01Quand Un regard fait tout vaciller
J’aime bien ce moment, je l’utilise presque tout le temps. Tu sais, ce petit moment où tu te poses, avec ton café, pour faire une pause, pour respirer. La tasse est chaude, tout va bien.
Et puis, là, il y a une personne qui est avec toi. Une personne que tu apprécies. Il ne se dit pas grand-chose. Un échange de regards. Un échange qui fait du bien. Tu te sens un peu mieux encore. Parfois, y’a pas besoin de mots. Un regard suffit pour parler.
Les deux visages de la peur du regard des autres
Dans le regard des autres, il peut donc y avoir ce regard qui te fait du bien, qui fait naître des papillons dans ton ventre, qui te fait rougir, qui te transporte. Un regard qui nourrit l’intérieur, qui fait du bien, qui te fait sentir léger.
Et puis, il y a l’autre regard. Celui qui transperce, lui aussi, mais te laisse une douleur. Une culpabilité, une honte. Un regard qui te donne envie de te cacher, de disparaître de la scène, de te réfugier là où personne ne pourra te trouver.
La peur du regard des autres sur les réseaux sociaux
Je lis souvent sur les réseaux sociaux qu’il faut vivre pour soi, ne pas se soucier du regard des autres. Tu vois le paradoxe ? Des gens qui postent ça sur les réseaux sociaux. Ça fait souvent des likes, des reposts, des commentaires.
Seulement, le regard des autres fait partie de nos vies. Les vrais réflexes à avoir ? Qui parle ? Cette personne a-t-elle un rôle dans ta vie quotidienne (boulot, famille, ami) ? Dans quel contexte ? Tout de suite, c’est un peu plus subtil.
02Peut-on vivre sans le regard des autres ?
Une autre question à se poser est de savoir si l’on peut vivre sans le regard des autres. Et là, ça va être compliqué. Techniquement, à moins de vivre seul, dans une forêt loin du monde civilisé, ça va être compliqué.
En plus, nous avons toutes et tous grandi sous le regard de nos parents. Un regard qui pouvait être aimant, protecteur, tendre. Ou sévère, qui jugeait, qui faisait mal.
ça se construit dès l’enfance
Dans les deux cas, nous nous sommes construits, ou pas, dans ces yeux-là. Et nous avons commencé à fabriquer l’image que nous avons de nous dans ces regards. C’est aussi là que naît une bonne part de ce que nous croyons à notre sujet.
Je ne parle pas de notre identité. Parce que, si je vais par là, cela veut dire que ce que ma mère disait de moi, voyait et me renvoyait était bien moi. Alors que non. Pas du tout.
03Leur vérité, et la tienne
Ce que ma mère voyait de moi, c’était elle. Elle, enfant, sous les yeux de son père. Un père cynique, méchant, avide de pouvoir, cruel, sans compassion pour sa fille.
Quand elle me regardait, c’est elle qu’elle voyait. Elle projetait sur ma personne sa propre expérience de vie. Et elle reproduisait avec moi ce qu’elle avait vécu, elle, alors qu’elle était une gamine.
La vision qu’elle avait de moi ne la concernait qu’elle. Tout n’était pas forcément faux. Mais tout n’était pas une vérité. Et ça, j’ai mis du temps à la comprendre. Longtemps. Très longtemps.
Quand tu es gosse, que c’est ta mère qui te parle, c’est pas évident de faire le tri. Parce que ta mère, c’est pas un troll sur internet.
Et même si, en grandissant, j’ai commencé à comprendre ce qui se jouait, bloquer ma mère comme on bloque un con sur le net, ce n’est pas possible. J’ai essayé de composer au mieux avec ça.
La vérité de l’autre à mon sujet n’est pas ma vérité à moi. Les deux peuvent coexister. Et je ne suis pas obligé de tout croire au sujet de ce qui se dit sur moi.
L’artiste, la critique et la peur du regard des autres
Imagine un artiste. Il y a peu, j’échangeais avec une personne sur le sujet de la critique. Ça parlait du film l’Odyssée, de Nolan. Si ce dernier devait lire et prendre en compte chaque critique à son sujet, le type va simplement devenir dingue et s’enfermer, se couper du monde, à jamais.
04Qui parle, au fait ?
