La vraie vie, c’est maintenant

On m’a poussé dans la vraie vie bien trop tôt : l’argent, la violence, les responsabilités d’adulte à l’âge où on joue encore. J’ai mis des années à comprendre que la vraie vie ne se passe pas dans ma tête, mais là, maintenant, dans mon corps. Et qu’on peut y retrouver du plaisir. Je te raconte.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 282 mots
Pièce
52 · 260 pièces publiées à ce jour
La vraie vie
La vraie vie© Watson

01La vraie vie : et si tu la vivais enfin, au lieu d’y penser ?

Quand on est gosse, un des boulots de nos parents réside dans le fait de nous protéger des réalités et des difficultés de la vraie vie. Et ils le font globalement bien pour la plupart d’entre eux.

Et puis, parfois, il existe des situations dans lesquelles les parents nous poussent dans le grand bain de la réalité de la vie. C’est ce qui m’est arrivé. Et c’est aussi arrivé à ma fille, pour d’autres raisons.

Quand la vraie vie te tombe dessus trop tôt

Dans mon cas, j’ai pris cette réalité en pleine poire assez tôt après mes dix ans. J’ai vu mes parents commencer à se déchirer pour des problèmes d’argent. Et j’ai vu la violence venir gangrener leur couple jour après jour. Quand je suis entré dans l’adolescence, je suis devenu corvéable. Ce n’était pas une partie plaisir. Et d’ailleurs, le plaisir s’était fait la malle. Parti sans laisser d’adresse.

Ma mère estimait que mon père n’en faisait pas assez, alors, j’ai été mis à contribution. Ménage, course, confident, je devais tenir plusieurs rôles pour ma mère, sans oublier que j’étais son défouloir, son exutoire. Et visiblement, elle en avait du bordel à expulser.

Et enfin, quand j’ai commencé à avoir mon propre salaire, j’ai eu le droit de prendre un gros crédit pour subvenir aux besoins de mes parents. Un crédit qui m’a totalement mis dans le rouge et que je me suis traîné comme un énorme boulet durant des années.

Le jour où le plaisir s’est fait la malle

Alors, j’ai vite compris que la vie réelle, ce n’était pas une partie de plaisir. Pas que les potes, l’amour, la fête. Non. J’ai vite compris la notion de responsabilité, le poids que cela représentait, et à quel point cela pouvait être pesant.

Tellement pesant que rapidement, j’ai dégoupillé. J’ai fait n’importe quoi. J’ai dilapidé le peu d’argent qu’il me restait, j’ai fait de mauvais choix, et tout cela, j’allais le payer plus tard. Parce que sache une chose, même si la facture peut tarder à venir, elle vient toujours, tôt ou tard. J’en sais quelque chose.

02« La vraie vie », qu’est-ce que ça veut dire au juste ?

Alors, quand on regarde la requête « la vraie vie » sur Google, on tombe sur un livre. Un livre qui date de 2018 et que je n’ai pas lu. Il s’agirait d’un drame familial. Et quand je regarde la vie que j’ai pu vivre chez mes parents, je crois que je pourrais écrire un livre du même titre.

En général, quand on parle de la « vraie vie » ou de la « réalité de la vie » à un ami, un proche, c’est pour tenter de lui faire prendre conscience d’une réalité qui semble lui échapper.

C’est aussi parfois une expression que l’on utilise pour faire passer une douleur quand une personne que l’on aime est en train de vivre un moment difficile. On va alors lui dire « C’est comme ça, c’est la vraie vie ». C’est une façon, pas forcément la plus adroite, d’apporter notre soutien, tout en affichant une impuissance face aux évènements auxquels nous ne pouvons rien. Parce que oui, ça existe. Les deuils, les séparations, les accidents de la vie. Quand on y pense, c’est pire que dans un jeu vidéo en fait.

Revenir dans la vraie vie, celle du présent

Par exemple, quand je commence à me perdre dans mon vieux délire du manque de reconnaissance, ma femme n’hésite pas à me parler de ma vraie vie, celle que je vis là, maintenant, ici, avec elle, avec ma fille, dans notre maison.

