01Compter sur soi-même quand on ne vous en a jamais laissé le droit
Une fusion imposée qui contrôlait jusqu’à mon plaisir
J’ai grandi, malgré moi, dans une sorte d’état de fusion avec la mère. Une fusion imposée, et non souhaitée. Ma mère laissait plus de choix et latitude à mes frères cadets. Ils ne savent pas à quel point j’ai pu les envier.
Ma mère avait un besoin maladif d’avoir la main sur mon existence. Ma coiffure, mes vêtements, mes pensées, mes réactions, mes dépenses, mes choix, tout devait passer par son contrôle. C’était plus que strict et abusif. Et mon plaisir devait systématiquement passer par son évaluation, son approbation. Je n’avais pas le droit de décider pour moi. Alors, je me suis soumis à son autorité.
Je ne pouvais faire aucun choix par moi-même sans que cela ne déclenche une crise entre elle et moi. Et c’était souvent violent. Verbalement d’abord, puis, quand ça ne lui suffisait pas, physiquement.
Grandir sans stabilité, faire ses choix contre l’autre
Je n’avais aucune stabilité. Et je faisais tous mes choix en fonction d’elle. Foirer ma scolarité fut une réaction idiote à la vie qu’elle m’imposait. Partir avec ma future femme sur Marseille était un choix autant d’amour pour ma chérie que pour faire chier ma mère, la faire réagir. Et des histoires comme ça, j’en ai un paquet.
Dans ces conditions, difficile de me construire, de bâtir une confiance un tant soit peu solide, cohérente. Et il m’a bien fallu apprendre.
02Apprendre à compter sur soi-même à l’âge adulte
Quand j’ai reproduit le schéma dans mon couple
Quand j’ai enfin pu me poser avec celle qui allait devenir ma femme, j’ai malheureusement reproduit une grande partie du scénario. J’avais besoin qu’elle soit là. J’avais besoin qu’elle aille bien, mais pas mieux que moi. En gros, je créais un environnement pas très sain.
Ainsi, pendant presque deux ans, j’ai fait un peu n’importe quoi, j’étais incapable de compter sur moi-même pour me créer un début de stabilité. J’ai fini par en prendre conscience.
Me construire un socle, seul, à mon rythme
Et ce qui a aidé, c’est le boulot de ma femme. Il est arrivé un moment où elle était absente toute la semaine. Et j’ai pu apprendre, à mon rythme, à vivre seul, à me construire peu à peu, à m’équilibrer. À compter d’abord sur moi et à faire en sorte que mon couple soit un vrai plus, pas le socle.
Une personne normale aurait su, en faisant ses choix, en les assumant, elle aurait été en mesure de pouvoir se positionner d’une façon ou d’une autre et d’avancer. Moi pas. Je restais figé, dans l’attente d’une réponse, d’une critique, d’un geste. Quelque chose. Je n’étais pas foutu de savoir comment me positionner.
Et toi, dépends-tu de l’humeur des autres pour aller bien ?
Alors, il est fort possible et fort heureux que tu n’aies pas vécu avec une personne comme ma mère, mais il est possible, malgré tout, que tu saches de quoi je parle. Parce que peut-être que toi aussi, tu sens que tu dépends de l’humeur d’un tiers pour te sentir bien dans ta tête, et tu sens que ça cloche, que c’est bancal.
Quand on veut être bien dans la vie, quand on veut y trouver du plaisir, grâce à ce que j’ai lu et vécu, j’ai compris et validé que l’on ne doit pas enfermer l’autre dans un rôle de sauveur. On doit se créer sa base à soi, faire la paix avec soi, être capable d’être bien avec soi, même dans le silence, même dans l’absence et la solitude.
L’autre, les autres ne doivent être qu’un plus. Un beau plus. Mais pas une fuite, pas un évitement. Non. Car là, on leur demande de nous porter, de nous sauver, en permanence. On peut se reposer sur autrui, dans les moments difficiles. Oui. Mais au quotidien, on doit d’abord compter sur soi.
03Compter sur soi ne veut pas dire se passer des autres
Le mythe du développement personnel et ses dangers
Cela veut dire quoi ? Que tu dois être totalement indépendant, totalement libre ? Non. Parce que être complètement indépendant n’est pas la réponse à tout. Toi, moi, les autres, nous avons tous besoin des uns des autres, pour une raison ou une autre.
Le mythe du développement personnel qui te raconte que tout ne dépend que de toi, c’est un vrai danger. J’ai besoin de ma femme, j’ai besoin de ma fille. Oui, je pourrais vivre seul, c’est exact. Mais leur présence m’apporte tant de choses. Un équilibre, une douceur de vivre que je ne pourrais trouver seul, du désir, de l’envie, du partage. On s’accompagne les uns les autres, on se soutient, on s’encourage, on se bouscule, on se chamaille.
J’ai besoin de cette présence pour hisser ma vie à un autre niveau de plaisir. J’ai besoin de leur présence pour mieux vivre encore. Et elles ont besoin de moi pour les mêmes raisons.
L’interdépendance, une force qui circule
Leur présence ne me prive pas de ma liberté, au contraire, elle l’enrichit. Nous discutons, nous échangeons, nous pesons nos choix, ensemble. Je reste libre de la plupart de mes choix, de la plupart de mes décisions. Mais avoir un regard aimant, ça peut aussi être rassurant.
C’est aussi l’occasion de faire grandir la confiance que l’on peut avoir en soi. Le fait de se sentir soutenu, d’être écouté, d’être respecté, ça fait un bien fou. Pas besoin de s’inventer une vie imaginaire, c’est là, ça existe. Nul besoin de se créer un personnage pseudo héroïque sur les réseaux et d’enfermer les autres dans une solitude atroce et le culte du « je ». Non.
Quand tu as créé un environnement assez sain autour de toi, fait de respect, d’amour, de confiance, d’écoute, tu peux me croire, les choses sont quand même bien différentes. Nul besoin de vouloir contrôler et régir quiconque.
Il y a comme une force qui circule dans ce cercle, une force que tu donnes, que tu reçois, qui est là. Une forme d’unité dans laquelle tu peux puiser quand tu as un coup de mou, ou dans laquelle tu peux apporter quand l’autre pose un genou au sol.
04Un socle solide pour des relations plus saines
Se remettre à l’endroit quand on est entré bancal
Avoir sa base, son socle, ses propres fondations, c’est pouvoir entrer dans des relations plus saines, qu’elles soient amicales, sentimentales ou même parentales. Une relation équilibrée naît de la présence d’individus qui sont eux-mêmes dans un équilibre sain dans leur propre vie.
On ne peut pas attendre, on ne doit pas attendre d’une relation qu’elle vienne combler nos vides et nous aider à retrouver du plaisir dans notre quotidien.
Mais tu ne peux pas non plus ne compter exclusivement que sur toi. C’est prendre le risque de finir seul, aigri, à vouloir contrôler les uns, les autres, pour trouver de la satisfaction et du plaisir. Ce n’est pas très sain non plus.
Entrer dans une relation en étant déjà en paix avec soi, c’est donner plus de chance à la relation de se déplier et de t’apporter tout ce qu’elle peut.
Et puis, parfois, quand tu es comme moi, et que tu es entré dans ce lien en étant bancal et que tu sens le besoin de te rééquilibrer pour puiser plus de plaisir, il est tout à fait possible de se poser, de parler, et d’explorer des pistes pour se remettre à l’endroit.

