Une blessure qui ne s’est pas refermée
Tu es une personne qui a été blessée. Comme tant d’autres. Tu as souffert. Et dans ton fort intérieur, tu souffres encore. Cette blessure d’amour est douloureuse. L’autre est parti, t’a trahi, qu’en sais-je. Mais tu as souffert, tu as trouvé cela injuste. Et aujourd’hui, tu en souffres encore. Depuis, tu t’es recroquevillé sur toi. C’est un droit, une logique même. Revenir à soi, le temps de panser ses plaies.
Les stratégies de survie
Deux stratégies, une même fragilité
Chez certaines personnes, c’est distance et silence radio sur le sujet de l’amour, et ça enchaîne les conquêtes d’un soir. Chez d’autres, c’est une communication souvent éperdument romantique, des fleurs, des poèmes, des nounours avec des cœurs. Bref, ça dégouline.
Mais dans les deux cas. Sujet sensible. Qui peut vite tourner au vinaigre. Un mot, une remarque, tout remonte. Et tout vire vite à l’insulte, à la méchanceté gratuite. Elles se sentent agressées, jugées, alors qu’elles sont victimes.
La défense comme réflexe
Alors, elles se défendent bec et ongles. Non, plus rien ne sera passé sous silence, plus rien ne sera toléré, et chaque supposé coup sera rendu au centuple.
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Le marécage de la souffrance
Malheureusement, il existe bien des gens qui restent là, dans leur marécage de souffrances. Et qui ne supportent plus rien. Elles s’isolent peu à peu, ruminent leur douleur, leur colère, et entretiennent l’aigreur.
On les retrouve sur les réseaux sociaux, avec cette poésie, avec ce romantisme, et surtout, dès qu’un sujet les touche, avec une agressivité décomplexée. Après tout, elles sont assez endurées, elles ont passé l’éponge et elles ont eu quoi comme remerciements ? La solitude.
L’agression comme fausse justice
Alors, elles se sentent légitimes à agresser l’autre. Pour un oui, ou pour un non. Elles font régner ce qui leur apparaît comme étant juste, sans aucun recul, sans distinction, ça frappe.
C’est pas un défouloir qu’autre chose. Et ça ne guérit de rien. Parce que, ce qui est triste ici, ce n’est pas tant l’agressivité et la méchanceté gratuite, non. C’est pour le moment une douleur encore trop intense pour être traversée.
La colère comme illusion
Une colère qui enferme
S’en prendre à des inconnus sur les réseaux sociaux, gratuitement, violemment ? Cela guérit-il ? Je crois que non, mais je dois me tromper.
Le côté perfide de la chose ? Elle enferme leurs auteurs dans le passé, sans qu’ils ne le voient. La colère leur donne une sensation de mouvement, mais plus la colère est là, plus la douleur est vive, plus le vide semble immense. Et plus la solitude est pesante. C’est un vrai cercle vicieux qu’ils entretiennent grâce aux réseaux sociaux.
Quand la violence était encore visible
J’ai eu mon lot, j’ai été méchant aussi, à l’époque y’avait pas les réseaux, ça limitait. C’était en face à face. J’en suis pas fier. L’avantage d’être méchant en face à face, c’est qu’on voit tout de suite le mal que l’on fait. C’est là, c’est réel. Et y’a pas de quoi être fier. J’ai vite arrêté.
Faire payer les autres pour sa douleur
J’ai eu ces mois où je ne voulais rien de plus qu’un soir. Je devenais verbalement brutal quand il était question du lendemain. J’ai plusieurs fois disparu sans donner signe, sans plus répondre au téléphone. J’ai fait payer le prix de ma douleur à des femmes qui ne le méritaient pas.
Alors, j’ai appris à rester seul, à me tenir à distance des autres, quelques temps. Le temps de ruminer ma colère, de la traverser, de la dissiper. J’ai été trahi, et m’en prendre aux autres n’a rien réparé. J’ai blessé, je me suis senti stupide, et je m’en voulais de faire ça. Mais c’était « plus fort que moi ». Je n’ai plus voulu de cela.
Je ne dis pas que je suis parfait. Je dis que cette connerie-là, je ne la fais plus. J’en fais d’autres.
Les réseaux comme terrain de défoulement
Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on se sent en sécurité, on ne voit pas, alors, on peut déverser sa rage, sa colère, se montrer mesquin, mesquine, pervers, arrogant, juger, insulter. Gratuitement. Et se dire que l’autre, cet enfoiré, l’a bien cherché.
Mais qui est ciblé, en réalité ? L’être aimé, qui n’est plus là. La douleur que l’on ressent et qu’on ne veut pas laisser partir, parce que… paradoxe : plus jamais ça. Plus jamais, alors qu’on ne fait rien pour tourner la page, et que la douleur dure, et dure, et dure encore ?
L’illusion de l’exutoire
Alors, comme tout est trop plein, il faut bien un exutoire, et les petits poèmes, les photos de fleurs n’y suffisent pas. Il faut expulser cette colère.
Et comme nous venons de le voir, expulser sa colère sur les autres ne sert à rien. Avec les réseaux sociaux, on peut se sentir fier de répandre la justice, avoir cette croyance de défendre « la juste cause » des opprimés.
Et tout cela permet-il vraiment de passer à la suite, ou cela enferme-t-il dans un château, dans la plus haute tour, avec une des armes pour tirer sur tout ce qui pourrait sembler être un danger potentiel.
L’amour n’est plus, reste l’attaque préventive.
Une violence sans visage
L’avantage des réseaux sociaux est que l’on ne voit pas le mal que l’on fait. C’est un combat d’ego, de mots, une logorrhée de violences gratuites, à qui aura le dernier mot. Ce qui ne permet pas de comprendre ce que nous faisons, l’impact sale que nous avons sur l’autre. Non, on ne peut pas voir le regard choqué de l’autre, la brutalité dont nous faisons preuve. Il serait difficile de la justifier. En ligne ? On ne voit rien de tout cela, et la justification est aisée.
Avant de conclure… Ne reste pas seul-e. La Brigade, un live pour echanger, poser des questions, obtenir des réponses. Une fois par mois, inscription et participation offerte ⟶Après la colère
Et puis, passé le pic de colère, il reste quoi ? Ce que l’on veut fuir. Le vide, la douleur qui rampe, partout, dans la tête, le corps, qui pèse, la fatigue, le manque d’envie. Et l’envie de ne plus ressentir « ça ».
Seulement, voilà, en continuant sur le même schéma, il ne peut rester que « ça », qui prend toute la place.
Alors quand la colère se tait, et non s’apaise, il ne reste que soi. On peut fuir, ne pas voir, en vouloir à l’autre, mais c’est fait. Et rien ne viendra réparer cela. C’est fait. Il faudra l’accepter, ou s’intoxiquer avec, lentement, tel un poison.
Réduire la place de la douleur
On ne peut réparer le passé, on peut juste écrire une autre histoire. Garder ce qui fut bon, apprendre à ne plus laisser la douleur envahir tout l’espace, lui réduire sa place peu à peu… et ouvrir enfin, plus tard, une nouvelle page, pour reprendre sa route.
Rester ou sortir du cercle
On peut rester là, et tirer sur tout ce qui bouge, tout ce qui nous irrite sur les réseaux. Et savoir que cela ne changera rien à ta douleur. Si ce n’est la vivre encore et encore.


