La peur de l’intimité

La peur de l’intimité, c’est te montrer sans fard et flipper d’avoir mal. Je l’ai vécue : une porte laissée ouverte pour fuir, une belle histoire sabotée par trouille, cinq ans à m’en remettre. Ici, mon vécu, sans jargon, et deux gestes pour t’ouvrir sans te mettre à nu et retrouver le calme.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 427 mots
Pièce
76 · 264 pièces publiées à ce jour
wil portrait 265
wil portrait 265© Watson

01Quand être vu vraiment fait peur

Ce n’est pas facile. Tu passes un temps fou à construire patiemment une image bien précise, bien nette, bien propre, et puis, là, tu devrais être ce que tu es.

Tu devrais te montrer, pour de vrai, sans fard, sans rien d’autre que toi, pas d’artifices, pas de fringues, pas de style, pas d’effets de manche. Vulnérable. Et la vulnérabilité, ça peut faire flipper, et pas qu’un peu.

Mais voilà, quand on veut créer un lien, un vrai lien, avec l’autre, on attend de cet autre qu’il nous montre qui il est. Et nous, nous devons le lui montrer en retour. C’est aussi cela, s’engager.

Alors, qu’est-ce qui peut t’empêcher de te montrer, de t’ouvrir, de te livrer ? Qu’est-ce qui te retient ?

02La peur de l’intimité, c’est la peur d’avoir mal

Je pourrais te sortir tout un tas de jargon psy, mais je vais faire simple. Tu as peut-être bien peur d’avoir mal. D’être blessé. C’est peut-être aussi simple que cela, sans le minimiser. Simple, c’est pour dire que cela tient en un mot.

La peur de l’intimité qui fait garder une porte ouverte

J’ai vécu ma première vraie et belle histoire d’amour quand j’ai eu vingt ans. Elle aura duré cinq ans. Et, avec le recul, j’ai compris beaucoup de choses sur moi, sur mes comportements dans cette relation.

J’avais toujours une porte ouverte pour me barrer. Quand elle s’approchait vraiment de moi, je vérifiais que la porte était bien ouverte. Je n’avais aucune envie de la franchir, mais alors aucune.

Pourtant, si cette porte n’était pas ouverte, je me sentais mal, je ressentais une oppression forte, une peur terrible. C’est comme si j’étais prisonnier. Et pourtant, j’étais bien dans cette relation. C’est peut-être aussi ce que tu peux ressentir, je ne suis pas unique.

À un moment, j’ai commencé à nous voir ensemble, dans l’avenir, dans notre appartement. Il y avait une véritable fluidité entre nous.

Et malgré cela, j’avais du mal à m’ouvrir, à lui dire mes sentiments, mes peurs, mes envies, mes doutes. Je ne voulais pas me livrer. J’avais besoin de garder une certaine réserve, une distance.

Quand la peur de l’intimité pousse à tout saboter

Avant elle, je n’avais jamais été aimé ainsi, sans conditions, sans réserve. Et pas une seule fois je n’avais imaginé que je puisse compter autant pour une personne, et pire encore, je ne savais pas que je pouvais blesser quelqu’un. Je sais que cela arrive à d’autres, ce genre de mésaventure, et c’est peut-être quelque chose que tu connais.

J’ai découvert tout cela avec elle. C’était étrange, c’était perturbant, et j’avais peur de la perdre, et peur de ne pas la mériter. Mon plaisir d’être avec elle était gâché régulièrement par cette peur de la perdre.

Alors, quand un danger sérieux est apparu, j’ai pris la meilleure décision pour moi. Celle que je croyais être la meilleure. J’ai mis fin à la relation. Et j’ai vite compris mon erreur. Et j’ai longtemps regretté mon geste.

C’est la peur qui a eu raison de moi. Je n’étais pas lucide. J’étais craintif. Et j’ai mis plus de cinq années à m’en remettre. J’ai payé le prix fort pour apprendre.

J’avais peur qu’elle m’abandonne, qu’elle trouve mieux que moi. J’avais peur de souffrir, alors j’ai préféré devancer la douleur, la choisir moi-même. Et j’ai eu ce que je redoutais. Mal. Et pas qu’un peu. Et là aussi, je crois bien que je ne suis pas le seul à avoir fait ce type de connerie.

03D’où vient la peur de l’intimité

Une peur de l’intimité qui prend racine dans l’enfance

Pour ma part, j’ai grandi dans une famille pour le moins fracassée. Mes parents ont eux-mêmes vécu une enfance de dingues. Mon père a été abandonné, ma mère maltraitée, ils ont vécu un bordel sans nom.

