Les étiquettes du développement personnel et de la psycho de comptoir
Bienvenue au grand bal des névroses étiquetées ! Pourquoi s’embêter à devenir un humain complexe quand on peut se réduire à un acronyme en trois lettres ou à un animal de la savane ?
C’est le génie du marketing moderne : transformer tes petits défauts en diagnostics prestigieux pour que ton ego se sente enfin spécial, même dans la médiocrité. T’inquiète, y’en a pour tout le monde, dès qu’il s’agir de vendre du vive, le marketing est une machine créative extraordinaire.
La Collection « Cerveaux & Émotions »
- HPI (Haut Potentiel Intellectuel) : Le pass VIP pour justifier que vous vous ennuyez en réunion parce que votre cerveau est « trop rapide », alors que vous avez juste oublié votre café.
- HPE (Haut Potentiel Émotionnel) : Une façon élégante de dire que vous pleurez devant une pub pour des yaourts, mais en version « don de la nature ».
- Hypersensible : La carte « Sortie de Prison » qui vous autorise à faire une crise de nerfs parce que la lumière du bureau est trop forte ou que quelqu’un a utilisé le mauvais ton.
- Zèbre : Parce que se dire « différent » ne suffisait pas, il a fallu choisir un animal de la savane pour expliquer qu’on ne rentre pas dans le rang.
- Multipotentiel : L’étiquette idéale pour ceux qui commencent douze projets par semaine et n’en finissent aucun, sous prétexte d’avoir un « esprit foisonnant ».
- Neuroatypique : Le terme parapluie bien pratique pour dire que vous ne fonctionnez pas comme les autres, sans avoir à préciser si c’est du génie ou juste de l’étourderie.
La Galerie des « Profils Relationnels »
- Empathe : Quelqu’un qui absorbe tellement la souffrance des autres qu’il finit par être le centre de l’attention, ce qui est quand même un sacré tour de magie.
- Introverti : Quelqu’un qui préfère rester chez lui avec un chat plutôt que d’affronter le monde, mais qui veut que tout le monde sache à quel point sa vie intérieure est riche.
- Extraverti : Une personne qui a un besoin vital de parler à des inconnus dans l’ascenseur pour avoir l’impression d’exister.
- Pervers Narcissique (PN) : L’étiquette que l’on colle sur chaque ex qui nous a quitté ou chaque patron qui nous demande de rendre un dossier à l’heure.
- Dépendant Affectif : Quelqu’un qui confond « amour » et « devenir l’ombre de l’autre », mais qui appelle ça de la « générosité de cœur ».
Le Catalogue des « Blessures & Attachements »
- Attachement Anxieux : La manie d’envoyer 42 SMS quand l’autre met plus de trois minutes à répondre à un « Coucou ».
- Attachement Évitant : L’art de disparaître dans une forêt dès que quelqu’un demande : « On en est où, nous deux ? »
- Blessure d’Abandon : L’excuse parfaite pour vérifier le téléphone de votre partenaire parce qu’il a acheté du pain sans vous prévenir.
- Blessure de Trahison : Un état de paranoïa permanent où même un compliment est suspecté d’être un piège machiavélique.
- Syndrome de l’Imposteur : Se plaindre de ne pas se sentir à sa place alors qu’on a déjà réussi trois fois plus que la moyenne, juste pour qu’on nous rassure encore un peu.
Les Incontournables de la « Productivité & de l’Âme »
- Procrastinateur : Le terme psy pour dire « fainéant », mais avec une dimension de souffrance existentielle qui rend la chose plus noble.
- Perfectionniste : Quelqu’un qui passe trois heures sur une virgule pour ne pas avoir à affronter le fait que le fond de son travail est médiocre.
- Vieux Garçon / Vieille Fille (version moderne : « Solo-épanoui ») : Quelqu’un qui a fini par accepter que partager la télécommande était un sacrifice trop grand pour l’espèce humaine.
- Âme Vieille : Un adolescent qui n’aime pas la musique actuelle et qui pense que c’est parce qu’il a vécu à la cour de Louis XIV dans une autre vie.
Ces étiquettes, c’est de la drogue douce pour l’ego. Voilà pourquoi c’est un piège de compétition :
L’excuse facile : « Je suis HPI, donc je suis bordélique. » Non, t’es juste pas organisé. L’étiquette devient un passe-droit pour arrêter de faire des efforts.
La prison mentale : Tu t’enfermes dans une case. Tu finis par te comporter comme le mode d’emploi de ta « catégorie » au lieu d’être toi-même.
Le marketing de la victimisation : On te vend des livres pour « gérer ta blessure d’abandon ». Résultat ? Tu passes ta vie à soigner une plaie au lieu de vivre.
Le déni de la complexité : Résumer un humain à un mot (« Zèbre », « PN »), c’est de la paresse intellectuelle. On n’est pas des fichiers Excel.
L’entre-soi toxique : Tu ne traînes qu’avec des gens qui ont la même étiquette. C’est le début d’un culte où tout le monde se conforte dans ses névroses.
L’irresponsabilité totale : « C’est pas moi, c’est mon cerveau qui est câblé comme ça. » Pratique pour ne jamais s’excuser d’être imbuvable.
Le business du vide : Y’a toujours un coach pour te créer une nouvelle étiquette sur mesure dès que tu commences à aller mieux. Faut bien faire tourner la boutique.
En bref : Se coller une étiquette, c’est se mettre une date de péremption sur le front. Tu n’es pas un diagnostic, t’es juste un humain en chantier. Comme tout les être humains. Ha merde, t’es comme tout le monde, toi qui voulait tellement te sentir différent. Pardon. Ou pas.
En guise de Conclusion
Si tu sens monter l’envie furieuse de m’insulter ou de m’expliquer par A + B que ton cas est « vraiment » spécial, fais une pause. Respire.
Et pose-toi la seule question qui vaille : qu’est-ce qui vibre si fort en toi derrière cette colère ?
Je ne nie ni tes douleurs, ni ta réalité. Je pointe simplement les dérives d’un système qui préfère te vendre une étiquette plutôt qu’une solution.
Si tu veux nier ces dérives pour protéger ta zone de confort, grand bien te fasse.
Mais me faire taire ou me traiter de cynique ne changera rien à ce qui se passe à l’intérieur de toi.
Au fond, peut-être as-tu besoin d’une étiquette supplémentaire ? Une de plus pour justifier ton refus de regarder le réel en face ?
On peut l’inventer si tu veux, mais elle ne t’aidera pas plus que les autres à apprendre à te gérer. Je ne suis que le messager de ta propre lucidité ; ce que tu fais du message t’appartient.


