01La vie est une douleur… vraiment ?
Tu connais peut-être cette personne. Tu sais, celle pour qui la vie est un parcours du combattant, une longue liste d’injustices, de malchance, cette personne qui est victime de la méchanceté des autres, qui prend continuellement, dit-elle, des coups de la vie.
Ce qui va te gratter, c’est que cette personne, c’est peut-être toi. Et tu es là, parce que tu cherches à savoir si tu es vraiment cette personne. Il y a sans doute une personne, ou plusieurs, qui t’ont fait remarquer que tu passais ta vie à te plaindre.
02« Arrête de te plaindre » : ce que m’a appris ma mère
Alors, es-tu cette personne ? J’en connais une. Ma propre mère. Depuis mon adolescence, elle est ainsi. Et y’a aucune place en elle pour la douleur des autres. Et pas plus de place pour les plaisirs du quotidien. Tu peux me croire sur parole.
Un jour, je lui ai envoyé un petit message pour lui dire qu’en rentrant de vacances, on avait trouvé l’un de nos deux chats en train d’agoniser. Il n’était vraiment pas bien. Et malgré les efforts du vétérinaire, il est parti en moins de vingt-quatre heures.
Pour un retour de vacances, c’est assez douloureux et brutal. Elle n’a pas vraiment demandé ce qui était arrivé, ni comment nous allions. Rapidement, elle m’a parlé de son chat qui était en train de vieillir. Et voilà.
Je crois que soutenir ses proches, être là pour les accompagner dans leur vie, dans les bons comme les mauvais moments, c’est une forme de plaisir banal, normal. Après tout, si nous ne pouvons pas compter sur la présence de nos proches, leur soutien, sur qui compter ?
Quand on appelle ma mère pour parler un peu, elle occupe tout l’espace avec ses soucis médicaux, ses examens, la météo, il fait trop chaud ou trop froid. Tout tourne autour de ses malheurs.
Mais attention, elle le fait avec le sourire. Parce que c’est important de montrer l’image d’une personne forte qui endure les souffrances avec le sourire. Comme si ça apportait quelque chose de plus.
J’ai de la peine pour elle, et j’ai mis de la distance entre nous. J’aurais aimé qu’elle puisse mieux vivre, mais elle a fait ses choix. J’ai fait les miens.
Je ne peux pas dire qu’elle soit satisfaite de son sort. Je le sais, je l’ai vu de mes propres yeux. Et j’ai compris que je ne pouvais pas aider une personne qui refuse de l’être.
Je ne dis pas que tu es comme elle. Vu de l’extérieur, tu ressembles peut-être à ça, mais ça se travaille, et si tu sembles avoir conscience que quelque chose cloche, la preuve, tu es là, en train de lire.
03La posture de victime : pourquoi « arrête de te plaindre » ne suffit pas
C’est dans les bouquins que j’ai lus et auprès de certains de mes clients que j’ai trouvé la clé pour comprendre le mécanisme.
Parler de ce qui fait mal, ça aide à évacuer. Et quand on passe son temps à parler de tout ce qui ne va pas, on ne le fait plus uniquement pour évacuer, pour expulser, pour s’en défaire, pour mettre de la distance. On entretient la mécanique. On renforce son rôle de victime. On rumine à voix haute, on se convainc.
On ne cesse d’en parler, parce qu’on espère attirer l’attention sur soi, une attention bienveillante, douce, de la compassion. Parce qu’on croit à tort que c’est la seule façon de recevoir un peu de tendresse de la part des autres.
La victime en fait une preuve
On ne dit plus que cela « arrive », on dit que cela « m’arrive toujours ». Et puis, pour bien renforcer la chose, on fait la liste. Et plus la liste est longue, mieux c’est. Parce qu’elle devient une preuve, on est bien une victime.
Ce n’est plus un simple rôle, c’est un fait, une vérité. C’est cohérent. Les merdes viennent de l’extérieur, le monde est contre soi. Il n’y a rien à remettre en question au-dedans, ça vient de l’extérieur. C’est confortable, si on peut dire.
Pour ma mère, ce n’est pas elle qui rate quelque chose, c’est le monde qui est contre elle. Ça évacue la question de sa propre responsabilité. Elle n’y est pour rien.
04Le piège de la complainte
Le truc, c’est que quand tu rentres là-dedans, plus tu te racontes ça, plus tu t’ancres dans cette réalité fictive. Parce que dans les faits, le monde, l’univers, il s’en tape de ton cas particulier.
Je sais, ça fait un peu mal, mais c’est une réalité. Ce que tu crois, c’est justement une croyance. Rien de plus. Bon, d’accord, une croyance bien ancrée devient une vérité non négociable. Sauf que tu peux la discuter.
Se plaindre, c’est voir la vie en noir, c’est une façon de faire pour tenter de se protéger. Mais ça ne fonctionne pas vraiment.
Ça rétrécit la vie, ses plaisirs, les envies, les bons moments. Tu ne vis plus réellement, tu survis. Et survivre, c’est quand même pas le panard.
05Arrête de te plaindre et retrouve le chemin du plaisir
Alors, on fait comment pour retrouver du goût à la vie ? Arrêter de se plaindre, c’est bien beau, mais comment fait-on ? On remplace par quoi ?
Tu l’as vu, la plainte cache quelque chose de plus profond. Une prise de conscience est nécessaire. Elle peut venir d’un coup plus rude de la vie, un réveil brutal, mais salvateur.
Ou alors, être accompagné par un thérapeute. Mais là, c’est une démarche volontaire, et ce n’est pas évident de se rendre chez un thérapeute quand on part du principe que tout va bien, que le problème, ce sont les autres, ou la vie.
En tant que coach, mon job n’est pas de fouiller dans les archives de ta vie pour trouver ce qui fut ou ne fut pas. C’est le job d’un psy. En revanche, je peux te donner quelques pistes à suivre. Déjà, quelle est ou quelles sont les émotions qui se cachent dans ce comportement ?
Je te le disais, mon boulot n’est pas de creuser ton passé, mais tu peux le faire si tu t’en sens capable. Alors, c’est apparu à quelle période, ce sentiment de victime ? Et ça te protège de quoi, selon toi ?
Arrête de te plaindre, sans devenir positif à tout prix
Le but n’est pas de devenir positif à tout prix, quand on en est là, ce ne serait pas utile.
En revanche, tu peux commencer à te demander pourquoi tu passes ton temps à parler de tout ce qui va mal, et essayer de parler un peu plus des bonnes choses, des bons petits moments, même si dans ton esprit, ils pèsent moins lourd que les galères.
Parce qu’il est à parier que ce n’est pas qu’une question de poids, mais bien de la façon dont tu traites les choses qui arrivent dans ta vie, de l’importance que tu leur accordes.
Un bon diner à la maison avec la personne que tu aimes pèse sans doute bien peu face à un examen de santé. C’est dommage, parce que ces moments-là, mis bout à bout, ces petits diners sans heurts, ils pèsent lourd. Tout est une question de regard et de l’importance que l’on porte aux choses.
ton premier pas, ce soir
Alors, ce que tu peux faire ce soir, même si tu as passé une journée difficile, essaie donc de trouver quelque chose d’agréable qui a pu se produire pour en parler aussi. Aussi minime que cela puisse te paraitre, tu verras, ça peut t’aider à rééquilibrer ta balance.
Parce que, si parler des choses difficiles aide à les évacuer, parler des choses légères, un peu frivoles, ça aide à les ancrer en soi, à se remémorer que l’on vit aussi des moments qui font du bien.

