Quand ton instinct de survie te joue des tours

Enfant, face à la violence de ma mère, j’ai appris à me couper de mes émotions pour survivre. Cet instinct de survie m’a sauvé, puis il s’est retourné contre moi : des explosions, des colères hors de propos, un couple abîmé. Voici comment j’apprends, aujourd’hui, à vivre autrement.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 328 mots
Pièce
64 · 260 pièces publiées à ce jour
wil portrait 619
wil portrait 619© Watson

01Grandir en mode survie

Quand j’étais gosse, il m’arrivait souvent de fonctionner à l’instinct, de devoir me couper de mes émotions pour fuir la douleur. Cet instinct, je l’ai découvert plus tard, c’était de l’instinct de survie.

Quand tu es pris dans une tornade d’humiliations et de coups venant de ta propre mère, la seule option, ce n’est pas de comprendre, de rationaliser, mais de survivre. Alors, je repoussais la douleur, je n’y pensais pas, et j’attendais que l’orage passe. De manière générale, je vivais replié sur moi.

Parfois, il m’arrivait de rentrer dans des colères destructrices, mais des colères dirigées contre moi, mon cursus scolaire, mes projets. Un besoin primaire de m’exprimer, de dire « hey, merde, j’existe, je peux faire mes choix ». Une façon de sortir du giron et de la prison dans laquelle je vivais.

Et j’ai très longtemps fonctionné de la sorte. Entre repli et explosion. J’encaissais, j’encaissais, encore et encore, sans rien oser dire, sans poser de limites, et puis, une fois à bout, j’explosais.

02J’attendais qu’on prenne soin de moi

J’attendais et espérais que les gens prendraient soin de moi, en oubliant que c’était à moi qu’il revenait de le faire. Pas aux autres. On ne peut pas attendre des autres que, chaque jour, ils prennent soin de notre personne. Je cherchais à créer un lien parent/enfant, j’ai mis du temps à comprendre que c’était impossible. Je me suis senti abandonné, et j’ai dû dépasser cela pour tenter de me construire seul.

Je suis donc resté sur un mode de fonctionnement passablement binaire. J’encaisse, et j’explose. Et ça, c’est de l’instinct de survie.

03C’est quoi, l’instinct de survie ?

Alors, au passage, c’est quoi l’instinct de survie ? Ce sont des réactions totalement automatiques, qui nous poussent à agir pour rester en vie. Ce n’est pas un acte réfléchi, c’est entièrement primitif. Quand tu retires vivement ta main d’une plaque brûlante, d’un mouvement instinctif, c’est un exemple d’instinct de survie.

Et qui dit réactions automatiques dit déclencheurs. On parle ici d’une menace que l’esprit peut croire réelle : la peur, la douleur, un danger physique, une faim extrême aussi. Et nous retrouvons donc les trois réactions classiques que sont la fuite, le combat ou se figer sur place.

04Le jour où j’ai dit stop à ma mère

Quand ma mère me tombait dessus, je me figeais, je faisais en sorte de ne rien ressentir — enfin, ça c’est ce que je croyais — c’est comme si le temps s’arrêtait. Je sentais les coups, j’entendais les insultes, sa colère, sa haine, mais pendant longtemps, je ne pouvais pas réagir. C’était ma mère.

Je savais que dans un combat, je pouvais prendre le dessus, mais je ne pouvais pas démolir ma mère physiquement, quel enfant fait cela ? Tu vas me dire « mais quel parent fait cela ? », crois-moi, ils sont encore trop nombreux.

Il est arrivé un jour où j’en ai eu marre. Alors, j’ai paré ses coups, et je lui ai fait comprendre qu’à partir de ce moment, plus jamais elle ne pourrait lever la main sur moi. Je devais avoir un peu plus de vingt ans. Ça m’en a coûté. Je me suis senti à la fois libéré et très mal.

Chez moi, on ne s’opposait pas à la mère toute-puissante. Et j’entrais dans un univers inconnu, un univers où, physiquement, je pouvais répondre à la brutalité de ma mère. Un nouvel équilibre s’instaurait. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais il fallait que la situation change, et j’étais le seul à pouvoir la faire évoluer.

