01Ce n’était pas de l’amour
Quand elle allait mal, alors, sans savoir pourquoi, je me mettais à souffrir, à avoir peur, à être mal. C’était automatique. Même si je me sentais bien, je plongeais. C’était inexorable. Je ne le voyais pas, je ne le comprenais pas.
Ça a commencé bien avant elle
J’ai grandi comme ça. Ma mère ne supportait pas quand j’étais bien si elle se sentait mal. Autant te dire que je n’avais pas souvent le droit d’aller bien. Alors, peu à peu, je me suis calqué sur elle. C’était totalement inconscient, indépendant de moi, je l’ai fait sans le voir, sans le savoir. Et j’ai gardé cela comme une façon de faire que je croyais normale.
Elle va mal, je vais mal. Bon, quand elle était malade, un bon rhume ou je ne sais quoi, je me contentais d’être triste et inquiet pour elle, mais sans le montrer. Elle n’aimait pas se voir vulnérable dans mes yeux.
02J’ai tout reproduit dans mon couple
Quand j’ai emménagé avec celle qui allait devenir ma compagne, j’ai très logiquement reproduit ce schéma. Je me comportais comme j’avais appris. Seulement, voilà, j’ai découvert que ça, ce n’était pas sain. Ni pour moi et encore moins pour ma femme.
Mais j’ai mis du temps à le voir, le comprendre et évoluer. Parce que pour moi, c’était un comportement « normal ». Et pire, je ne le voyais pas du tout, j’étais totalement aveugle à mon propre comportement.
Et je peux te garantir que ça a fini par nous valoir quelques orages bien musclés. Et il en aura fallu un paquet avant que je commence à vraiment capter ce que ma femme me disait.
Avec le recul, quand elle allait bien, j’allais bien, quand elle allait mal, j’allais mal. J’avais besoin que ma femme aille bien pour me sentir bien, pour ressentir un sentiment de sécurité.
Ce que je faisais porter à ma femme
J’avais appris à me calquer sur son état et je devais apprendre à lui laisser la place qu’une personne est en droit d’attendre. Elle a le droit d’avoir ses états d’âme sans que je sombre, sans que je m’inquiète, sans que je me sente coupable de sa situation.
Dans les faits, je faisais porter à ma femme une responsabilité bien pesante et glauque. Elle n’avait pas le droit d’aller mal, sinon, je sombrais, je me sentais coupable, et quand je sombrais, j’attendais qu’elle me soutienne. Je la privais de son mal-être, et j’attendais qu’elle prenne soin de moi. Quand je te dis que tout cela était bien glauque.
03Le jour où je me suis regardé en face
Je ne sais pas à quel moment j’ai pris conscience de ce jeu malsain. Mais je crois que j’en ai eu simplement marre d’être ainsi, et j’ai voulu lui montrer que je pouvais être plus indépendant, et que je pouvais changer.
Alors, j’ai commencé à me regarder. Et elle avait raison. Dès qu’elle allait mal, je commençais à m’inquiéter. Je me demandais si j’avais fait quelque chose de mal. Alors, je lui demandais ce qui lui arrivait.
Pas pour la réconforter, mais pour me rassurer. Quand je savais que je n’y étais pour rien, je me calmais un peu, mais je restais dans un mal-être latent. Genre, il va arriver quoi si elle va mal. En fait, je ne pensais jamais à elle, je n’étais pas là pour elle. La seule personne pour qui j’avais de l’inquiétude, c’était moi.
04Ce n’était pas de l’amour
Et là, j’ai pigé que ce truc horrible n’était clairement pas de l’amour. On m’avait appris que c’en était, mais non. C’est un comportement égoïste et toxique au possible. Tant pour moi que pour elle. Il était impossible que cela dure encore, et c’était à moi d’évoluer. Et vite.
Ce que j’ai changé
En fait, quand ma femme allait mal, j’ai commencé par m’oublier, ne pas penser à moi, et me centrer sur elle. J’ai fait appel à mes sentiments pour elle. Et je me suis mis à son écoute.
Je me suis rendu aussi utile que possible pour elle. J’ai fait une chose que je sais faire naturellement. L’écouter. Et parfois lui parler. J’ai fait en sorte qu’elle puisse avoir son espace à elle, un espace au sein duquel elle puisse enfin se sentir écoutée, comprise.
Parfois, j’essaie de trouver des mots pour la réconforter, parfois, je ne dis rien, je me contente d’être là, parce qu’il est des fois où les mots ne servent à rien et l’écoute vaut bien plus que tous les mots.
05Ça a pris du temps, et des erreurs
Ce ne fut pas simple, ça ne s’est pas fait en quelques jours. Mais en quelques mois. En fait, je ne sais plus exactement. J’ai eu quelques rechutes, c’est logique, pas dramatique, chaque apprentissage demande du temps. Et des erreurs.
Trouver la bonne distance
Et puis, avec le temps, j’ai fini par trouver la bonne approche, la bonne distance. Ces moments où je sais que je dois être là, à ses côtés, et les moments où elle a besoin d’un peu plus de distance, pour rester seule, se recentrer.
Et j’ai compris que si elle voulait être seule, c’était « pour elle » et non pas pour me fuir ou contre moi. Je n’avais pas à avoir peur de son désir de solitude, pas plus que je ne devais avoir peur qu’elle se sente mal. C’est simplement la vie. Pas un drame.