C’est une façon pour elle de me rappeler que je ne vis plus chez mes parents, depuis plus de vingt ans désormais. Et qu’il serait bon pour moi, pour nous tous, que je ne m’égare plus trop dans le labyrinthe de mon passé, là où je suis justement en train de partir. Ainsi, revenir dans le présent, revenir dans « la vraie vie », serait une bonne idée.

La vraie vie face aux écrans et aux réseaux

On en parle aussi pour alerter sur la différence entre l’espace numérique, les forums, les réseaux sociaux, les canaux de conversations en ligne, et la vie réelle, la vraie vie, celle du monde physique, celle où l’on vit pour de vrai, celle dans laquelle nous interagissons physiquement avec les autres.

03La vraie vie, c’est ton corps, ici et maintenant

La vraie, c’est ton corps. Pas forcément ta tête, parce qu’elle, elle a tendance à t’inventer des trucs, à passer du temps à se projeter dans un super futur plein de succès, ou alors, dans une terrible dystopie, un monde ravagé par les catastrophes. Elle peut aussi te renvoyer trop dans le passé. Bref, ta tête, c’est pas toujours le siège de la vie réelle. Quand tu barres dans le passé ou le futur, bah t’es plus là. Ce n’est plus le présent.

En revanche, ton corps, lui, il ressent bien ce qui est là, maintenant. Quand tu as mal à la tête, c’est pas hier, c’est pas demain, c’est maintenant. Quand tu ressens tes émotions, peu importe que cela vienne du présent, du passé, ou de quelque chose qui se passe là, tu ressens maintenant.

Ta vie réelle, elle se vit ici, et maintenant, et dans ton corps. Quand tu as un orgasme, ce n’est pas hier, pas demain, que tu jouis, c’est là, tout de suite. Quand tu souffres, c’est là, à présent. Ton corps, c’est le vrai siège de ta vraie vie.

Ta tête n’est pas toujours le siège de la vraie vie

Alors oui, effectivement, ta caboche peut se balader dans le présent, le futur, des années en arrière, hier, ou demain, ou dans vingt ans, et te faire ressentir des émotions. Mais ces émotions qui ne sont pas liées à l’instant que tu es en train de vivre dans « la vraie vie », ce sont des émotions qui viennent parasiter ton moment présent et en faire un truc pas très agréable.

Quand les émotions parasitent ton moment présent

Au passage, d’expérience, je peux te dire que vivre dans un passé qui pèse, ou un futur qui fait flipper, c’est épuisant. Tu sais, que je me perde dans mes émotions liées au passé, ou que je me projette dans un futur dans lequel je flippe pour ma santé, à ton avis, dans les deux cas, il se passe quoi ?

Bah c’est simple, je flippe. Je me pourris mon petit moment présent à moi, et dans mon corps, c’est pas la fête. Tension, crispation, angoisse, cœur qui tape, ventre qui serre. Tout ce que l’on adore ressentir. Alors qu’il « suffirait » que je revienne à ce qui est là. Plus facile à dire qu’à faire. J’en conviens. Et pourtant, je sais faire, j’y arrive, et là, aussi étrange que cela puisse paraître, bah je vis quand même bien mieux.

04La vraie vie, c’est aussi du plaisir au quotidien

La vraie vie, parfois, elle fait mal, elle donne des coups, elle peut faire peur. Mais la vraie vie, c’est aussi de l’amour, la naissance de ma fille, des dîners en famille dans le jardin, c’est voir ma fille grandir, c’est vieillir avec ma femme, c’est évoluer ensemble.

La vraie vie, c’est donc aussi du plaisir. Et si tu as du mal à trouver le tien, au cas où tu aurais tendance à te sentir un peu paumé dans une vie qui se passe plus dans ta tête qu’ailleurs, on peut très bien se poser, en parler, et t’aider à retrouver tes propres plaisirs.

Gardons le contact.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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