Je tiens, donc, je mérite

Tu tiens. Tu encaisses. Tu te dis qu’à force, la vie va bien finir par te rendre quelque chose. Une récompense, un souffle, un allègement. Mais si tenir ne construisait rien ? Et si c’était même ce qui te bloque aujourd’hui, là, maintenant ?

Y’a un truc qui cloche. Mais quoi ?

Je le mérite

Tu tiens. Tu encaisses, tu serres les dents, tu fais le dos rond. Tu continues alors que ça fatigue, alors que ça tire, alors que parfois t’as juste envie de t’allonger par terre et de ne plus répondre à personne.

Et au fond de toi, il y a cette idée bien installée : à force de tenir, il va bien se passer un truc. Une récompense. Un apaisement. Une reconnaissance. Un moment où quelqu’un dira : « Ok, t’as assez donné. Maintenant, à toi. »

C’est humain. C’est logique. C’est faux.

Tenir, ça impressionne. Ça rassure. Ça donne une image solide. Le gars ou la nana fiable. Celui sur qui on peut compter. Celui qui ne lâche pas.

Mais tenir, ce n’est pas construire. Tenir, c’est souvent juste éviter de tomber.

Et ça change tout.

Tenir, c’est rester en surface

Quand tu tiens, tu es occupé. Occupé à ne pas sombrer. À garder la tête hors de l’eau. À gérer l’urgence intérieure.

Tu n’es pas en train de bâtir quoi que ce soit. Tu maintiens. Tu contiens. Tu contrôles.

Tenir, c’est un muscle contracté en permanence. Ça ne crée pas. Ça empêche juste la chute.

Le problème, c’est que plus tu tiens longtemps, plus tu confonds la tension avec la solidité.

Tu finis par croire que si tu lâches, tout s’écroule. Alors tu continues. Même quand ça ne mène nulle part. Même quand tu ne sais plus pourquoi tu fais tout ça.

Tenir devient ton identité.

Et à partir de là, toucher à cette posture, c’est toucher à qui tu crois être.

La grande arnaque de la récompense

Il y a une croyance silencieuse derrière tout ça : la vie est juste. Spoiler alert : Non.

Tu crois que si tu encaisses assez, si tu fais preuve de patience, de loyauté, de courage, alors quelque chose va te revenir.

Mais la vie ne fonctionne pas comme un tableau Excel moral. Il n’y a pas de colonne « souffrance accumulée » qui déclenche une prime.

Personne ne distribue de médailles pour avoir tenu plus longtemps que quiconque dans une situation qui te ronge.

Et surtout : personne ne t’a demandé de tenir à ce point. Si ce n’est ? Bah,… toi.

Cette attente de récompense est souvent ce qui t’empêche de bouger. Parce que bouger, ce serait reconnaître un truc dur : peut-être que tout ce que tu as tenu jusque-là n’ouvre sur rien d’autre que… la suite. Sans garantie. Sans applaudissements.

Tenir peut devenir une excuse propre

Tenir, ça évite de faire des choix. Faire, c’est risquer. Construire, c’est se tromper. Lâcher une posture, c’est perdre une image de survie qui t’a longtemps protégé.

Alors tu tiens.

  • Tu dis que ce n’est pas le moment.
  • Que tu verras plus tard.
  • Que tu dois encore encaisser un peu.

Mais à force, tenir devient une manière élégante de ne pas vivre vraiment. Tu restes debout, oui. Mais immobile.

Il y a un truc brutal à accepter : tenir ne produit rien par défaut. Ça peut sauver la peau à un moment donné. Ça peut être vital. Mais si ça dure trop longtemps, ça devient stérile.

Construire, c’est autre chose

Construire, ce n’est pas héroïque. Ce n’est pas propre. Ce n’est pas glorieux.

  • Construire, c’est avancer sans certitude.
  • C’est faire un pas alors que tu ne sais pas si le sol est stable.
  • C’est accepter de perdre une partie de ce que tu étais pour voir ce qui peut émerger.

Quand tu construis, tu ne tiens plus. Tu engages. Et ça fait peur, parce que là, tu ne peux plus te cacher derrière l’effort ou l’endurance.

Tu ne peux plus dire : « J’ai fait de mon mieux ». Tu es obligé de dire : « J’ai choisi ».

Le corps sait très bien faire la différence

Ton corps ne ment pas là-dessus. Tenir, ça serre. Ça contracte. Ça fatigue sans soulager.

Construire, même quand c’est inconfortable, ça respire un peu plus. Il y a du mouvement. De l’élan. De la circulation.

Si tu écoutes bien, tu sais déjà où tu en es. Tu sais si tu es en train de bâtir quelque chose, ou juste d’éviter l’effondrement.

Et non, ce n’est pas une question de courage ou de mérite. C’est une question de posture intérieure.

Lâcher le mythe du « je le mérite »

Dire « je le mérite », c’est souvent une manière de dire : j’ai trop donné. Et c’est vrai.

Mais attendre que ça te revienne tout seul, c’est rester coincé dans une logique qui ne fonctionne plus.

Tu ne mérites pas une vie plus légère parce que tu as souffert. Tu peux la construire parce que tu es encore là. Nuance énorme.

La souffrance ne donne pas de droits.

Elle donne parfois une lucidité. Et cette lucidité, soit tu t’en sers, soit tu continues à tenir jusqu’à l’épuisement.

Ce moment précis où ça bascule

Il y a toujours un moment, discret, pas spectaculaire, où la question se pose vraiment :

Est-ce que je continue à tenir, ou est-ce que je commence à faire ?

Ce n’est pas un grand virage. C’est souvent un petit geste. Un non. Un pas de côté. Une décision qui ne fait pas de bruit mais qui change l’axe.

Personne ne viendra te dire que c’était le bon moment. Personne ne validera le passage. Et c’est justement ça, construire.

Et maintenant

Tenir t’a peut-être sauvé la vie. Mais ça ne te fera pas vivre.

Construire, ce n’est pas lâcher tout. C’est arrêter de croire que survivre suffit.

La vraie question n’est pas : est-ce que tu mérites mieux ?

La vraie question, celle qui dérange un peu plus, c’est :

Qu’est-ce que tu continues à tenir qui t’empêche, aujourd’hui, de commencer à construire ?

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