Changer, c’est laisser mourir quelque chose
Changer, c’est acter que quelque chose va prendre fin. Quelque chose meurt. Quelque chose s’en va. Voilà, c’est terminé. On veut changer. Mais sommes-nous prêts à en payer le prix ?
Quand le passé pèse, quand la douleur est encore présente, pas forcément vivace, mais tenace, quand on met en place le changement, que se passe-t-il réellement ?
Quand le regard sur le passé commence à bouger
D’abord, c’est le regard qui évolue. La façon de lire le passé, de revisiter l’Histoire qui est la nôtre. Dans certains cas, il n’y a pas de sens. Que de la douleur. Rien de plus. On a beau s’acharner, il arrive un jour où l’on accepte ce fait. Il n’y a pas de sens. Juste une douleur immense. Une injustice.
Mais il nous faut vivre. Il nous faut construire. Alors on traverse. On pleure. On crie. On se vide. On se sent épuisé. Il n’y a rien de glorieux là-dedans. Juste un corps et une tête qui encaissent ce qu’ils n’ont pas pu digérer plus tôt.
Les croyances changent… et la résistance apparaît
Ainsi, peu à peu, le regard sur la vie, sa vie, le monde, ce regard change. Viennent ensuite les habitudes. Ce que l’on croyait immuable évolue, doucement, pas à pas. Nos croyances changent. Lentement. Sans fanfare. Sans révélation spectaculaire.
Et pourtant, quelque chose résiste.
On sent une résistance en soi. Quelque chose qui refuse de partir, de céder la place. Les vieux schémas que nous avions installés pour nous protéger, pour moins souffrir. Il y a quelque chose qui crie « danger ». Mais qui, en réalité, dit surtout : « je ne veux pas mourir ».
L’arrangement avec l’ancien soi
Alors, on s’arrange.
On est si bien là, à se rouler dans les vieux réflexes. C’est rassurant. On connaît. On sait le prix à payer. On a déjà payé, d’ailleurs.
Et pourtant, un malaise s’installe. On sait que l’on se fait mal. Que cet arrangement, autrefois confortable, devient gênant. On n’est plus aussi bien. Ça pique. Ça gêne.
Et au fond, on sait qu’en restant là, on continue de se faire mal. Ce n’est plus le bon choix.
Avancer fait peur. Rester fait mal.
Avancer te met mal. Tu as peur. Rester devient de plus en plus inconfortable.
Putain.
Alors, tu fais quoi ?
Le passé n’est pas ton identité actuelle
Changer ne met pas fin au passé. Ni à ton identité. Ce qui a été a bien existé. Rien n’est effacé. Mais si tu es ton passé, tu es aussi ton présent.
Tu n’es plus cet enfant que tu as été. Tu n’es plus cet adolescent. Tu n’es même plus ce jeune adulte.
Tout change. Même ton identité.
Oui, ton passé va rester en toi. Il est gravé. Mais pourquoi resterait-il ton présent, alors qu’il n’existe plus que dans tes souvenirs ?
L’illusion de mourir en laissant le passé
Ce n’est pas facile de laisser le passé mourir. On s’y est attaché. On en a fait une identité. Une part importante de nous. Et laisser ce passé mourir, l’abandonner, c’est comme si on mourait soi-même. Comme si lâcher cette histoire revenait à se trahir. C’est dur.
Et pourtant, rien n’est plus faux.
Et pourtant, c’est exactement ce que disent les tripes. C’est ce que le cerveau croit. Et c’est collant. Ça reste. Il faut aussi traverser cela. Et ça dure. Ce n’est pas du jour au lendemain. Ce n’est pas un délice. C’est un e agonie. C’est du temps. De l’écoute. De l’attention.
Apprendre à parler depuis le présent
De l’attention portée à cette conscience qui sait ce que dit le cerveau. Qui sait qu’il est en train de parler depuis le passé. Alors, il nous faut lui apprendre, patiemment, à venir parler depuis le présent.
C’est une gymnastique qui demande de l’énergie. Parce que tout se confond : le passé, le présent, les peurs anciennes, les envies actuelles, l’avenir. Et cette putain d’inconnu. La peur de se dire un jour : « merde, si j’avais su ». Ou, à l’inverse : « putain, je savais ».
La mue n’est pas agréable
Tout cela n’est pourtant que de l’émotion. Ça perturbe. Ça fait vaciller. Oui, c’est vrai. Mais il faut le dire clairement : c’est une mue. Et une mue, ce n’est pas agréable.
Chez certains animaux, la mue est une épreuve. Pense à cette chenille qui doit devenir papillon. Ou à ce bébé, sur le point de naître, qui doit lutter, avec sa mère, pour arriver là. Quand il arrive, il n’est pas tout sourire le machin. Pas du tout.
Le mensonge des transformations douces
Muer, ce n’est pas une poésie douce.
T’aimerais bien. Moi aussi. C’est pour ça que les chants des gourous sont si doux. Seulement, dans la réalité, la vraie mutation, celle qui te touche en profondeur, celle qui réécrit ton code, ce n’est pas une douce symphonie. C’est un petit tremblement de terre.
C’est une forme de mort. Un chapitre qui se ferme. Et plus il a été long, chargé, structurant, plus il est compliqué de tourner la page.
Pourquoi accepter de traverser ça ?
Alors pourquoi s’infliger ça ?
Parce que rester dans le passé, quand tout bouge, quand tout change, est-ce vraiment une bonne idée ? Les gens qui t’ont fait du mal ne sont plus là. Tout ton contexte a changé. De fait, as-tu encore besoin de ces vieilles sécurités ? Ne pourrais-tu pas respirer plus librement ?
Oser remettre en question l’image imposée
Et cette image de toi, celle que l’on t’avait imposée, est-elle encore valable ? Est-elle celle que tu veux être aujourd’hui ? Celle que tu es devenu ?
Tu peux avoir tort. Te tromper. Et le passé peut sembler avoir raison. Ce serait terrible, n’est-ce pas ? Et si, finalement, tu avais changé ? Si tu pouvais être autre chose que « ça » ? Est-ce que cela ne vaut pas le coup d’essayer ?
Et puis, même si tu te trompes, cela ne donnera pas forcément raison au passé. Et tu pourras ressayer, apprendre de tes erreurs à toi, et recommencer, c’est pas interdit.
Traverser sans savoir qui l’on devient
Changer, muer, c’est laisser mourir. C’est un deuil à faire. Celui de cette identité qui fut la tienne autrefois. Et avancer, sans savoir encore vraiment qui tu es. Ni qui tu vas devenir.
C’est effrayant.


