la Vie Est dure, et après ?

Tu dis que la vie est dure et tu le penses vraiment. Fatigue, injustice, ras-le-bol permanent. Mais est-ce que c’est toute ta vie qui est insupportable… ou le filtre à travers lequel tu la regardes ?

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
5 min · 1 148 mots
Pièce
32 · 264 pièces publiées à ce jour
wil portrait 362
wil portrait 362© Watson

01Ras le bol d’encaisser

C’est une litote. Oui, la vie est trop dure. Et peu importe où tu te trouves sur l’échelle sociale, il y a toujours quelque chose qui se passe et laisse croire que la vie est dure.

Ce que je veux te dire par là, c’est que peu importe qui nous sommes, ou ce que nous possédons, on en chie.

Bien, une fois que j’ai dit ça, on fait quoi ? Hé bien on s’accroche. Ouais, il est mignon Watson, mais s’accrocher, ça ne va pas rendre la vie plus belle. C’est vrai, mais au moins quand tu t’accroches, tu te donnes déjà une chance de plus que ceux qui baissent les bras.

Quand on commence à se dire que la vie est dure, c’est l’expression d’un sentiment d’impuissance qui pointe le bout de son nez. Et l’impuissance, c’est un sentiment que je connais bien.

02Quand ma vie était un enfer

Quand tu ne peux rien y changer

Je parle régulièrement de mon enfance. Pas pour te faire chialer, je m’en tape, parce que ça ne va pas changer ce qui m’est arrivé. Je m’en sers continuellement puisque c’est un très bon exemple.

Ma mère était une furieuse. Je bouffais des insultes et des coups à tour de bras, chaque semaine et quasiment chaque jour. J’ai vécu un enfer sur terre entre mes dix et mes vingt-sept ans. Soit dix-sept années d’enfer.

Durant ces années, crois-moi, il est arrivé un moment où j’ai arrêté de me dire « la vie est dure », parce que ça ne m’aidait vraiment pas. J’étais déjà dans le dur, alors, me répéter cela, vraiment, ça ne m’aidait en rien. Au contraire, ça me tirait vers le bas.

J’étais déjà au fond, et je n’imaginais pas qu’il était encore possible de glisser plus bas. Eh bah si. Et c’était pas la joie. Parce que, glisser, c’est facile, mais remonter, ce n’est pas la même limonade.

J’avais beau faire tout ce que je pouvais, je n’ai jamais réussi à satisfaire ma mère, et ça, c’est violent. Je pouvais y arriver sur un moment donné, précis, mais très vite, on revenait dans le cercle infernal. Un simple couteau oublié, ou une salière, alors que je mettais la table, et vlan, on remettait la machine en route.

Choisir comment endurer

Un jour, je me suis dit, ok, la vie est trop dure. Mais je fais quoi ? Je n’ai pas un sou, pas le contrôle, je ne peux pas partir, enfin, si, je peux m’enfuir, mais je vais me retrouver dans la rue, sans un sou, ça fait pas rêver.

Je ne pouvais pas parler de ma situation avec ma famille non plus, elle avait miné le terrain. Elle s’était posée comme la victime. La femme qui fait tout, que personne n’aide, que personne ne soutient. C’est vrai que mon père ne l’aidait pas vraiment. À sa décharge, quand il le faisait, il ne recevait pas un merci, mais des critiques sans fin. Ça donne pas envie.

Donc, je ne pouvais pas fuir et je ne pouvais pas en parler dans ma famille. T’en veux une situation qui te murmure que la vie est dure ? Je crois que c’en est une belle. Alors, j’ai fait en sorte de tenir. Après tout, y’a pire. Ça n’aide pas à aller mieux, mais ça aide à tenir.

Et je peux te dire que tenir, bah ce n’est pas rien. C’est même un véritable petit exploit en soi.

Quand la santé fout le camp

Autre exemple, après mon second infarctus. Je suis rentré à la maison après cinq jours d’hospitalisation. J’étais détruit. Je ne faisais plus rien que rester sur mon canapé, j’étais absent de moi-même.

Pour ma sécurité, j’ai porté un gilet défibrillateur. Je vivais avec, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et dormir avec un truc pareil, ça colle le moral au fond du sac.

Quand c’est l’enfant qui trinque

Un dernier ? Nous rentrions de vacances. De très belles vacances. À notre retour, on a pris le handicap de notre fille en pleine poire. Ses pieds et ses mains étaient touchés. Et c’était génétique, nous n’y pouvions rien.

C’était injuste aussi. Là aussi, quand ton enfant est touché, tu peux te dire que la vie est dure. Et tu as raison.

03La vraie question à se poser

Mais la question n’est pas de savoir si tu as tort ou raison. Tu as le droit de ressentir cela, et même de t’en plaindre. Nier les difficultés n’aide pas. C’est d’ailleurs pourquoi je ne suis pas un grand fan de la mode du positif à tout prix.

Y’a des moments, bah oui, ça va pas. Tu perds un proche, ton boulot, tu te fais plaquer par l’être aimé, y’a des évènements difficiles à encaisser, et ce n’est pas en cherchant le positif dans la merde que ça va changer.

Alors oui, c’est parfois la galère. Bien. Pourtant, je vais te le dire depuis mon expérience, ce n’est pas en restant des lustres à se plaindre que ça va arranger les choses.

Il y a un temps pour encaisser, pour souffrir, et puis, il y a un temps pour commencer à remonter la pente. Rester dans la cave, c’est tentant, on a la sensation d’être au bout, mais aussi cette sensation de se couper du monde, donc, de se protéger. Tu parles d’une protection.

Chaque fois, j’ai pris le temps de digérer, j’ai parfois aussi nié la douleur, je l’ai cachée loin, mais elle est revenue, et j’ai dégusté. Mais chaque fois, chaque fois, je me suis remis en route.

Quand j’étais gosse, je faisais ça tout seul. Aujourd’hui, j’ai ma femme, ma fille qui me soutiennent. Je sens la différence entre être seul ou soutenu. J’ai pas envie de baisser les bras.

Mais oui, j’ai besoin d’encaisser, de digérer, de bouffer ma souffrance et puis, je me remets en route. Pas moyen que je lâche. J’aime vivre et j’ai pas envie de rester à la cave. Hors de question.

04Oui, la vie est trop dure

Dans la vie, prendre des claques, ça fait partie du parcours. Bon, y’a des gens qui prennent plus que d’autres. Ça arrive. Ce n’est pas qu’ils le méritent ou non, ça arrive, c’est tout. Alors, on fait quoi, on se met en boule et on pleure, on prend peur, on attend le coup fatal ? Super.

Bah non, on encaisse, on souffre, on essaie de tirer des enseignements utiles, et puis, on fait en sorte de se remettre en route. C’est une question de choix, de ce que tu veux faire de ta vie.

La vie est trop dure ? C’est vrai. Et tu peux toujours te poser et trouver quelqu’un comme moi à qui en parler. Et tu verras que le vrai truc n’est pas qu’elle soit dure ou pas, mais bien de savoir ce que tu souhaites vivre à l’avenir.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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