C’est quoi la liberté ?

C’est quoi la liberté quand on ne peut même pas s’offrir le dernier téléphone ? J’ai grandi sans le droit de parler, entouré de gamins qui glissaient vers la délinquance. C’est là que je l’ai compris : la liberté ne s’achète pas. C’est un choix, et il t’engage. Je te raconte comment je l’ai fait.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
7 min · 1 701 mots
Pièce
N° 33 · 264 pièces publiées à ce jour
wil portrait 270
wil portrait 270© Watson

01C’est quoi la liberté quand on croit qu’elle se paie

C’est devenu un produit, ou un levier, trop souvent utilisé pour nous vendre un peu tout et n’importe quoi. Voiture ou formation en ligne, fringue, parfum, tout y est passé ces dernières années.

Et quand on y regarde d’un peu plus près, il y a là une douce ironie. Acheter pour être libre. Attends, je te le remets : acheter pour être libre. Donc, tu es emprisonné ? Si tel est le cas, cette prison est avant tout mentale, pas physique.

La liberté pourrait donc s’acheter. Dans certains cas, c’est très vrai. On parle des jeux politiques, d’influence et de personnalités de l’ombre. Là, oui, la liberté peut s’acheter, il est vrai.

Cependant, dans ma vie, dans la tienne, nous sommes bien plus libres que nous le pensons, même si tout n’est pas parfait, il faut bien se l’avouer.

02Comprendre ce qu’est la liberté

Alors, c’est quoi la liberté ? C’est avant tout une question bien philosophique. Pour ma part, ayant grandi dans une famille où je n’avais pas le droit de parler, où j’ai pu passer des après-midi entiers à regarder par la fenêtre parce que ma mère m’interdisait de sortir sans raison, la question de la liberté m’est venue très vite.

La liberté, c’est d’abord une question de choix

La liberté, selon moi, c’est le choix. Si tu es privé de choix, tu es privé de liberté. Et tu perds ta liberté quand tu commences à te dire et à croire que tu n’as pas le choix.

Dans les faits, on a presque toujours le choix. Il est même un psychiatre, du nom de Viktor Frankl, qui a dit que nous avons toujours le choix. Il a écrit cela alors qu’il était détenu juif dans les camps de concentration nazis.

La leçon de liberté de Viktor Frankl

Quand un mec dit cela dans un tel contexte, tu écoutes un peu. Et il disait que tu as toujours le choix. Était-il fou ? Non. Habile. En fait, il pensait que même face à l’horreur, à l’abîme, il nous reste un tout dernier choix, un choix ultime.

Celui de la façon dont nous allons décider de nous comporter face à ce qui est là, devant nous. Pour lui, c’était de savoir comment il allait se conduire face à ses gardiens nazis. C’était sa dernière liberté. Alors, il a voulu rester droit, digne. Il a refusé de s’effondrer.

Je vais poser un cadre ici. Nous avons des contraintes. Nous ne décidons pas de notre salaire, de la maladie qui nous frappe ou frappe nos proches. Il y a des tas de choses qui arrivent et que nous n’avons pas choisi de voir arriver. C’est vrai.

Mais nous pouvons décider de la façon dont nous allons nous adapter à ces contraintes. C’est ce que nous enseigne Frankl. J’ai pas choisi de vivre l’enfer sous l’emprise de ma mère. Mais j’avais le choix, de rester ou partir, et de la façon dont j’allais me comporter sur le moment, puis de ce que j’allais faire de ma vie ensuite.

Je pouvais devenir un petit criminel à la con, ou tenter de me créer une vie plus en rapport avec ce qui vit en moi. C’est un choix. C’est facile de devenir un petit criminel, j’avais toutes les excuses pour le devenir, nombre de mes copains le sont devenus.

Je ne les juge pas, je les comprends. Là où j’ai grandi, y’avait pas une seule personne pour croire en nous. Alors, glisser vers la vente de drogue, ou le recel, quand tout est là, posé sur la table, c’est un choix presque normal, naturel.

J’ai voulu en faire un autre, je voulais sortir de là. Tenter ma chance, ailleurs, autrement. Construire quelque chose de plus tranquille, de plus stable. Avoir peur d’être emprisonné, ce n’était pas pour moi. J’avais déjà donné, d’une certaine façon.

03Savoir découvrir la liberté

Ainsi, quand tu lis Frankl, ça fait un truc, tu prends du recul, de la hauteur. Mais il est vrai que c’est bien loin, très loin des considérations de nos vies modernes.

On peut trouver cela bien noble, mais bon, quand on veut le dernier iPhone et qu’on ne peut pas se le payer, on se sent un peu prisonnier d’un système qui est contre nous.

La liberté n’est pas dans la consommation

Nous en sommes arrivés à croire que la liberté, c’est consommer sans bornes, sans limites. Je veux ça, je l’achète. Peu importe que je l’utilise ou non, je le voulais, je l’ai, c’est tout ce qui importe.

Dans d’autres zones du globe, la liberté, c’est de pouvoir boire quand on a soif. Attention, je ne suis pas là pour faire la morale, je déteste cela.

En tant que coach, mon boulot est de proposer des angles de vue différents, des points de vue qui permettent à chacun d’opérer son propre recadrage.