Alors, va donc construire une famille équilibrée avec un tel bagage, toi. Pas si simple. Surtout quand tu fais tout pour ignorer tes démons. Et quand en plus les problèmes de fric viennent se greffer là-dessus, c’est la fête.

J’ai donc grandi dans un climat de peur, de tensions, de colère, de haine parfois, de violence, verbales et physiques. Et ça laisse des traces.

Pour moi, l’intimité, ce n’était pas de la douceur, pas de l’écoute, pas du soutien, pas du calme, pas du respect, certainement pas de la sérénité. Rien de tout cela. Toutes ces choses, je m’en méfie encore parfois. Tu connais aussi cela ?

Et pourtant, près de trente années sont passées. Pourtant, je vis dans une maison où le calme règne. Et c’est bien ce qui m’inquiète. Le calme. La sérénité. Le respect.

Pas besoin d’une enfance cabossée pour avoir peur de l’intimité

Je parle ici depuis mon vécu. Y’a pas besoin d’une enfance cabossée. Une trahison, une humiliation, ou même un chagrin très douloureux, ça suffit à se renfermer, à vouloir se protéger plus que de raison.

J’en profite pour te glisser que si tu as vécu quelque chose du même goût que moi, et qu’aujourd’hui encore tu sens que c’est lourd, trop lourd à porter, tu peux contacter un psy, y’a pas de honte. Et au besoin, contacter le 3114.

04Face à la peur de l’intimité, être intime avec soi

Alors, ton vécu, c’est peut-être bien ce qui te fait peur et te fait reculer. Mais c’est peut-être aussi te montrer tel que tu es. Je n’ai jamais pu, avant cette histoire dont je te parlais, et avant de vivre avec la femme qui est la mienne depuis plus de vingt ans, être moi-même.

En même temps, qui étais-je ? Impossible à dire. Parce qu’avant d’être intime avec l’autre, il est bon de l’être avec soi. Ça peut aider.

Quand je parle d’être intime avec soi, c’est savoir ses failles, ses doutes, ses peurs, et les accepter, sans en avoir honte, sans les craindre. Et ça, ce n’est pas aussi simple que cela.

Décoller le regard des autres pour apaiser la peur de l’intimité

J’ai longtemps cru que tout ce que ma mère disait de moi était vrai, que c’était moi, et j’avais honte, une honte terrible d’être ce qu’elle disait que j’étais.

J’ai compris que ce qu’elle disait de moi, c’était sa vision à elle, sa réalité à elle. Pas la mienne. Je suis plus, bien plus que ce qu’elle pouvait dire à l’époque. Je me suis détaché, en grande partie, du regard que ma mère portait sur moi, ce n’est plus ma réalité.

Quand on commence à détacher les avis des autres qui nous collent à la peau, on retrouve de l’espace intérieur, de la place en soi, pour réoccuper la place qui est la sienne.

Je n’ai pas eu l’occasion de me construire au moment où la majorité des êtres humains peuvent le faire. Alors, j’ai avancé en boitant, et j’ai tenté de combler mon retard, plus tard.

05Apprendre à apprivoiser la peur de l’intimité

Deux gestes concrets face à la peur de l’intimité

Ce que tu peux faire, pour apprendre à être intime avec toi, c’est d’écrire. Trace deux colonnes. Dans la première, note ce que tu te reproches. En face, d’où ça vient, de qui, de quand.

Tu peux aussi choisir de livrer une petite chose, à une personne en qui tu as confiance. Pour voir. Comment toi, tu réagis, comment l’autre réagit. N’attends rien. Ne juge pas. Laisse faire les choses.

Au bout de la peur de l’intimité, le plaisir des jours calmes

Pour ma part, avec le temps, j’ai pris mes marques dans mon couple. Ça ne s’est pas fait sans douleurs, sans heurts. Et je dois remercier ma femme pour la patience et la véritable bienveillance dont elle a fait preuve.

Et même si le calme et la sérénité restent des dangers pour moi, j’ai appris avec elle à vivre autrement que dans la souffrance, la douleur, la peur. En m’ouvrant, en lui parlant de mes douleurs, de mes failles, de mes peurs.

J’ai découvert que l’on pouvait parler à une personne sans être jugé, sans que ce que tu révèles sur toi ne se retourne contre toi à tout bout de champ. Et ça, que ce soit un proche, un ami, un psy ou un coach, ça fait un bien fou.

J’ai découvert le plaisir simple d’un dîner à la maison, en famille. Le plaisir simple d’un café le matin, sans cri, sans se faire la gueule. Le plaisir simple de faire les courses, sans plaintes, sans larmes. Le plaisir simple des soirées où tout est calme, sans bruit, sans cris.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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