Quand elle a voulu me frapper, je n’ai pas calculé, ce fut un véritable instinct de survie, un ras-le-bol, je n’en pouvais plus d’endurer sa brutalité. Alors, j’ai chopé ses poignets, et je l’ai regardée droit dans les yeux. Je faisais une bonne tête de plus qu’elle.

J’ai vu son regard changer. La rage et la colère sont devenues de la peur. Je l’ai tenue quelques secondes, en serrant. Elle n’a ensuite plus jamais levé la main sur moi.

05Quand un vieux danger ressurgit

L’instinct de survie est donc une réaction automatique, hors de notre contrôle. Il se déclenche tout seul, comme un grand. Et parfois, il nous fait faire des conneries.

Quand la menace que l’on ressent n’est pas réelle, par exemple, mais qu’elle est le fruit d’un évènement passé qui remonte à la surface, on peut se trouver à avoir une réaction totalement disproportionnée et inadaptée à ce qui est là, réellement. Pour la simple et bonne raison qu’on ne veut plus revivre ce qui est déjà arrivé.

Je vais te donner un exemple. Il m’est arrivé de passer un savon monstre à ma femme ou même à ma fille, et après coup, de comprendre que j’étais à côté de la plaque, que j’avais été verbalement violent. Moi, j’étais en mode furie. Il s’est passé quoi ?

Tu te souviens, un peu plus haut, je te disais que lorsque ma mère me tombait dessus, je me figeais, je me repliais et je pensais ne rien ressentir. Ouais. Sauf qu’en réalité, j’aurais mieux fait de pleurer à grosses et chaudes larmes. Mais je ne voulais pas lui offrir ce plaisir.

Seulement voilà, j’ai tout entassé. Toutes ces émotions sont restées en moi. Et à un moment, il faut bien les évacuer. Que cela soit volontaire ou pas. Et souvent, ça sort sans que tu le veuilles.

Ainsi, mon esprit a interprété la scène comme un danger imminent. Un vrai danger. Un ras-le-bol de voir et de revoir encore une scène trop connue se rejouer, un manque de respect de ma personne, et là, c’était l’explosion. Pas une petite, non.

Autant te dire que ce n’était pas du tout adapté à la vie qui est la mienne aujourd’hui. Alors, je me suis senti con. Et coupable. Parce que je m’étais juré de ne jamais faire endurer aux autres ce que l’on a pu me faire subir. Et j’avais foiré. Mais j’ai découvert que l’on pouvait me pardonner, et ça, ça fait du bien.

06Une vie qui n’a plus rien à voir

Je vis dans une jolie maison, je suis respecté, je suis soutenu, notre vie est plutôt douce, agréable. Nous avons de l’espace pour vivre avec confort et douceur. On se chamaille, parfois, on s’engueule aussi. Mais globalement, nous vivons bien. Alors, quand il m’arrive de dégoupiller à la façon de ma mère, autant te dire que cette violence est hors de propos.

J’ai réussi à me canaliser, je déraille moins souvent, j’arrive à mieux m’adapter à cette vie. Même si je dois avouer que je reste encore parfois sensible aux vannes, tout en reconnaissant que je ne suis pas le dernier à chambrer.

J’apprends encore à vivre en dehors d’un univers qui n’était que violence, humiliations et brutalité. Je garde encore des réflexes de protection, je fais encore un peu trop attention à tout ce qui représentait un danger pour moi quand je vivais chez ma mère.

Je ne détruis plus mon couple, mes projets professionnels. J’essaie bien plus de construire, même si ce n’est pas toujours évident. Je m’accroche. Ça ne fait pas de moi un héros, nous sommes des millions dans ce cas.

07On avance tous comme on peut

On se traîne toutes et tous nos défauts, nos peurs. Elles peuvent surgir dans un domaine ou un autre. Je connais beaucoup de personnes qui ont une carrière professionnelle brillante et une vie privée sans queue ni tête. D’autres, c’est l’inverse. Rares sont celles et ceux qui réussissent dans les deux.

Ce que je veux te dire, c’est que nous sommes des milliards à avancer comme on peut, on est tous plus ou moins cassés, et ce qui compte, c’est de pouvoir profiter des bons moments de la vie. Et si jamais tu as du mal à savourer les plaisirs de ta vie, on peut se poser, en parler, et faire en sorte de trouver des pistes pour toi.

Gardons le contact.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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