01Une image à soigner
T’excuser ? C’est pas ton genre. Un mot gentil ? C’est pour les faibles. Dans un débat, tu te dois impérativement de l’emporter, alors la mauvaise foi est ton alliée, et tu vas chercher tout ce que tu peux pour faire taire l’autre.
Un débat, ça se gagne. Et tu n’hésites pas à couper la parole à l’autre, à lui balancer ses défauts à la tête. On n’est pas là pour dialoguer et trouver une solution, on est là pour gagner.
Tu penses gagner, tu crois t’imposer, mais chaque fois, tu perds un peu plus. C’est ça, la fierté mal placée. Une attitude orgueilleuse, une armure épaisse, solide, qui t’empêche de reconnaître tes torts. Tu étouffes, mais tu ne le sais pas. En même temps, tu manques d’air depuis tellement d’années que tu as fini par t’habituer.
Tu crois défendre une sorte d’honneur. C’est devenu un combat, un principe. Tu étais peut-être un gosse brimé, ou une femme qui a décidé de se faire sa place à tout prix, peu importe l’origine. Tu es devenu rigide. À l’extrême.
Tu te crispes, tu serres les dents, tu attaques, tu agresses avant d’être agressé. Surtout, ne pas lâcher, jamais, ne pas dire « ok, j’ai merdé, j’ai dépassé les bornes ». Non. Parce que tu es resté collé dans ton passé, dans ces moments où, oui, il te fallait te battre pour te faire entendre, pour faire ta place.
Tu balances aux autres leurs quatre vérités, mais au fond de toi, t’as toujours pas digéré. On porte tous nos douleurs, nos blessures, nos doutes, nos peurs. On vit avec. Certains s’effacent autant que possible, d’autres montrent les muscles.
02Le chambrage pour communiquer
Tu passes ton temps à chambrer. Mais, hey, ce n’est pas méchant. C’est une façon de montrer que tu vois les autres, que tu veilles sur eux, que tu y es attentif. Ouais, et moi, je suis le Pape.
Le chambrage au quotidien, c’est une manière de garder ses distances, de ne pas être intime, de se protéger, de montrer à l’autre, sous couvert d’amusement, que tu es armé, que tu pourrais frapper plus fort. Ça se voit dans ton regard. C’est pas de la douceur, c’est du défi. Une gentille petite taquinerie, selon toi.
En réalité, c’est une petite agression, mais ce n’est pas ton problème si l’autre se sent agressé. Après tout, c’est son ressenti, donc c’est son problème. Non, car en fait, tu te protèges : c’est une forme de frappe préventive.
03Naissance d’un monstre
Si tu me lis régulièrement, tu sais ce que j’ai enduré durant des années chez mes parents. Quand j’ai réussi à sortir de là, j’avais de la colère en moi. Et je l’ai utilisée comme essence, comme moteur, pour avancer.
J’ai commencé à taper sur les uns, sur les autres. Je créais des sites web, et à cette époque, c’était un univers très masculin, très macho. Alors j’ai commencé à hausser le ton, à taper sur les uns, sur les autres. Je détruisais ceux que je méprisais.
J’ai peu à peu créé la réputation d’un type qui râlait, détruisait les uns, les autres. Je commençais à être craint. Et dans ma vie privée, c’était un peu pareil. Soit t’es avec moi, soit t’es contre moi. J’avais mes fans et mes détracteurs. Il paraît qu’avoir ses haters est un signe de réussite. Belle connerie.
Et puis, avec le temps, j’ai commencé à me trouver con. Très con. C’est à la période où j’ai commencé à lire beaucoup de livres sur la psycho, la philo. J’ai pris une claque.
Tu sais, quand tu fais le fier-à-bras, que t’es toujours en colère, que tu refuses de regarder réellement ton passé parce que tu claironnes que c’est terminé, y’a un truc. Et pas un petit truc. J’ai eu honte de moi.
En fait, je déversais ma colère sur les uns, sur les autres. Mais voilà, j’avais toujours une raison de me foutre en pétard. Toujours. Je ne voulais pas être comme ma mère, mais plus j’avançais, plus je lui ressemblais.
J’avais la sensation de ne pas savoir comment faire autrement. Je me sentais con. Alors, pour moi, j’ai commencé à reconnaître mes torts, à m’excuser quand j’allais trop loin. Puis j’ai essayé de me canaliser, de moins dégoupiller, de ne pas laisser ma colère exploser.
Je ne suis pas en train de dire que je suis devenu un exemple à suivre. Y’a des moments où je disjoncte encore. Où je râle, je gueule. Mais j’en suis désormais conscient, et je ne rejette pas toujours la faute sur les autres. C’est pas de tout repos. Mais je me sens un peu plus en paix avec moi. Et ça, ce n’est pas du luxe.
Ça va te paraître idiot, mais tu vois, j’ai grandi avec une mère pétrie de colère, de rage, de rancœur. Et j’ai vu les ravages de vivre sous le joug de la colère. Je n’avais pas envie de vivre cela et, pire encore, d’infliger cela à mes proches. Et pourtant, c’est ce que je faisais. Et j’avais construit une stratégie infaillible, la même que tous les gens blessés utilisent, je crois bien.
04Je n’avais jamais tort
Je n’avais jamais tort. J’en avais fait un principe de base. Par le passé, quoi que j’aie pu faire, pour ma mère, j’étais le fautif. Alors non, adulte, je n’aurais plus jamais tort. Impossible. C’était mon droit. Et personne ne viendrait me contredire. Ouais.
