01Vivre aujourd’hui
Nous vivons physiquement au moment présent. Heu, attends, je ne te parle pas de cette histoire de « vivre le moment présent », non, ça, c’est autre chose.
La vie se passe là, maintenant, sous nos yeux. Et chaque seconde bascule à l’instant dans le passé. Et nous oublions à quel point ce qui est là peut parfois être précieux. Ok, ça ressemble un peu à ce que nous raconte le livre « Le pouvoir du moment présent », j’avoue.
Mais on se gâche la vie avec nos bagages. On ne regarde que très rarement le présent tel qu’il est. Nous le voyons au travers de ce que nous avons vécu. Nous plaquons nos expériences sur ce qui est là.
Dans bien des cas, c’est un réflexe, une attitude pour nous protéger, pour ne plus souffrir. Et cela se fait de façon totalement inconsciente. C’est l’un des trucs que fait notre cerveau pour nous protéger.
Alors, quand tu vis une situation présente qui pourrait ressembler à quelque chose que tu as déjà vécu, hop, ton esprit vient te projeter un petit film qui sert à te rappeler que tu as déjà souffert dans une situation similaire.
Pratique n’est-ce pas ? En théorie, oui. En pratique ? C’est un autre débat. Parce que ton gentil cerveau oublie une chose importante. Le contexte. Entre une chose survenue il y a dix ou vingt ans, et le moment présent, il y a une légère différence. Dix ou vingt ans.
Et une autre chose. Tu n’es plus la même personne. Et, dans bien des cas, les personnes autour de toi ont changé ou ne sont plus dans ton entourage. Ce qui fait une drôle de différence.
02On a besoin du passé
Le passé comme unique repère
Le passé sert souvent de colonne vertébrale à notre identité. Mais la colonne vertébrale, aussi importante soit-elle, elle n’est pas tout notre corps.
Quand on ne sait plus très bien qui on est aujourd’hui, on s’accroche à ce qu’on a été, à ce qu’on a vécu, à ce qui a donné un sens à un moment donné. Ce n’est pas de la nostalgie poétique, c’est un appui de fortune pour ne pas se casser la gueule.
Sans ce repère, il faudrait se redéfinir, réajuster, accepter une version encore plus floue de soi. Et ça, pour beaucoup, c’est plus angoissant que de rester coincé dans une identité périmée mais connue.
Le rôle des souvenirs marquants
Certains souvenirs laissent une empreinte disproportionnée. Un échec, une rupture, une humiliation, mais aussi une réussite, une période « où tout allait bien ».
Tu tournes en boucle sur ces vieux moments d’une autre époque, tu ressasses, tu soupires, ou tu as la trouille. T’es pas là, dans ton passé.
Le problème, c’est quand le souvenir devient ton unique point de repère, écrasant tout le reste. Avoir des souvenirs, y repenser, c’est normal. Tourner en boucle dessus, avoir peur, avoir des regrets, c’est là que tu commences à vivre dans ton propre passé.
03Vivre encore au passé
En ce qui me concerne, je pensais vraiment en avoir fini avec mon passé. Je croyais avec fermeté que tout ce foutoir était derrière moi, et n’influait plus sur moi. Comme quoi, une croyance, ça ne reste qu’une croyance.
Avec le temps et les coups de la vie, j’ai pris conscience que mon histoire polluait à peu près toute ma vie. J’ai fini par comprendre que la plupart de mes repères n’étaient pas ce que je vivais avec ma propre famille, pas ce que j’avais vécu en compagnie de ma femme et de ma fille, pas ma maison, non.
Mes repères étaient figés dans mon passé, sous la coupe de ma mère, dans son appartement. J’ai d’ailleurs longtemps dit « chez moi » pour parler de l’appartement de mes parents. Ce qui faisait bouillir ma femme. Aujourd’hui, je la comprends.