Car quand on se pose un moment, et que l’on s’extirpe de cette pensée consumériste deux minutes, les choses deviennent très différentes. Et le plaisir change. Ce n’est plus uniquement consommer. Il prend d’autres formes.

04Être libre est un choix

Je te le disais plus tôt, pour ma part, la liberté, c’est une question de choix. Quand j’ai un petit budget, si je décide de me faire plaisir au lieu de payer mon loyer, il n’est pas très juste de ma part d’en vouloir à mon propriétaire qui réclame son argent, n’est-ce pas ?

Si je décide de m’acheter le téléphone dernier cri, et que je ne peux pas me payer un bon resto ensuite, à qui en vouloir ? Ma boîte qui ne me paie pas assez ? Simple et rapide. Et génial pour entretenir cette colère qu’on avait mise en moi, une colère contre le méchant système.

La liberté engage aussi ta responsabilité

Tout est question de choix. La liberté, c’est aussi la notion de responsabilité. Elle t’engage. Si tu choisis de vivre dans le confort et la sécurité, tu renonces à une part d’aventure. Si tu décides de vivre totalement indépendant, tu renonces à la douceur d’un foyer. Et ainsi de suite.

05Mais qui décide vraiment de tes choix

Ah, bonne question. Qui décide. Toi. Vraiment ? Est-ce bien ton choix ? Ou celui de l’influence de tes parents, de tes amis, du marketing sur les réseaux sociaux ? Chaque choix que tu peux faire est soumis à une influence ou une autre.

Ta liberté est toujours sous influence

C’est naturel, c’est normal. Nous grandissons sous l’influence, voire parfois l’emprise, de nos parents. Leurs pensées, leurs actes, leurs façons d’être ou de ne pas être.

Regarde-nous donc. À l’adolescence, tout ce que nous faisons est fait pour ne pas ressembler à nos parents. À méditer un instant.

Et dans la même période, nous faisons tout, pour la plupart d’entre nous, pour être accepté dans un groupe ou un autre. Nous suivons les codes, acceptons les goûts, et ainsi de suite.

Il faut être solide et lucide pour sortir de ces influences et accepter de se chercher seul sans avoir la certitude de se trouver. Cela demande un sacré courage et une bonne dose de ténacité.

Nos décisions nous appartiennent, mais elles sont aussi le fruit des influences dans lesquelles nous vivons. Et c’est bien ainsi, car nous sommes des animaux sociables.

Quand ma femme ou moi prenons une décision, elle est forcément teintée de la présence de l’autre, de notre fille, de notre vie de famille. Et parfois même, de nos chats. Bah oui.

06La liberté change la nature du plaisir

Et c’est là que l’on comprend un peu mieux Frankl. Pas besoin de philosopher durant des mois. Notre véritable pouvoir, c’est de choisir, pas de subir.

Choisir sa liberté : l’exemple du téléphone

Si je reste sur un exemple parlant, comme le choix d’un téléphone, comment je peux tourner la chose à mon avantage ?

Je décide de ne pas prendre le risque d’acheter un appareil à plus de mille euros pour ne pas me mettre en danger, pour ne pas me coller un crédit sur le dos, de garder mon esprit libre. C’est un choix.

J’ai choisi de ne pas risquer d’être à découvert à la fin du mois pour me payer un téléphone et le forfait qui l’accompagne, chaque mois.

C’est vrai, je ne pourrais pas sortir mon téléphone devant mes amis et collègues pour briller et discuter de ses fonctionnalités. Il est banal, basique. Mais j’aurais quand même un téléphone. Pas le plus beau, pas le plus perfectionné, mais j’aurais un téléphone. C’est l’essentiel.

Et surtout, j’aurais pris une décision réfléchie, une décision qui respecte mes contraintes, mes valeurs, mon petit monde à moi, une décision qui ne me met pas en danger financièrement, qui ne met pas mon avenir en jeu.

J’ai longtemps vécu de la sorte, et j’ai trouvé une certaine fierté, et une vraie liberté. Et quand mes amis me demandaient pourquoi je n’avais pas tel ou tel chose, alors, je parlais de ma liberté.

Celle de ne pas suivre la meute aveuglément, parce que peu importe le téléphone, pas besoin d’un bête de course pour utiliser un réseau social. Pas besoin d’une voiture de luxe ou d’un SUV quand on vit en centre-ville. Et ainsi de suite.

Des choix pragmatiques, simples. Et éclairés. Ma liberté. Et crois-moi, face à cela, j’ai pas entendu de critiques, de moqueries. Juste des questions de confort.

Et finalement, j’avais ce plaisir de lire du respect dans leurs yeux, et je ressentais un certain plaisir à me conformer à mes propres valeurs. Et j’avais dans ma poche, mon téléphone. Pas le plus beau, pas le plus puissant, mais j’étais comme eux, j’avais un téléphone moi aussi. Et nous étions à la même table.

Connaître tes valeurs pour choisir librement

Et si au bout du compte, la liberté n’était qu’une question de choix et de responsabilité, une question de valeurs ? Encore faut-il les connaître, en avoir conscience et y faire appel au moment du choix.

Alors, la prochaine fois que tu devras faire un choix, peu importe lequel, demande-toi si ce choix respecte bien tes valeurs, ou s’il sert l’image de toi que tu souhaites renvoyer aux autres.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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