséquences dramatiques que l’on peut imaginer, le regard et le jugement que l’on porte sur soi.
Nous sommes embarqués dans une spirale où l’on anticipe le pire. Pas le meilleur, non, non, non. Le pire. On essaie de se préparer au pire, pour ne pas être pris par surprise.
Mais cette vision brouille l’esprit, et influence notre choix. On choisit ce qui pourrait faire le moins mal. On ne choisit pas avec le cœur, on ne choisit pas avec l’envie, non. Nous faisons un choix par défaut, un choix de protection.
Nous agissons avec la peur, sous son règne. Ce n’est pas nous qui choisissons, c’est la peur qui guide et dicte le choix.
Quand on en a pris plein la tronche, quand on s’est souvent trompé, alors, faire un choix par envie, faire un choix avec le cœur, ça fait flipper et pas qu’un peu. Je le sais, et tu le sais sans doute.
Il se dit que la peur n’évite pas le danger. On croit qu’elle le minimise. Mais devons-nous faire des choix pour minimiser nos vies, nos envies ? Je ne crois pas. Au contraire. Parce que la vie est éphémère. Et ne pas faire des choix avec le cœur, c’est un coup à nourrir des regrets, tu ne penses pas ?
Et les regrets, ça ne nourrit pas bien le cœur, ça fait mal, et ça entretient cette vision restrictive de soi. Pas génial pour desserrer l’étreinte et faire des choix.
05Choisir avec le cœur, malgré la peur
Alors, aujourd’hui, quand je dois faire un choix, j’essaie d’écouter mes envies, mon cœur. J’ai peur, oui, bien entendu. Dans certains cas, j’ai les mains moites, une boule au ventre. Mais si j’entends la peur, je fais en sorte de ne pas l’écouter.
Ce n’est pas de tout repos, ce n’est pas confortable, j’envisage le pire, je vois les images, je sens les douleurs, tout est là, mais je fais en sorte de ne pas plonger là-dedans, de ne pas écouter tout cela et de me concentrer au plus sur ce que je crois être bon pour moi.
J’essaie de ne plus projeter le passé sur mon avenir. Parce qu’en faisant cela, je continue de faire vivre le passé. Un passé qui n’existe plus, un passé que je ne peux pas changer, que je ne peux pas réparer. Et qui doit rester à sa place, dans le passé.
Cela me demande un effort de plus, un vrai effort. Comme à toi sans doute. Et c’est cet effort conscient qui permet de faire revenir les choses à ce qu’elles sont.
Renoncer, mais à quoi vraiment ?
On dit que choisir, c’est renoncer. Mais ce renoncement, ce n’est pas forcément ce à quoi nous pensons en premier. C’est renoncer à vouloir réparer son passé, renoncer à le ruminer, renoncer à le faire revivre encore et encore en espérant qu’il change.
Tu vois, choisir, c’est renoncer. Mais ce n’est pas uniquement une question de renoncer à une option ou une autre. Quand on a du mal à faire un choix, c’est renoncer à quelque chose de plus ancré en soi, quelque chose de plus profond. Et une fois que c’est fait, les choix deviennent peu à peu plus faciles à faire.
06Et si choisir était aussi un plaisir ?
Parce qu’en fait, bien souvent, un choix, c’est aussi un plaisir. Le plaisir d’exercer son pouvoir de décision. C’est décider avec qui on va partager son temps, ses plaisirs, sa vie. C’est aussi se donner la possibilité de choisir son boulot, la ville où l’on veut vivre, ce que l’on va manger ce soir, et ainsi de suite.
Vision trop idyllique ? Peut-être bien, oui. Mais si l’on souhaite mettre du plaisir dans sa vie, il faut avoir le courage de faire des choix pour ne plus la subir et la construire. C’est aussi là que le plaisir se trouve.
Ce soir, fais un choix
Alors, ce soir, au moment de préparer ton dîner, essaie de faire un choix. Et peu importe que ce choix soit contraint par ton budget ou ce que tu as dans le frigo. Fais un putain de choix, décide. Sans aller plus loin, sans te juger, sans aller chercher la merde.
Tu n’as que des pâtes, un peu de sauce tomate ou une boîte de petits pois ? Bien ! Tu as un choix à faire. Fais-le avec envie. Ça ne va pas rendre ta vie merveilleuse, nous sommes d’accord. Mais au moins, tu auras fait un choix, un vrai. Un petit, oui, mais on apprend les choses petit à petit.