Il faut aussi savoir d’où ça vient, et dans quel contexte. Parce que, quand on te dit de profiter de ta vie sans avoir besoin d’un public, c’est bien mignon. Mais le contexte ? Le développement personnel adore supprimer les contextes et proposer des généralités séduisantes.
Quand tu vis en couple, quand tu as des enfants, tu as presque toujours un public. Quand tu bosses, à la maison, le public, ce sont tes clients, et ils paient. Lorsque tu bosses dans une entreprise, tu as un public, et il te paie. Et ces gens-là ont aussi leur mot à dire.
Encore une fois, ce qu’ils diront n’est pas forcément une vérité, mais notre rôle, c’est aussi d’écouter, de comprendre. On peut ne pas être d’accord, mais on a le droit de comprendre.
C’est le principe de la vie en société. Si chacun ne prête aucune attention aux autres, ça va vite devenir un sacré bordel. Et ce n’est pas le but. Enfin, je crois.
Écouter ceux qui comptent
Quand ma femme et ma fille commencent à me dire que je suis chiant avec mes états d’âme, c’est le signe pour moi qu’il est temps que j’écoute. Parce que sans doute que mes petits tracas prennent trop de place.
Et c’est vrai que parfois, de la place, j’en prends. Ayant grandi sans avoir assez de place pour moi, j’ai eu tendance à vouloir occuper l’espace. Par peur d’être oublié, par peur de ne pas être respecté, par peur d’être abandonné.
Ce n’est pas conscient. C’est un vieux réflexe. Je me soigne, t’inquiète. Mais j’ai un peu trop besoin d’avoir les projos de la famille braqués sur moi.
Si je mettais en application ce que recommande le développement personnel sur les réseaux, je n’écouterais pas mes deux amours, et je continuerais, sans me soucier d’elles. Après tout ! J’ai bien le droit de vivre, et le regard des autres, j’ai le droit de m’en foutre.
Jusqu’au moment où je me ferais envoyer valser et où je me retrouverais tout seul comme un con, coupé des deux personnes qui comptent le plus à mes yeux.
En revanche, l’illustre inconnu qui vient m’insulter sous mes posts sur un réseau, lui, j’ai tout à fait le droit et le devoir de ne pas l’écouter. De le bloquer. De ne pas lui répondre. Et de continuer ma route sans me soucier de lui.
Quand ton patron te remet en place parce que tu as merdé, ou parce que tu es à la bourre, tu as le droit de mal le prendre. Mais il est aussi bon d’écouter. C’est ton boss, il te paie. Il n’a pas tous les droits, et si ça vire au harcèlement, tu as le droit de faire ce qu’il faut.
Ce que je veux te dire ici, c’est de prendre en compte qui parle, dans quel contexte, ce qu’il dit.
Un temps d’arrêt
Alors, quand on t’explique que tu n’as pas besoin du regard des autres pour vivre, faut prendre un peu de recul.
Quand une personne te dira quelque chose, essaie donc de voir le contexte dans lequel ça se passe. Qui est la personne qui s’adresse à toi. Ce qu’elle dit, ou pas. Et respire.
Ce n’est pas parce qu’elle critique une chose que tu as dite ou faite qu’elle te critique toi tout entier. Un acte ou des mots sont une chose. Tu ne peux pas te réduire à cela. Tu es plus que cela.
Quand le regard des autres devient un cadeau
Le regard des autres n’est pas toujours un problème. Ce peut être un bienfait, un recours, un geste d’amour quand les mots manquent. Mais ça, on ne te le dit pas souvent. Et c’est bien dommage.
Quand nous avons récemment perdu notre chat, par moments, il n’y avait que les regards pour se soutenir les uns les autres. Des regards pour se comprendre, se dire que nous étions là, ensemble, tous les trois, unis dans l’amour de notre chat, dans la douleur que nous partagions. Nous n’étions pas seuls.
Et si toi aussi, un jour, tu veux pouvoir savourer ton café, ou ton thé, face à une personne que tu aimes, et voir dans ses yeux cette petite lueur qui va te réchauffer et te faire du bien, alors, accepte le regard des autres. Et apprends à faire le tri, tu es sans nul doute assez lucide pour cela.
Si tu n’arrives pas à y voir clair, si tu te prends un peu les pieds dans le tapis, que tu doutes, on peut se poser ensemble, et commencer à discuter tranquillement, les yeux dans les yeux, et faire en sorte que tu saches mieux faire le tri dans ce qui compte ou pas pour toi.

