La douleur n’a pas toujours de message à offrir

Tout n’a pas vocation à avoir du sens. Certaines épreuves cassent, sans message caché. Chercher une leçon trop vite peut anesthésier plutôt que réparer. Le vrai déplacement n’est pas de comprendre ce qui a blessé, mais de reprendre la main sur ce qui reste vivant, ici et maintenant.

Tu en es peut-être là : Un truc cloche mais je ne sais pas quoi

Quand “donner du sens” devient une injonction de plus

Il y a des phrases qui circulent bien. Elles sont rassurantes, bien formulées, presque élégantes.

« Tout arrive pour une raison. »
« Si tu comprends l’épreuve, tu en sortiras grandi. »
« La souffrance a toujours un sens. »

Sur le papier, ces phrases apaisent. Elles donnent l’impression de remettre de l’ordre là où tout vacille. Mais dès qu’on les confronte au réel — celui qui fracasse, qui laisse des séquelles, qui ne demande pas ton avis — quelque chose coince.

Parce que donner du sens peut vite devenir une obligation intérieure. Une manière correcte, presque attendue, de traverser ce qui a été vécu. Comme s’il fallait transformer la douleur en leçon pour mériter d’aller mieux.

Et si le problème n’était pas l’absence de sens, mais l’injonction à en trouver un ? Et si le vrai travail n’était pas de comprendre ce qui est arrivé, mais de reprendre la main après ?

Refuser le sens n’est pas refuser de penser.
C’est refuser qu’on nous impose une lecture là où il y a eu rupture.

Tout n’a pas vocation à avoir du sens

La violence n’est pas un message caché

Il faut parfois arrêter de tourner autour des mots et appeler les choses par leur nom.

Il y a des événements qui fracturent une vie :

  • agression
  • viol
  • maltraitance
  • domination
  • humiliation
  • abus de pouvoir
  • décès brutal ou prématuré
  • abandon parental, disparition, rupture brutale du lien
  • absence ou défaillance parentale prolongée
  • accident de la route
  • accident de vie laissant un handicap
  • maladie grave
  • maladie chronique invalidante
  • Et bien d’autres encore !

Tout cela n’est pas une « expérience de vie ». Ce sont des ruptures. Des cassures nettes dans la continuité, la sécurité, parfois dans l’identité même. Trouver un sens à « ça » ? Bon courage !

Chercher du sens dans l’événement, c’est souvent déplacer la responsabilité. C’est demander à la personne touchée de transformer l’absurde en leçon, le chaos en message. Et c’est parfois une façon élégante d’éviter de regarder l’injustice, le hasard ou la violence du réel en face.

Dire à quelqu’un que son accident, sa maladie ou la perte d’un proche « a un sens » ne console pas toujours. Parfois, ça isole. Parfois, ça culpabilise. Parfois, ça fait taire. Ce qui détruit n’a pas besoin d’être compris pour être reconnu.

Il y a aussi une autre dérive, plus discrète : donner du sens trop vite devient une fuite vers la tête. On met de l’ordre dans un récit alors que le corps, lui, est encore en état de choc. La pensée rassure, oui. Mais elle peut aussi anesthésier.

La confusion dangereuse entre aller mieux et ne plus avoir mal

Anesthésie, adaptation, reconstruction : trois choses différentes

On confond beaucoup de choses quand on parle de mieux-être.

La disparition de la douleur n’est pas un indicateur fiable. On peut ne plus souffrir parce qu’on s’est coupé de ses sensations. On peut fonctionner correctement tout en étant intérieurement figé. On peut être stable, adapté, performant… sans être vivant.

Le soulagement peut masquer une immobilisation. Le calme peut être une dissociation propre, presque invisible. L’absence de douleur n’est pas une preuve de transformation.

Certaines personnes vont mieux parce qu’elles ont traversé. D’autres vont « mieux » parce qu’elles ont arrêté de sentir.

La question est inconfortable, mais nécessaire : est-ce que je vais mieux… ou est-ce que je fais moins de bruit ?

Des travaux en psychologie du trauma montrent que l’élaboration cognitive trop précoce peut renforcer l’évitement émotionnel plutôt que favoriser une intégration réelle. Comprendre n’est pas guérir. Et parfois, comprendre trop vite empêche de traverser.

Accepter n’est pas excuser

L’acceptation comme reprise de souveraineté

Le mot « acceptation » est souvent maltraité. Il mérite qu’on le redéfinisse, version adulte.

Accepter, ce n’est pas dire :
« C’était nécessaire. »
« Ça m’a rendu plus fort. »
« Je remercie l’épreuve. »

Accepter, c’est dire : c’est arrivé. Ce n’était pas juste. Je ne peux pas le changer. Ca fait chier putain ! Mais maintenant, je décide pour moi.

L’acceptation ne donne pas du sens au passé. Elle redonne du pouvoir au présent.

Ce n’est pas un pardon. Ce n’est pas une sublimation. C’est le moment où l’on cesse de négocier avec ce qui ne reviendra pas.

Déplacer le sens

De l’événement à la réponse

C’est ici que le déplacement est essentiel.

Le sens n’est pas dans ce qui a été subi. Il est dans ce qui est choisi après.

La question n’est plus « pourquoi c’est arrivé », mais « qu’est-ce que je fais, aujourd’hui, avec ce qui est là ».

Concrètement, cela peut passer par des gestes simples, parfois invisibles : reconnaître ses limites, décider ce que l’on ne tolère plus, protéger ce qui compte, refuser de reproduire certaines violences, poser des choix plus justes, même modestes.

Je ne donne pas du sens à ce qui m’a blessé. Je donne une direction à ce que j’en fais.

Ce déplacement ne réécrit pas l’histoire. Il ouvre le présent.

Reconstruire sans récit héroïque

Vivre debout, pas sublimer

La résilience est souvent racontée comme une belle histoire. Un avant, un après, une morale inspirante.

La réalité est plus sobre.

Reconstruire, c’est parfois poser des limites sans les justifier. Faire des choix simples. Arrêter de se trahir à bas bruit. Refuser le pardon forcé. Préférer la justesse à l’image.

Pas besoin de remercier la vie. Pas besoin d’en faire un récit admirable. La fidélité à soi suffit. La justesse vaut mieux que la beauté du récit. Envoi chie rle storytelling.

Tout n’a pas de sens. Mais tout peut redevenir vivant.

  • Refuser le sens n’est pas refuser la guérison.
  • Refuser la sublimation n’est pas rester victime.
  • Choisir l’acceptation, c’est choisir le présent.

Il n’y a pas toujours une leçon à tirer. Mais il y a toujours une vie à reprendre.

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