Un signe clair que tu vis dans le passé
Il y a une petite chose qui ne trompe pas. Que tu le veuilles ou non, tu passes ton temps à évaluer ton présent face à ton passé. Tu compares souvent l’un et l’autre. Avant, c’était comme ci, avant, c’était comme ça, avant c’était mieux, ou moins bien. Le passé est là, toujours, et il te sert de mesure étalon.
Et ce, soit parce que tu as peur de le voir revenir, soit parce qu’il te manque cruellement. Dans les deux cas, tu n’es pas totalement présent. Et c’est exactement ce que je faisais.
Mon passé fut une douleur sans nom. Alors, quand j’ai commencé à vivre un présent plus agréable, plus doux, j’ai passé des années à faire la comparaison.
J’avais une trouille terrible : perdre ce que je vivais. Mais que je ne vivais pas tout à fait. Une part de moi restait en alerte, vigilante. Comme si ma mère allait franchir ma porte et venir me faire mal.
D’autres signaux à voir
En plus de comparer ton présent face à ton passé, tu peux aussi garder de la rancœur. Et ça, ça ne trompe pas.
Tu n’as pas tourné la page, pas pardonné, et tu attends toujours réparation. On t’a fait du mal, c’est sans doute vrai. Et toi, tu es resté bloqué. Tu nourris ta rancœur, y’a pas moyen que tu lâches.
Avec ma mère, j’ai plus de vingt ans à en finir avec ça. Je me nourrissais de ça. En refusant de voir que c’était très mauvais pour moi.
Puis, quand j’ai décidé de tourner cette page douloureuse, j’ai découvert la tristesse qui était là. J’étais triste de ne pas avoir eu une enfance plus heureuse, triste de ne pas avoir d’aussi bons souvenirs que d’autres, eux, peuvent avoir. J’étais triste que ma mère n’ait jamais vraiment reconnu ses actes, ses mots. Et puis, la tristesse est passée.
On peut aussi, pour ceux ayant vécu de belles choses, nourrir des regrets, de la nostalgie, ce qui les empêche d’être là, de profiter de ce qui s’offre à eux.
Dans les deux cas, rester collé au passé, bah ça pourrit ton présent, ça t’empêche de profiter pleinement du moindre petit moment qui est là, de nouer de nouveaux liens, et pire encore, ça t’empêche de construire un avenir bien plus sympa.
04Revenir au présent
Je sais, ça semble très cucul, j’en conviens. Mais tant que tu ne pourras pas admettre que ce qui est passé ne peut plus être changé, tu ne vas pas beaucoup avancer.
Vivre dans le passé est une habitude à changer. C’est vrai que cela va te demander quelques efforts pour revenir dans le présent.
Tu te surprends à comparer le passé et le présent ? Si tu as des regrets, tu te fais du mal, est-ce utile de te faire souffrir ? Ne ferais-tu pas mieux de te mobiliser pour rendre ton présent et ton avenir plus agréables ?
Et si ça te fait peur, si tu as peur de le voir revenir, à quoi bon ? Encore une fois, tout est différent. Et te faire peur, à quoi ça sert ? C’est agréable d’avoir la trouille quand tout va bien ? Te protéger ? Mais de quoi ? D’un truc figé dans le passé ? Ah.
Quand tu commences à penser que tu réglerais bien son compte à une personne ou une autre, lâche. Demande-toi à quoi cela pourrait vraiment servir, là, maintenant ? Est-ce que cela réparerait le passé ? Non. Alors, est-ce utile ? Crois-moi, c’est de la fierté mal placée.
Je comprends que tout cela puisse te secouer un peu, t’effrayer un peu. Je ne tiens pas à minimiser le poids du passé. Cependant, pour toutes les personnes qui ont tendance à vivre dans le passé, c’est le passage quasi obligatoire. Traverser ce foutoir pour avancer enfin.
Alors, il va te falloir faire attention à tes vieux réflexes, les accepter et les modifier. Et pour y arriver, se poser, en parler, c’est un coup de main bien utile pour franchir le cap.

