Pourquoi ton « hypersensibilité » te maintient dans le flou
Tu as sans doute déjà croisé ce texte sur tes réseaux sociaux :
« C’est quoi être hypersensible ? Ça peut être :
- pleurer pour un chat dans un film
- rire trop fort à une blague moyenne parce que tu penses à autre chose
- ressentir “un peu” comme si c’était “énormément”
- dire « ça va bien » alors que non, mais genre pas du tout. Fatigant ? Oui parfois Intense ? Très Ennuyeux ? Jamais. »
C’est joli, non ?
Ça donne l’impression d’appartenir à une élite émotionnelle, une caste de vibrants dans un monde de brutes.
Mais en tant qu’enquêteur, je dois te poser la question qui fâche : est-ce une clé pour te comprendre ou une grille pour t’enfermer?
1. Le cocon douillet de la cellule identitaire
L’utilité de ce genre de message est immédiate : il calme ton angoisse. Quand tu fais partie des 60 % de personnes qui vivent dans le doute et la peur permanente, mettre un mot sur ton chaos intérieur agit comme un sédatif.
Tu te dis : « Je ne suis pas bizarre, je suis hypersensible ».
Mais attention au revers de la médaille. En acceptant cette étiquette sans inventaire, tu risques de tomber dans ce que Spinoza appelait une prison de croyances.
Si tu te définis par tes pleurs devant un écran ou tes rires nerveux, tu figes ton identité.
Tu passes d’un « Growth Mindset » où tout est possible à un état où tu te justifies : « Je ne peux pas changer, c’est ma nature ».
C’est ainsi que 95 % des gens restent bloqués ou hésitants : ils préfèrent une étiquette rassurante à la liberté angoissante de se reconstruire.
2. L’enquête sur ton « mensonge intérieur »
Pourquoi est-ce que tu t’accroches à ce diagnostic de comptoir ? Souvent, c’est pour masquer ce que j’appelle le mensonge intérieur.
Pour 35,6 % de ceux qui viennent me voir, ce mensonge est le verrou principal. Se dire hypersensible, c’est parfois une excuse élégante pour ne pas affronter une peur du conflit ou un besoin de reconnaissance jamais assouvi.
Prends l’exemple de Julien (prénom modifié). Il se croyait hypersensible parce qu’il finissait ses journées en larmes, incapable de supporter la pression de sa boîte d’ingénierie.
En enquêtant ensemble, on a découvert qu’il n’était pas « trop sensible« , il était juste épuisé de porter les attentes de parents qui ne l’avaient jamais valorisé.
Son étiquette était une protection pour ne pas dire : « J’en peux plus de ce rôle ». Une fois l’étiquette déchirée, il a arrêté de subir pour commencer à choisir.
3. Tes outils pour sortir de l’état de survie
Nietzsche disait que la liberté commence quand on n’a plus honte de soi.
Valoriser ta sensibilité comme une fatalité, c’est admettre que tu as honte de ne pas être « normale ». Je te propose de passer de la survie à la vie avec ces trois pistes concrètes:
- Interroge le bénéfice : Qu’est-ce que l’étiquette t’autorise à fuir? Est-ce qu’elle te sert d’alibi pour ne pas prendre de décisions difficiles?
- Distingue l’émotion de l’identité : Tu ressens de l’intensité, mais tu n’ES pas cette intensité. Apprends à lire tes pensées comme un observateur, pas comme une victime.
- Transforme ta persévérance : 34,5 % des gens s’accrochent avec résignation. Arrête de « gérer » ton hypersensibilité et commence à habiter ta propre vérité, sans justification.
Ton but ne doit pas être d’être « intense » ou « spéciale ». Ton but, c’est la paix. Retrouver du plaisir dans la banalité du quotidien, c’est être capable de rire à une blague parce qu’elle est drôle, pas parce que tu cherches à cacher ton vide intérieur.
La vie est un examen sans bonne réponse, alors arrête de chercher la définition parfaite et commence à écrire ta propre histoire.


