Le plaisir ne se mérite pas, il se vit

Un mot gentil, un cadeau, une bonne note : chez moi, tout se payait, tout devait se mériter. J’ai mis des années à comprendre que le plaisir, lui, ne se gagne pas. Il n’attend ni exploit ni bon salaire pour arriver. Un thé, un coucher de soleil, un rien : le plaisir se vit, tout simplement.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
5 min · 1 037 mots
Pièce
264 · 264 pièces publiées à ce jour
le plaisir
le plaisir© Watson

01Tout ne tourne pas autour du mérite

Dans un monde parfait, qui déciderait du mérite ?

Dans un monde parfait, peut-être que tout serait lié au mérite. Ce serait peut-être plus simple, ou pas. Car qui déciderait de qui mérite quoi ? L’univers ? Va savoir. Ça pourrait être marrant.

Mais le mérite étant un truc assez subjectif, je suis certain qu’on se prendrait la tête avec ce bon vieil univers, je crois.

Mais nous ne vivons pas dans ce monde-là. Et là où nous évoluons, dans ce monde qui est le nôtre, le mérite occupe une place importante dans nos vies.

Et, tout comme moi, tu fais peut-être partie des gens qui pensent que les bonnes choses doivent se mériter.

Tu dois sans doute tenir cela d’une éducation un peu stricte, voire rigide. Ou pire encore.

Tu n’as pas mérité cette éducation

Dans la vie, il y a des gosses qui n’ont pas gagné au tirage de la naissance. Et en plus, ils devraient se montrer « méritants » ?

Ma famille, tu commences à le savoir à force de me lire, ce n’était pas un modèle d’amour, de sérénité, d’entente.

À chaque geste un peu sympa que ma mère avait envers moi, j’ai très vite appris qu’il y avait un prix à payer.

Un mot gentil, un cadeau d’anniversaire, un cadeau de Noël, tout se payait avec elle. En humiliation, en injures, en coups. Son amour n’était pas sans condition. Chaque chose devait se mériter.

Et bien entendu, je ne méritais pas grand-chose à ses yeux. Et quand tu es gosse, tu ne sais pas. Tu ne comprends pas. T’es pas équipé comme un adulte. Tu es candide, naïf.

Alors, tu intègres assez vite que tu n’as pas assez de valeur. Que tu n’es pas assez pour mériter. Et cette saloperie te poursuit.

Et malheureusement, il n’est pas nécessaire de vivre une telle enfance pour tomber dans ce piège. Un parent aimant, mais exigeant, peut aussi t’y pousser bien malgré lui.

Quand un 15/20 ne suffit jamais

Tu sais, quand tu rentres à la maison, tout fier, avec un quinze sur vingt, et là, ton père, ou ta mère, te regarde, et te demande pourquoi tu n’as pas fait mieux, car tu peux mieux faire. Et tu te sens d’un coup, vide, nul, pas assez.

Les raisons qui peuvent te faire basculer dans ce bad trip sont assez nombreuses en réalité. Dans une société où tout est compétition, on a vite fait de croire que tout est mérite.

02Le plaisir n’est pas un trophée

Ce qui se gagne, et ce qui se vit

En réalité, tout cela est une fumisterie. Non, aimer, apprécier, savourer, tout cela, ça ne se mérite pas. Ça se vit. T’as pas besoin d’avoir fait je ne sais quoi pour profiter d’un moment avec un bouquin, un thé, un café, ou je ne sais quoi d’autre.

Tu n’as pas besoin de faire un exploit pour mériter une bonne nuit de sommeil, de profiter d’une après-midi avec des gens que tu aimes, de traîner un peu durant ton week-end.

Alors, oui, bien entendu, y’a des choses qui se gagnent, comme un bon job, un bon salaire, ça, c’est clair, faut donner de soi. Mais ce n’est pas toujours suffisant, il faut aussi une petite part de chance.

Savourer le plaisir, peu importe ton salaire

Mais savoir profiter de la vie, apprendre à la savourer, peu importe ton job, ton salaire, ta renommée ou pas, y’a pas besoin d’en chier pour apprécier un coucher de soleil, un moment entre amis, un sourire d’enfant, une promenade, qu’en sais-je !

03Quand on croit que le plaisir se mérite

Mérite rime avec souffrance

Quand on commence à croire que le plaisir est une chose qui se mérite, on risque alors de basculer dans la douleur. Parce que qui dit mérite, dit difficultés, souffrances, dureté. On doit en chier. On doit souffrir.

On a ce truc qui s’ancre en nous, et qui nous fait du mal. Pour mériter une chose, on doit souffrir. Y’a un truc qui me semble quand même relever du religieux.

Un héritage presque religieux

Chez beaucoup de personnes croyantes que j’ai pu croiser, la vie ressemble à un parcours d’obstacles. Le plaisir pour le plaisir ? Non. On doit d’abord en baver avant d’espérer avoir du plaisir.

Si on va par là, avant de pouvoir savourer quoi que ce soit, tu dois d’abord en chier. Rien ne doit être simple, fluide, léger. Tout doit être pesant, difficile, voire lourd.

04Vivre le plaisir, tout simplement

Toutes ces interdictions qu’on s’impose

Interdiction de profiter d’un café ou d’un thé avant de faire le ménage à la maison par exemple. Houlà ! Surtout pas.

Si tu n’as pas un bon poste, un bon salaire, tu n’as pas le droit de profiter à fond de ton week-end. Tu devrais rester là, dans ton petit appartement, sombre, lugubre, et méditer sur tes erreurs, tes échecs. Et surtout, ne rêve pas de belles vacances. Non, surtout pas.

Tu n’as pas le droit. Tu es en vie, avec de quoi manger et dormir, estime-toi heureux de ton sort. Ma mère me disait souvent, en réponse à mes rêves, de ne pas péter plus haut que mon cul.

Elle m’a inculqué que mon désir de m’élever était une erreur. Je me devais de rester à ma place, discret, sans jamais me faire remarquer. C’est ce que son père lui a transmis. Et j’ai toujours refusé cela.

C’est vrai que certains soirs, après une bonne journée de boulot, après avoir fait les courses et préparé le dîner, la satisfaction a un goût plus prononcé. Cela vient-il de mon éducation ? Sans doute.

Fais chauffer de l’eau, et pose-toi

Savourer un moment de plaisir quand on n’a rien fait de particulier, si ce n’est être là, en vie, c’est une chose qui s’apprend avec le temps.

Tu peux essayer dès à présent. Faire chauffer de l’eau pour ton thé, ton café, ou un simple verre d’eau, de jus de fruit. Te poser, et apprécier le moment. Laisse passer les jugements qui vont venir, les remarques, les critiques internes. Laisse filer.

Dis-toi tout simplement que la vie, c’est aussi cela. Pas uniquement du mérite.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Coach — pas psy. Deux infarctus, un passé lourd et douloureux, des années à me fuir : c'est ça qui m'a appris où ça coince vraiment. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que quelque chose bouge — ce que tu y liras vient de la vie et du terrain, pas d'un cours.

Gardons le contact.

Suivre Watson sur Substack et recevoir des contenus exclusifs par mail

Continuer la lecture

D’autres pièces à explorer, par thème ou par date.

Le Test de Watson