Manque de reconnaissance, racines et pistes pour en finir

Tu bosses, tu donnes, tu t’impliques… et rien. Pas un merci, pas un regard. Le manque de reconnaissance, ce n’est pas un caprice : ça use, ça fait douter, ça efface le plaisir. Je te raconte ce que j’ai vécu, ce qui m’a aidé, et comment commencer à te reconnaître toi-même, sans attendre les autres.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
7 min · 1 631 mots
Pièce
187 · 260 pièces publiées à ce jour
wil fevrier 33
wil fevrier 33© Watson

01Le manque de reconnaissance c’est quoi ?

Ce manque là, c’est une saloperie, un sentiment persistant de ne pas être vu, pas valorisé, pas reconnu à ta juste valeur, pas considéré à la hauteur de tes efforts, de tes compétences ou de ton engagement. Tu bosses, tu donnes, tu t’impliques… et rien.

Ou si peu que ça ressemble à une tape molle sur l’épaule. Reconnaissance professionnelle absente, reconnaissance affective tiède, reconnaissance familiale inexistante, reconnaissance sociale floue.

C’est un sentiment d’injustice, de manque de considération, de se sentir invisible.

Tu as l’impression de parler dans le vide. De produire dans le vide. De t’investir dans le vide. Et plus tu cherches la validation externe, plus tu renforces le doute interne et plus le plaisir s’efface.

Pourquoi le manque de reconnaissance fait si mal ?

Être reconnu, c’est un besoin d’appartenance basique. Pas un luxe. Quand personne ne valide ton effort, ton cerveau enregistre une menace relationnelle. La reconnaissance nourrit l’estime de soi. Elle confirme que tu comptes. Qu’on te voit.

Sans validation externe minimale, la confiance en soi s’effrite. Tu doutes de ta légitimité. Tu te demandes si tu exagères. Si tu demandes trop. Le manque de reconnaissance touche à l’identité. Il réveille le vieux réflexe : si je ne suis pas reconnu, est-ce que j’ai vraiment de la valeur ?

02Grandir sans reconnaissance

J’ai grandi auprès de parents pour qui la reconnaissance était une option. Pour ma mère, ce n’était jamais assez. Et elle utilisait plus le chantage pour obtenir ce dont elle avait besoin que la reconnaissance.

Je crois avoir fait tout ce que je pouvais pour lui venir en aide au quotidien. Mettre la table, vider le lave-vaisselle, faire le ménage aussi souvent que possible, m’occuper de mes frères, l’accompagner presque tous les soirs, et tous les week-ends pour faire les courses, porter les sacs, tirer la charrette, été comme hiver.

Je l’ai écoutée se plaindre de mon père, se plaindre de son père, de ses collègues, endurer ses crises de nerfs, les brimades, les humiliations, je me suis aussi lourdement endetté pour payer les factures en retard, j’ai donné mes paies quand je bossais, et à l’époque, pas un merci.

Au départ, j’avais plaisir à lui venir en aide. Après tout, je faisais partie de la famille, et si mon apport pouvait aider la famille à aller un peu mieux, je voulais bien y aller. Mais voilà, ce ne fut jamais le cas. Pour elle, tout cela était normal.

Ce n’est que récemment, dans un échange par écrit, qu’elle a bien voulu reconnaître que sans mon aide, les choses auraient été impossibles, que mon aide fut indispensable, décisive.

Alors, j’ai grandi en essayant de me dire qu’elle était comme ça, et que sans moi, les choses auraient été encore plus difficiles. J’ai essayé de me rassurer. Mais ça n’a pas suffi. Quand tu fais tout pour aider, et qu’en plus tu te fais rabaisser, tu as beau tenter de te soutenir du mieux que tu peux, ça devient une sacrée tâche.

Et j’ai gardé ça en moi, un sentiment d’insuffisance chronique, un besoin de viser la perfection, sans jamais l’atteindre, et m’en vouloir. Il m’arrive encore, par période, d’avoir du mal à entendre les petites choses gentilles qui viennent de ma femme, de ma fille, ou des autres. Ça passe, ça ne reste pas, j’ai du mal à m’en nourrir.

J’en ai longtemps voulu à ma mère, mais en fait, je me suis plus bouffé la vie qu’autre chose. En lâchant ma colère, je me suis délesté d’un sacré poids. Mais ça n’a pas réglé mon problème de reconnaissance pour autant.

Aujourd’hui, avec le recul et une autre approche sur la psycho, je crois qu’elle avait honte de me demander autant, et qu’elle se sentait très mal. Tout ça a fini par me gâcher mon plaisir d’aider, et je me suis senti inutile. Vain. Impuissant. Des sentiments que j’ai encore en moi par moment.

03Quand c’est fini, mais que ça continue

J’ai avancé tant bien que mal dans la vie avec ce vide que je ne savais pas nommer. Parce qu’une fois que je me suis installé avec ma femme, j’ai cru que tout cela était terminé. Alors je n’ai pas vu le truc qui me bouffait de l’intérieur.

Je me traîne encore parfois un sentiment de culpabilité. Une dispute avec ma femme, un reproche un peu appuyé, ou même une simple remarque pas méchante, ou pire, un conseil, un avis, et je peux me fermer, mal le vivre, vriller, sombrer.

