01Le passé n’existe pas
Voilà qui pique. Comme ça, direct, sans préambule, le passé n’existe pas. Et tout ce que j’ai vécu, et toutes ces douleurs que je me traîne encore, et toutes ces peurs, toutes ces émotions qui reviennent sans arrêt ?
C’est quoi ? Une vision de l’esprit, un jeu macabre pour me faire souffrir ? Ça n’existe pas peut-être ? Pourtant, c’est bien là, c’est bien réel. Y’a aucun doute sur la question.
Et vivre dans le passé, ce n’est pas vraiment la recette pour trouver du plaisir dans le présent, dans le quotidien, c’est même l’anti-recette.
Mais voilà, tout ceci, tout ce passé, ce serait une excuse. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Alfred Adler. Et c’est le fil rouge du livre « Avoir le courage de ne pas être aimé » qui a connu un franc succès il y a quelques années de cela.
02Vivre dans le passé : le signe qui ne trompe pas
Un exemple tout bête ? Une bonne nouvelle vient de t’être annoncée, un truc que tu voulais vraiment, mais toi, tu sens une trouille qui te serre le bide.
Alors, tu cherches et tu trouves une bonne raison de te défiler. Ce n’est pas le moment, t’es pas prêt, ce n’est pas pour toi, il va forcément t’arriver une merde.
Le présent t’offre quelque chose de bon, et toi ? Tu réagis comme si c’était une menace. Ce n’est pas logique. Ça te semble normal, mais ça ne l’est pas.
Et tu peux être quasi certain que cela ne parle pas du présent, mais bien de ton passé. Parce que ce que tu fuis n’est pas devant toi, mais derrière.
03Ce n’est pas nier ce qui s’est passé
Quand tu entends que le passé n’existe pas, tu crois légitimement que rien n’est arrivé, que tout cela, c’est du flan. En fait, non.
Quand Adler dit que le passé n’existe pas, il ne nie pas les faits, leur existence, il ne nie pas les douleurs, encore moins les blessures.
En revanche, il dit tout autre chose. Il s’attaque à une idée précise et bien coriace, celle selon laquelle ton présent serait déterminé par ce qui est arrivé dans le passé.
En gros, tu as connu la merde dans le passé, alors, forcément, tu vas encore en chier, et pas qu’un peu dans ton présent.
Un exemple ? Ma mère. Une enfance foireuse au possible, le genre de truc que tu lis dans un bouquin, tu te dis que ça n’existe pas, que c’est de la fiction. Son enfance, c’est la réalité qui dépasse la fiction.
Un autre exemple ? Mon enfance. Ma maman a eu la délicatesse de me faire revivre une grande partie de ce qu’elle a connu. Pas volontairement, mais c’est arrivé.
Dans les deux cas, il en a découlé que le passé pilote le présent. Et qu’il faut se méfier de la trace de bonheur. Qu’il faut être aussi parfait que possible pour éviter les coups. Ça donne envie hein ? On sent vachement serein dans ces conditions.
Vivre dans le passé après un vrai trauma
Alors, un petit point. Y’a des traumas, des vrais traumas. Ça c’est venu après Adler. Mais l’idée reste la même. Soit on reste bloqué, soit on essaie d’avancer. Je ne te dis pas que c’est facile, je ne veux pas que tu culpabilises.
Y’a des épreuves qui font mal, qui te mettent le mur dans la gueule. C’est vrai. Et là, l’appui d’un thérapeute, déjà pour digérer, se reconstruire et reprendre sa route, ça aide. On n’est plus dans les années soixante-dix ou quatre-vingts.
La douleur est acceptée, reconnue, elle n’est plus jugée ou critiquée. Alors, il n’y a aucune honte à poser un genou à terre et dire, ok, là, j’ai pris cher. Et j’ai besoin d’un coup de main. C’est même bien souvent le signe d’un vrai premier pas vers le mieux-être.
04Pourquoi on s’accroche au passé
Le livre dont je te parle a rencontré un franc succès, parce qu’il pose une chose simple et claire, mais pas évidente à mettre en œuvre dans le quotidien.
Si ton passé agit encore dans ton présent, ce n’est pas qu’il existe encore, puisque c’est le passé, mais c’est parce que tu l’utilises encore pour éviter quelque chose aujourd’hui.
Dans mon cas, c’était pour ne pas endosser mes responsabilités. Attends, c’est vachement confortable. Tu fais une connerie, un mauvais choix, et paf ! Tu sors l’excuse du passé. Oui, c’est confortable.
Mais voilà, ça ne te fait pas avancer un brin. Au contraire. Ça te fige dans ce passé que tu dis vouloir fuir, ce passé que tu dis être pesant. J’ai joué à ce jeu macabre durant des années.