Si je dépassais la ligne, je détournais la faute, je minimisais, je me justifiais, j’expliquais qu’en fait l’autre ne pouvait pas comprendre parce que bon, « c’était plus compliqué, plus subtil que ça ».
Et je niais cette petite honte que je ressentais, ma mâchoire serrée, le cœur qui tapait à deux cents à l’heure. Le but était de construire un discours pour me protéger, pour ne pas perdre la face, et certainement pas d’assumer. Et surtout, aucune humilité. Et à la longue, je devenais un monstre pour moi, et pour les autres. Autoritaire, faussement ouvert.
05Je ne demandais pas d’aide
À quoi bon ? J’avais traversé l’enfer seul. J’avais survécu à une enfance qui ferait passer les pires épreuves de survie pour une colonie de vacances. Besoin d’aide ? Moi ? Mais mort de rire. Écoute, petit, c’est toi qui aurais bien besoin de mon aide, de mon expérience de la vie. Alors, t’es gentil, mais laisse le grand tracer sa route, remballe tes conseils lus sur Instagram et file dans ta chambre.
Il était hors de question que je me montre faible. Mais je l’étais. Pour cacher cela, je tentais bien de tout contrôler, et je repoussais ce qui me résistait sous de faux prétextes. Je préférais galérer tout seul que de montrer une faille.
Mais derrière ça, il y avait une vraie peur de l’humiliation. Tu m’étonnes. L’humiliation, j’avais eu ma dose.
Le résultat est simple : distance émotionnelle, fatigue chronique, tension permanente. Je me racontais que j’étais autonome, mais en réalité, j’étais enfermé dans un costume trop lourd, trop épais.
06Il me fallait avoir raison, à tout prix
Les débats devenaient des combats. Il ne s’agissait plus de comprendre, mais de gagner. Je me raidissais, je ressassais les mêmes arguments en boucle, incapable de lâcher même quand la discussion tournait au ridicule. Mon corps s’échauffait, le ton montait, ma nervosité s’emballait.
Cette obsession d’avoir raison me créait des conflits sans fin. Ce n’était plus une question d’idées, c’était une lutte pour préserver mon image.
07Pourquoi la fierté devient « mal placée » ?
Peur de l’humiliation
Tu crois qu’admettre un tort peut réveiller une vieille peur d’être rabaissé, ridiculisé, rejeté. La honte monte vite, comme une brûlure dans le ventre. Pour éviter cette sensation, ton orgueil prend le relais. Et là, tu construis une posture dure, froide, presque arrogante.
Pour toi, ce n’est pas de la supériorité, c’est une façon de te protéger de ce que tu supportes mal : te sentir à nu. Parce que pour toi, te sentir à nu, c’est de la faiblesse, c’est la peur de souffrir. Et tu t’es promis de ne plus jamais ressentir cela.
Blessure d’estime
Quand l’estime que tu as de toi est fragile, chaque erreur devient une menace. Reconnaître un tort ne signifie pas seulement « j’ai fait une erreur », mais « je ne suis pas assez ». L’orgueil devient alors une armure.
Ainsi, peu à peu, tu perds la capacité d’écoute, tu ne te demandes plus si tu pourrais te tromper ; non, ton principe est simple : tu as raison, et tu te figes.
Avoir tort, te tromper, tu vivrais cela comme un effondrement intérieur insupportable. Ta rigidité protège une image intérieure qui est déjà bien instable.
Difficulté à gérer la honte
La honte est une émotion lourde, collante, qui donne envie de disparaître. Si elle n’est pas digérée, elle se transforme en froideur, en sarcasme, en distance. Plutôt que de te sentir exposé, tu te blindes.
La fierté mal placée devient un rempart contre cette sensation d’être exposé. Le problème, c’est que plus tu évites la honte, plus elle te pilote en sous-main.
Tu évites tout ce qui pourrait la déclencher en toi, et tu peux même devenir très agressif pour ne pas y être exposé. Ton orgueil est en souffrance. Et tu dois le défendre.
08Le lien avec le passé
Cette fierté mal placée, nous venons de le voir, c’est une réponse à une ou plusieurs peurs qui remontent à loin. Comme je te le disais, tu as peut-être été moqué, brimé, ou peut-être était-ce une question de guerre des sexes à un moment donné dans ta vie.
Peu importe, en fait. Mais en te « blindant » et en devenant agressif, en rendant coup pour coup, voire en portant des attaques préventives, tu as découvert que tu obtenais ce que tu crois être du respect, et surtout, tu n’étais plus confronté à ces émotions désagréables.
La question n’est pas de devenir un Bisounours ou de te laisser marcher dessus par le monde entier, mais d’apprendre à doser, à trouver un équilibre, à savoir faire preuve d’humilité quand tu as tort. Un désaccord n’est pas une agression, c’est un désaccord.
En baissant la garde, tu verras que tes proches ne sont pas là pour te faire du mal. C’est vrai que baisser les armes, ça va te faire flipper.
Après tout, tu t’es persuadé que tu devais être tel que tu es pour te protéger, pour ne pas souffrir. Mais essaie donc, un petit peu, chaque jour, juste pour voir. Et au cas où tu aurais du mal, on peut toujours se poser et en parler ensemble. Et dis-toi que si tu veux chambrer, il va te falloir être prêt à encaisser aussi. J’ai été un monstre (:

