La peur d’être seul

Ce soir, tu rentres et il n’y a personne. Le silence te serre le ventre. La peur d’être seul, ce n’est pas la solitude : c’est se retrouver face à ce qu’on porte en soi. Je suis passé par là — studio vide, cannabis, des années de galère. Voici ce qui m’a aidé à retrouver la paix dans le silence.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 490 mots
Pièce
261 · 261 pièces publiées à ce jour
la peur d'être seul
la peur d’être seul© Watson

01quand rentrer chez soi devient une douleur

Il est bientôt dix-sept heures. La journée commence à toucher à sa fin. Doucement. Une journée de boulot bien remplie. Et puis, tu sens quelque chose en toi qui commence à se nouer dans le ventre.

Pour le moment, tu n’y penses pas trop. Il te reste encore une heure, peut-être deux, à bosser. Mais c’est là. Et ça ne va faire que monter. Lentement.

Ce soir, tu vas rentrer. Et il n’y aura personne pour t’attendre. Le silence. En hiver, c’est encore plus compliqué. Tu vas ouvrir la porte, et ce sera la pénombre qui va t’accueillir.

Tu vas rentrer, allumer la lumière, et sans doute, très vite, mettre en route la musique, ou la télé. Parce que le silence, le vide, ça va te serrer si fort, ce sera si insupportable.

Nous allons voir ensemble que les mêmes gestes, comme la télé et la musique, selon le contexte, peuvent être soit une béquille pour te soutenir dans un passage d’un état à l’autre, soit s’avérer plus toxiques qu’utiles.

02Mon studio et moi : quand j’ai découvert la peur d’être seul

Je vais te raconter comment j’ai découvert la peur d’être seul. La première fois que j’ai quitté le domicile de mes parents, j’avais pris un studio en banlieue parisienne. J’avais cru que je serais libre. De tout ce passé. De tout ce poids. De tous ces cris, ces humiliations, ces coups.

Seul dans un studio bleu, sans comprendre pourquoi

Et puis, très vite, je me suis senti si seul au milieu de cette pièce que j’avais repeinte en bleu. Je ne comprenais pas. Ma mère n’était plus là. J’aurais dû être heureux, joyeux, léger.

Mais c’était tout le contraire. J’étais lourd, triste, apeuré. J’avais environ vingt-cinq ans, quelques responsabilités dans mon boulot, un bon salaire, j’étais apprécié par mes collègues, et j’avais enfin un peu de succès auprès des femmes.

J’avais des dettes liées au fait que j’avais beaucoup soutenu ma mère financièrement, mais ça allait. Alors, il se passait quoi ? Je ne comprenais pas.

Le cannabis pour faire taire ce qui montait

J’ai commencé à me réfugier dans le cannabis. Je rentrais, je mettais un peu de musique, et tout de suite, je me roulais un cône. Je fumais toute la soirée, jusqu’à m’assommer et m’endormir.

C’était la seule façon pour moi de faire taire ce qui était en moi. C’était quoi ? À l’époque, je n’en savais strictement rien. J’étais enfin sorti de l’enfer, alors, tout aurait dû bien aller. Enfin, ça, c’est ce que je croyais. Et ce n’est pas aussi simple que cela.

Tu veux savoir comment ça s’est terminé cette affaire ? Mal. J’ai fait n’importe quoi.

J’ai aimé la mauvaise femme, quitté mon job, fumé de plus en plus, fait n’importe quoi avec mon argent, et finalement, je me suis fait exclure de mon studio par mon proprio parce que je ne payais plus mon loyer, et j’ai été hébergé par un pote durant plusieurs mois avant de devoir retourner chez ma mère au moment du décès de mon père.

03Quand le silence fait tout remonter

À l’époque, je n’ai rien compris à tout ce qui m’arrivait. J’ai été consulter deux psys, mais en ce temps, la thérapie était encore un truc étrange. Les thérapeutes parlaient peu. Et ça ne m’aidait pas.

J’ai galéré durant plus de six années. Jusqu’à ce que je rencontre la femme qui partage encore ma vie, que je me pose, qu’elle m’offre un espace de sécurité, de paix, et une écoute.

Puis, j’ai commencé à lire beaucoup sur la psycho. Des centaines de livres durant près de cinq ans. Et j’ai compris. J’ai remonté le fil de ma vie.

Pourquoi la peur d’être seul n’est pas la peur de la solitude

J’ai compris que quand on est seul avec soi, on est seul face à soi. Et face à tout ce que l’on porte en soi. Et des choses passées sous silence, j’en avais un paquet. Entre l’âge de dix ans et celui de vingt-cinq ans, j’ai connu des choses douloureuses, dont je n’avais jamais pu parler.

