Pièces/249/02.07.2026

Le vide intérieur : ce que c’est vraiment, et pourquoi lutter contre lui ne marche pas

Le vide intérieur n’est ni de la tristesse ni de la fatigue. C’est une sensation sans objet, une douleur diffuse qui protège d’une blessure trop grande pour être ressentie d’un coup. Après mon second infarctus, j’ai mis deux mois à comprendre pourquoi lutter contre lui ne marchait pas.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
4 min · 986 mots
Pièce
249 · 252 pièces publiées à ce jour
wil vide interieur 01
wil vide interieur 01© Watson

01C’est quoi exactement, le vide intérieur

Le vide intérieur, ce n’est pas de la tristesse et ce n’est pas de la fatigue. C’est arrivé chez moi un matin, après mon second infarctus, et c’est resté là pendant deux mois, sans interruption.

Et mes journées se déroulaient selon un schéma précis. Réveil, la douleur présente, la peur de disparaitre. La douche, en essayant de ne pas y penser, mais je me sentais dépassé. Le petit déjeuner, et puis, le canapé, une série, pour oublier. La douleur qui s’apaisait, puis, qui revenait. Et le soir, elle se calmait. La journée était passée. Je me couchais, tout en sachant que le lendemain, ça allait recommencer.

La sensation telle qu’elle s’est manifestée chez moi

Une douleur dans le ventre, mais pas au sens physique. Diffuse, imprécise, et pourtant très localisée. Je me réveillais et c’était déjà là, et ça montait lentement pendant la journée. Pas d’envie de rien, si ce n’est que ce vide s’en aille.

Une peur terrible d’être absorbé, dilué dedans, comme si j’allais disparaître à l’intérieur de cette sensation. Je restais sur mon canapé à attendre, à pleurer, parce que je n’avais plus que mes larmes. J’étais incapable de poser un mot sur ce que je ressentais.

Pourquoi ce n’est pas de la tristesse ni de la fatigue

La tristesse a un objet, on sait pourquoi on pleure. Là, il n’y avait pas d’objet. Deux mois sur le canapé, sans énergie, incapable de la contrer, en train de glisser. Ce n’était pas non plus de la fatigue, parce que dormir ne changeait rien : je me réveillais et ça recommençait, immédiatement.

C’est ce qui rend ce vide si difficile à nommer sur le moment. On cherche une cause précise à se donner, et il n’y en a pas.

02Comment je l’ai repéré avec certitude

Ce qui a marqué la différence avec un simple coup de mou

Ce n’était pas ponctuel. Ça a duré deux mois, tous les jours, avec la même intensité qui montait chaque matin. Je ne mangeais plus vraiment, je ne parlais plus vraiment. J’attendais la fin, je glissais, sans savoir vers quoi.

Ce sont ma femme et ma fille qui m’ont sorti de là, en me secouant fort, verbalement, sans me lâcher. Sans elles, je ne sais pas combien de temps ça aurait duré.

Ce que j’ai compris après coup sur cette sensation

Après mon premier infarctus, j’avais déjà connu de grosses crises d’angoisse, des passages aux urgences. Dès que j’allais bien, une crise arrivait, comme si je n’avais pas le droit d’être heureux, comme s’il fallait une punition.

Le vide qui a suivi le second infarctus n’était pas de cet ordre-là : ce n’était pas une crise, c’était un effondrement plus lent, plus sourd, sans pic identifiable. Mais la racine était la même, une vieille croyance selon laquelle le bonheur se payait toujours au prix fort.

03Pourquoi il était là

Une histoire qui n’a jamais été aimée correctement

Ce vide n’est pas apparu de nulle part. J’ai grandi avec une mère qui ne savait pas aimer, qui rabaissait, qui frappait, qui imposait des règles qui changeaient chaque jour. Le corps garde cette mémoire longtemps après que la situation a changé.

Il a suffi d’un second infarctus, d’une peur de mourir sous les yeux de ma fille, pour que cette mémoire ancienne remonte d’un coup et prenne toute la place.

Ce que ce vide protégeait chez moi

Je ne l’ai compris que plus tard : ce vide n’était pas une punition, c’était une protection. Il m’empêchait d’accéder d’un coup à une douleur trop massive pour être ressentie en une fois. Tant que je luttais contre lui, je lui donnais de la force. Le jour où j’ai arrêté de le voir comme un ennemi à combattre, quelque chose a changé, doucement.

04Le message que ce vide délivrait

Ce qu’il disait, sans mots

Un vide comme celui-là ne débarque pas sans raison. Il porte un message, même s’il ne se formule pas en phrases sur le moment. Le mien disait à peu près ceci : tu n’as pas le droit d’être bien. Chaque fois que ma vie allait mieux, une crise arrivait, comme s’il fallait payer ce mieux au prix fort. C’était une croyance ancienne, installée bien avant l’infarctus, qui remontait directement à mon enfance.

D’où venait ce message

Ma mère ne savait pas aimer sans faire payer. Les cadeaux de Noël s’accompagnaient de reproches, la moindre réussite pouvait déclencher une remarque qui la ramenait à elle. J’ai grandi avec l’idée que le bonheur n’était jamais gratuit, qu’il fallait toujours une contrepartie. Le vide, après le second infarctus, n’a fait que rejouer cette même règle à une échelle bien plus grande : j’avais survécu, j’étais encore là pour ma fille, et une part de moi attendait la note à payer.

05Comment je m’en suis défait

Pas en luttant contre lui

Plus je luttais, plus il s’accrochait. C’est contre-intuitif, mais lâcher la main de cette sensation, ne plus lui accorder toute mon attention, a fonctionné mieux que n’importe quel combat frontal.

J’ai commencé par mettre le focus ailleurs, sur ma femme, sur ma fille, à essayer de sourire, à essayer d’être présent, même quand j’avais l’impression de ne pas être à ma place.

Ce qui m’a fait réellement remonter

Un pas après l’autre. D’abord quelques activités manuelles, peinture, maquette. Puis j’ai repris le travail sur ce site. Le sport m’a aidé aussi, la natation surtout, sentir l’eau, retrouver confiance en mon corps. À 54 ans, l’objectif n’était pas un triathlon, juste nager, faire quelques efforts, retrouver un confort, une qualité de vie. C’est exactement ce que je cherchais, et c’est ce que j’ai trouvé.

Il m’arrive encore que ce vide revienne, cette peur de tomber, de ne pas être à la hauteur. Certains jours, la sensation s’accroche fort, et plus je lutte, plus elle est forte. Alors je lui lâche la main. Je vais nager quand même.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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