Mission de vie
Avant les mots, il y a ce malaise
Tu le sens. Ce n’est pas une grosse déprime, pas un burn-out spectaculaire. C’est plus sournois que ça. Ta vie tourne. Tu fais ce qu’il faut. Tu assumes. Et pourtant, à l’intérieur, ça flotte. Comme si tu étais là sans y être vraiment. Rien ne s’écroule, mais rien ne te porte.
Tu avances en pilote automatique. Tu n’es pas malheureux, mais tu n’es pas vivant non plus. Et ça, c’est épuisant.
Quand ça coince, tu veux comprendre
Quand ce truc s’installe, ton réflexe est simple : tu cherches une explication. Un sens. Un plan. Tu te dis que si tu comprenais “pourquoi”, ça irait mieux. Que si tu trouvais un cap clair, tu arrêterais de te sentir bancal.
Alors tu te poses la grande question bien propre : “C’est quoi ma mission de vie ?” Pas parce que tu as entendu un appel. Parce que tu veux arrêter de douter.
Mission de vie, why, appel intérieur : même embrouille
Mission de vie, why, vocation, sens profond… change le mot, c’est la même embrouille. Derrière, ce n’est pas une question de métier ou de projet. C’est plus simple et plus violent que ça : est-ce que j’ai le droit d’exister comme je suis ? Est-ce que ce que je fais suffit à justifier ma place ?
Ces mots-là ne répondent pas. Ils rassurent. Ils mettent un cadre autour d’un inconfort que tu n’as pas envie de regarder en face.
Quand chercher devient une planque
Le problème, c’est que chercher peut devenir un refuge. Tu lis, tu écoutes, tu compares. Tu attends le déclic. Tu te racontes que tant que ce n’est pas clair, tu ne peux pas avancer.
Résultat : tu n’avances pas. Tu restes en suspens, bien au chaud dans la réflexion. La quête de sens devient une excuse élégante pour ne pas choisir, ne pas renoncer, ne pas te planter. Chercher trop de sens, c’est parfois juste éviter ta vie.
Ce que la mission de vie n’est pas
Ce n’est pas un job parfait qui te comblera. Ce n’est pas une identité stable. Ce n’est pas un truc exceptionnel qui te rendra spécial. Ce n’est pas un moyen d’être enfin reconnu.
Et ce n’est sûrement pas une assurance tous risques contre l’ennui, le doute ou la lassitude. Si tu cherches ça, tu vas chercher longtemps.
Le piège discret
Il y a un piège plus sournois encore. Celui de vouloir compter. Être utile. Être nécessaire. La mission devient alors un rôle chic. Tu ne dis pas “j’ai besoin qu’on me voie”, tu dis “je suis aligné”.
Tu ne demandes pas de la reconnaissance, tu parles de sens. Mais au fond, c’est la même faim. Juste mieux habillée.
Et si tu n’avais rien à trouver
Et si la mission de vie n’était pas cachée quelque part, à découvrir un jour ? Pas de révélation. Pas de moment magique. Pas de message codé. Et si c’était juste une manière d’être là, dans ce que tu fais déjà, sans te mentir en permanence ? Pas un objectif. Pas un titre. Une cohérence vécue, bancale, imparfaite.
Les seuls indices qui valent quelque chose
Quand c’est juste, ce n’est pas forcément agréable. Mais tu forces moins. Tu te racontes moins d’histoires. La fatigue est différente. Tu n’as pas besoin de te convaincre que “ça a du sens”. Tu es là, point. Ce ne sont pas des critères. Ce sont des sensations. Discrètes, mais têtues.
Une enquête, pas une réponse
Ça bouge. Tu bouges. Rien n’est jamais réglé une bonne fois pour toutes. Il n’y a pas de solution finale.
Peut-être que la vraie question n’est pas “quelle est ma mission de vie”, mais plutôt : à quel endroit je me raconte encore des conneries ? Et à quel endroit, pour une fois, je commence à m’écouter vraiment.