J’ai un sentiment instable au sujet de ma valeur. J’y travaille encore. Je trébuche, et il me faut un peu de temps pour me relever. Mais quand je me retrouve le nez par terre, il me faut moins de temps pour me redresser. Je tombe moins lourdement, les conséquences sont moins violentes.

Je ne cherche plus à saboter mes projets, à chercher la confrontation avec mes proches. Oui, la confrontation, c’est une façon d’obtenir de la reconnaissance. C’est bête, mais ainsi. Et c’est aussi comme cela que j’ai grandi. C’est une reconnaissance négative. Mais une reconnaissance tout de même.

Je ne suis pas fier de dire que je provoque encore parfois ces confrontations pour me sentir reconnu. Je le fais bien moins, et j’essaie surtout de me retrouver, moi, de me valoriser, moi. D’accepter que je ne suis pas parfait, que je fais des erreurs, que je me trompe, mais que je fais aussi des tas de bonnes choses.

04Ce que tu fais pour toi, ça compte

Ces petites trucs, tu dois en faire aussi, même minimes. Chaque petite chose a son importance. Tu te lèves, tu vas au boulot, ou tu en cherches un même si c’est dur, ou alors, tu as créé ta petite entreprise, même si tu galères.

Tu tiens ton appartement propre, tu as quelques potes, peut-être même une relation amoureuse, tu t’occupes de ton animal de compagnie, tu fais un peu attention à ce que tu bouffes.

Tu peux aussi poser tes loisirs, peut-être aimes-tu faire des choses de tes mains, du bricolage, de la déco, cuisiner, écrire. Tu fais peut-être un peu de sport, de marche, qu’en sais-je ! Mais ça aussi, ça compte.

Peu importe quoi, mais tu fais des choses qui vont dans le bon sens, et c’est cela le plus important, parce que ces choses-là, c’est la base d’une vie saine, équilibrée, et tu as donc un socle qui tient à peu près la route.

Prends quelques instants pour dresser une liste. Et n’oublie rien, la moindre petite chose a son importance. Et tu verras tout ce que tu fais. C’est déjà bien plus que ce que tu crois, parce que c’est là que tu vas commencer à retrouver la trace de tous tes petits plaisirs quotidiens.

Ton premier réflexe, ça va être de te juger, de te dire que ce n’est pas grand-chose, que c’est la base. C’est vrai, c’est la base.

Et ces choses-là prennent une nouvelle dimension quand tu les fais pour toi. Pas pour obtenir un geste de reconnaissance des autres, non, pour toi.

Quand tu agis pour toi, parce que c’est pour ton équilibre, pour ton bien, pour garder la tête haute, pour ton plaisir, alors oui, ça change beaucoup.

05Ose l’ouvrir

Et puis, il y a un petit truc dont il faut que je te parle. Quand on manque de reconnaissance, on a tendance à se replier un peu sur soi, à se sentir peu à peu aigri, mais à ne pas oser s’exprimer.

Alors, si c’est pour créer une confrontation comme j’ai pu le faire, c’est pas la bonne idée. Même si après la tempête, on peut commencer à se parler, à s’écouter, c’est quand même pas le mieux.

Dans certaines conditions, venir demander un peu plus de reconnaissance, un merci, ce n’est pas évident, il faut du tact, une petite dose d’agilité politique. Je pense au manque de reconnaissance au travail. Le but n’est pas de passer pour le gamin de la bande, mais quand tu te démènes, tu as le droit de demander un petit geste.

Dans le couple, ou dans les relations amicales, en revanche, tu as le droit de pouvoir t’exprimer plus librement. Attention à ne pas être méchant, à ne pas culpabiliser les autres, tu n’obtiendras pas grand-chose de bon en retour. Parler, oui, mais ne pas engueuler.

Et que cela soit dans le couple, le boulot, ou ailleurs, apprends à te protéger. Si on ne te donne pas la reconnaissance, ça ne signifie pas que tu ne la mérites pas. On ne te la donne pas, c’est une chose. Mais tu as le droit, toi, de te sentir méritant et de te le dire, de te féliciter. Ce n’est pas interdit.

06Ce n’est pas magique

Alors, établir cette liste peut te faire du bien, si tu fais attention à ne pas juger, à ne pas minimiser. Parce que le but est d’apprendre à se reconnaître soi. À ne pas dépendre uniquement du regard des autres.

La liste est un point de départ, pas l’arrivée, pas la fin du parcours. Ça va peut-être te faire du bien. Pour autant, les vieux réflexes sont têtus, ils sont là et vont revenir.

Ne te laisse pas emporter au fond. Ressors ta liste, et n’oublie pas que le souci n’est pas uniquement de toi. Ça peut venir du boulot où on ne dit jamais merci. Ou comme moi, de ton passé, d’une absence de reconnaissance de tes parents, comme nous venons de le voir.

Et si tu ne t’en sors pas, un regard et une parole neutres peuvent t’apporter ce dont tu as besoin, ça peut t’aider à reconstituer ton socle, à reposer les bases, à retrouver tout ce qui est bon en toi, et à retrouver du plaisir.

Gardons le contact.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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