01Oui, je mérite mieux
Tu connais cette phrase qui peut parfois venir valdinguer dans ta tête. Un boulot de merde, une relation qui barre en sucette, un quotidien qui s’effiloche, bref, quelque chose qui semble ne pas tourner rond. Et tu sens que tu mérites autre chose, et forcément mieux.
Nous avons grandi, à peu près tous, dans ce bel idéal qu’est la « méritocratie ». Ouais. Moi aussi. Mais la méritomachin, elle est quand même bien capricieuse.
Se dire « je mérite mieux », c’est ressentir un écart entre la façon dont tu peux t’évaluer intérieurement et ce que tu vis concrètement. Et parfois, ça pique sévère. Mais tout n’est pas noir ou blanc.
J’ai pris un paquet de coups et d’insultes de la part de ma mère. Et selon elle, c’est parce que je le méritais bien. Bon. Avec ça, va te construire une image de toi qui tienne debout, essaie de ne pas te sentir en dessous de tout, de ne pas te sentir coupable de tout et n’importe quoi.
Spoiler alert : c’est une tâche titanesque. Mais va savoir, peut-être que c’est ce que je méritais. Je ne crois pas. Vraiment pas.
02Un monde de mérite
Imagine un monde où chacun aurait ce qu’il mérite vraiment. Nous serions tous millionnaires, à vivre une vie de rêve, dans des lieux paradisiaques, en très bonne santé, nous serions tous beaux et belles. Ouais. Euh, on peut rêver.
Je crois qu’il arrive un moment où il faut aussi prendre un peu de recul. Il y a des moments où l’on obtient ce que l’on mérite. Même si on n’en a pas envie.
Par exemple, lors de mes deux infarctus. Avant le premier, je fumais, je bouffais gras, je ne faisais aucun effort physique, j’étais sédentaire. Je cumulais les risques. Et ça a lâché. Pour le second, j’ai corrigé certaines choses, mais pas toutes, et j’ai continué de prendre des risques. Bingo !
Et parfois, on ne mérite pas ce qui nous arrive. Quand ma mère me tombait dessus, m’humiliait, me rejetait, est-ce que je méritais un tel traitement ? Non. Pour ma mère, oui.
Devenu adulte, devenu parent à mon tour, non, un enfant ne mérite pas un tel traitement. Même si j’avais été un gosse difficile, je n’aurais pas mérité cela. Mais j’ai dû faire avec.
03La relation de cause à effet
Il y a une petite chose à clarifier. Quand on parle de mérite, on mélange deux trucs qui n’ont rien à voir : la cause à effet, et la morale.
La cause à effet, c’est mécanique. Tu fais quelque chose, ça produit un résultat. Point. Ça ne juge rien, ça découle.
Le mérite, c’est autre chose. C’est un jugement. On décrète que tu mérites, ou que tu ne mérites pas. Et ce jugement, la plupart du temps, c’est quelqu’un d’autre qui le rend, avec ses critères à lui. Ça t’échappe.
Quand je ne prends pas soin de ma santé et que je me tape deux infarctus, ce n’est pas une question de mérite. Je fais le con avec mon corps, je prends des risques, forcément je me mets en danger. C’est de la cause à effet. C’est mécanique, et ça dépend de moi.
Quand je bosse comme un fou, que j’essaie de tout bien faire et qu’au bout je ne suis pas récompensé, là c’est un jugement. Quelqu’un a décidé, avec ses raisons, et ça m’échappe complètement.
04La question que pose le mérite
Arrive une question qui pique. Qui juge de qui mérite ou ne mérite pas telle ou telle chose ? Parce que dire « je mérite mieux », c’est une affirmation forcément subjective.
Mais si ton boulot t’emmerde, qui t’empêche de changer, ou même d’apprendre un métier, qui t’empêchait de bosser à l’école pour tenter de t’ouvrir plus de portes ?
Alors, oui, je le sais parfaitement, quand tu viens d’une famille qui est au bas de l’échelle, c’est clairement pas un avantage, et va falloir cravacher fort pour te hisser un peu plus haut. Là-dessus, nous sommes d’accord. Mais il ne faut pas que cela devienne une excuse passe-partout.
J’ai très très longtemps utilisé mon propre passé pour justifier mes échecs, et même aujourd’hui, je le fais encore. Et ça n’aide pas à avancer, à devenir meilleur, à obtenir plus.
05Mérite et injustice
Parfois, on sait qui décide. J’ai été arbitre officiel de football, durant dix saisons. Deux équipes, chacune avec ses supporters. Et moi au milieu. À chacune de mes décisions, une moitié était satisfaite et l’autre criait à l’injustice.
Tu peux bosser comme un dingue durant des mois, des années, et ne pas voir tes efforts couronnés de succès. C’est injuste. Peut-être que ton responsable ne t’apprécie pas trop, et à valeur égale, il a choisi ton collègue.
Prendre des décisions, c’est accepter que l’on va satisfaire les uns, et décevoir les autres. C’est la nature même d’une décision. Certaines sont véritablement injustes, sans fondement réel ni justification.
C’est difficile à encaisser. Et là, la lecture du livre de Viktor Frankl est éclairante. Il a vécu les camps de concentration nazis. Et il nous apprend que même dans un tel enfer, on a le choix. Le choix ultime : celui de décider de la façon dont nous allons vivre cette injustice.
06La vraie question
En fin de compte, la vraie question n’est pas de te demander si tu mérites mieux. Parce que te dire « je mérite mieux », c’est bien beau, mais ce n’est pas ça qui va te faire bouger.
En général, se dire cela, c’est pour exprimer un ras-le-bol, une lassitude, et ça, ça ne te pousse pas du tout à agir, au contraire. Ça plombe. Parce que c’est un jugement, pas une résolution, pas une envie d’avancer.
Alors, quand tu te dis que tu mérites mieux, la vraie question est donc de savoir ce que tu peux commencer à faire pour faire évoluer ta situation vers quelque chose de plus agréable pour toi.
Et si tu n’arrives pas à comprendre pourquoi tu en es arrivé là, ou comment t’en sortir, t’adjoindre les services d’un tiers comme Watson, ça aide bien à faire le tri et y voir plus clair.