Alors, j’ai tout tassé en moi, tout foutu au fond, tout passé sous silence. Tout était là, et j’étais plein comme un œuf. Et plus encore.

04La peur d’être seul ne dit pas toujours la même chose

Alors, as-tu quelque chose d’enfoui en toi ? Pas forcément. C’était le cas pour moi, mais pour toi, c’est peut-être autre chose.

Une rupture, un appartement soudain vide

Tu partageais ton appartement avec l’être aimé, et ce soir, après la rupture, tu vas être confronté à un appartement vide. Ça te serre le ventre.

Un deuil, le poids de l’absence

Toute la journée, tu étais concentré sur le boulot, et puis, ce soir, tu vas rentrer. Et tu vas sentir le poids de la perte, de l’absence, du vide. Et c’est particulièrement douloureux.

Un premier appart’, des repères à créer

C’est ton premier appart’, tu appréhendes. Le soir, avant, il y avait tes parents à la maison, peut-être l’odeur du dîner qui parfumait la maison, le son de la musique, ou de la télé, ou peut-être juste la voix de tes parents.

Et puis, là, tu es chez toi, c’est la première fois, tu te sens un peu flotter dans ce nouvel univers, rien d’alarmant. Des repères à créer.

Cette peur d’être seul, c’est donc peut-être bien une peur logique de faire face à une solitude nouvelle, non désirée, difficile à appréhender, à vivre, et c’est bien normal.

C’est une étape, c’est un passage, quelque chose de temporaire, le temps de créer un nouvel équilibre, de digérer les évènements récents. En ce cas, les amis, la musique, la télé, ce sont des points d’appui utiles, pour distraire, le temps de s’habituer.

05Retrouver le plaisir d’être seul

On peut donc bien apaiser la peur d’être seul. On fait ça comment ? On écrit par exemple. Un carnet, une table, à la maison ou dans un café, et on écrit. Pas pour écrire, mais pour traverser, ressentir, expulser.

Écrire pour se vider, sans jamais relire

Mais écrire quoi ? Ce qui te serre. Quand tu rentres chez toi ce soir, installe-toi, là où tu sens que c’est bien, et commence à écrire ce que tu ressens. Ne cherche pas à bien écrire. Laisse venir l’émotion, et laisse le bordel sortir comme il vient.

N’écris pas pour faire joli, ce n’est pas un roman ou une dissertation. Le but est de te vider. Peu importe si c’est en vrac, en désordre, si ça part dans tous les sens. L’écriture de ce type est une intuition.

Écris aussi longtemps que tu veux. Cinq minutes ou plus. C’est toi qui ressens le truc. Pour ma part, il est arrivé un moment où je sentais que mon ventre se détendait, c’était mon signal pour arrêter. Y’a pas vraiment de règles. Si ce n’est ton ressenti.

Pendant quelques années, j’ai beaucoup écrit sans chercher à faire de l’art. C’était uniquement pour me vider, retrouver de la place, de la paix. Et je n’ai jamais relu, ça ne me servait à rien, si ce n’est faire rentrer en moi ce que j’avais sorti. Ce n’est pas le but.

Parler pour sortir ce qui est là

On peut aussi parler. Un proche, un ami ou un thérapeute, un coach de vie aussi, selon ce que tu portes.

Écrire ou parler, le but reste le même, sortir ce qui est là. Et revenir dans le temps présent, dans le contexte qui est le tien là, maintenant.

Les murs ne sont plus les mêmes, les gens ne sont plus les mêmes, tu n’es plus la même personne. Tu es là, aujourd’hui, et plus hier. Mais tu portes encore, sans doute, des choses d’hier et qui demandent à être vécues.

Oui, je sais que « revivre » ces moments, t’en as pas envie. Je le sais, je le comprends, je n’en avais pas envie non plus. Mais tant qu’elles sont là, elles empêchent d’avoir accès au plaisir.

Elles prennent trop de place, toute la place. Preuve en est ? Le silence est insupportable. Parce que le bruit à l’intérieur est horrible, assourdissant, pesant.

Et si tu sens que ce que tu portes est bien trop lourd, prends rendez-vous avec un psy, et si tu as des idées noires, compose le 3114. Ne reste pas seul avec ça.

Quand le silence redevient agréable

Aujourd’hui, il arrive un bon nombre de fois où le silence m’est agréable. Parfois, non, mais je sais pourquoi, je sais que j’ai quelque chose en moi qui réclame mon attention. Cela ne m’inquiète pas plus que cela.

C’est inconfortable. Alors, je fais ce qu’il faut pour retrouver la paix dans le silence, écrire, marcher, parler, et peu à peu, je retrouve mon plaisir. C’est ainsi que certains soirs, j’aime rester quelques minutes à écouter le silence dans la maison, avant de monter me coucher.

Gardons le contact.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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