Le but de cette manœuvre, se protéger. De la douleur, de la blessure, de l’émotion ressentie. Mais l’usage de ce passé, c’est une justification, pas un progrès, pas une évolution, pas une avancée.
Cela te sert à rendre acceptable tes actions présentes à tes propres yeux. Et c’est pile ce que je faisais. À chaque erreur, je sortais la carte « c’est mon passé ».
Ce qui m’attirait la sympathie des gens (ho, le pauvre, comme il a dû souffrir), et m’évitait de faire face à mes responsabilités.
Pas besoin de progresser, de me confronter à mes peurs, j’avais la carte magique. C’était vraiment confortable.
Vivre dans le passé, ce n’est jamais anodin
Si tu utilises fréquemment ton passé, là, il est temps de te poser et d’en parler. Y’a sans doute quelque chose qui coince derrière tout ça. Ce n’est pas anodin.
Peut-être un vrai trauma que tu pensais avoir dépassé, ou alors quelque chose de moins lourd, mais qui te bloque encore. Et en parler, sans être jugé, ça t’aide à comprendre, ce qui est déjà un premier pas.
05Les pièges A vivre dans le passé
Pour revenir sur la carte magique, cette carte a un revers. Une autre face, plus sombre, moins glamour. Si on peut considérer que me cacher peut l’être.
En restant collé à cette image de moi, figée dans le passé, l’image d’une victime, d’un petit garçon sans défense, discours que je servais habilement au besoin, il se passe autre chose que la sympathie des gens.
Je me suis enfermé, impossible de progresser, d’obtenir plus de responsabilités dans ma boîte ou de faire croître la mienne. Je ne pouvais pas, ça ne cadrait pas avec l’image interne que j’avais construite.
À la moindre évolution, je me trouvais pris à mon propre piège, et je créais un violent inconfort en moi. Je veux grandir, évoluer, mais je ne peux pas, je ne suis que ce petit garçon victime de sa maman.
J’ai fini par comprendre que comprendre mon histoire, mes tourments, tout cela est une chose, mais ce n’est pas la solution pleine et entière. C’est un premier pas. Mais ça ne suffit pas. Je devais aller plus loin. Mais pas plus dans le passé.
06Savoir où regarder, spoiler, c’est pas en arrière.
Évoluer est un acte tourné vers demain. Comprendre est un acte tourné vers hier. Tu vois le délire. Tu ne peux pas évoluer en te contentant de regarder derrière toi. Il arrive forcément un moment où l’on doit regarder devant soi.
Et c’est ce que j’ai fait. Ce ne fut pas confortable. Pas du tout. Quand on a passé son temps à regarder derrière, à avoir la trouille de regarder devant, de peur de revoir le même film, tu peux me croire, c’est pas agréable.
Et pourtant. Le champ des possibles est devant, pas derrière. Quand tu regardes en arrière, tu imagines, tu fantasmes quelque chose. Ah, si j’avais eu ceci, cela, j’aurais pu faire ça, ou ça, ou encore ça. Bonjour les regrets que tu fabriques.
Mais quand tu regardes devant, tu vois quoi ? Une feuille blanche, un truc à écrire. Et là, bah t’es pas prêt. Et je ne l’étais pas.
Et coup de bol, c’est un truc qui s’apprend. Et coup de bol, chaque pas fait vers l’avant renforce la confiance, l’envie, le courage. Et ça fait plaisir. Parce que le plaisir se trouve dans ces petites choses que l’on fait, qui nous font avancer, qui nous font respirer.
07Comment arrêter de vivre dans le passé
Alors, la question à te poser. Que cherches-tu à protéger quand tu vas chercher ton passé comme excuse ? Que cherches-tu à protéger, à cacher, ou pire, à fuir ? Et quels sont les bénéfices que tu tires de cette situation ?
Comme souvent, je t’invite à poser ça sur le papier. Inutile de te lancer dans un roman. Simple, factuel. Quand il se passe ceci, je cherche à éviter cela, pour telle ou telle raison.
Un premier pas à faire
Ça ne va pas venir tout seul, alors tu peux avancer par petites questions, comme la célèbre technique des cinq pourquoi par exemple.
Exemple :
Pourquoi je ne veux pas passer le permis de conduire ? Parce que cela me pousserait à devenir adulte.
Pourquoi je ne veux pas devenir adulte ? Parce que ce serait ne plus être enfant.
Pourquoi je veux rester enfant ? Parce que j’espère encore sauver le gamin que j’étais.
Et au cas où ça coince, si parler te pose un souci, on peut se mettre en mode enquête, avec des questions-réponses ciblées, et avancer ainsi, avec un peu de légèreté. Ça fait aussi très bien le boulot.
Ainsi, la prochaine fois qu’une bonne nouvelle se présentera à toi, tu seras sans doute plus en mesure de la recevoir pour ce qu’elle est. Une bonne chose, et non plus une menace.

