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Pourquoi tu n’arrives pas à prendre du recul — et comment y remédier

Prendre du recul, ce n’est pas une décision magique, c’est un entraînement lent, parfois chiant, souvent salvateur. Accepter ses émotions, créer de l’espace, pratiquer un rituel quotidien : trois gestes simples pour arrêter de réagir au quart de tour et retrouver enfin de la clarté, du souffle et du pouvoir sur sa vie.

Y’a un truc qui cloche. Mais quoi ?

Prendre du recul : l’entraînement que personne ne t’a expliqué

Tu l’as déjà entendu mille fois. « Prends du recul. » Ton pote te le dit quand tu pètes un câble. Ton boss te le balance quand tu es submergé par les émotions. Ta famille te le répète quand tu réagis sous le coup de l’émotion.

Et à chaque fois, tu hoches la tête. Tu fais comme si tu comprenais. Mais au fond, tu te dis : « Ouais, super. Mais comment on fait, concrètement ? »

Parce que le problème, c’est pas de savoir qu’il faut prendre du recul. Le problème, c’est de comprendre que c’est pas un truc qu’on décide. C’est pas un bouton qu’on appuie. C’est pas une prise de conscience magique qui arrive un matin, comme ça, entre le café et la douche.

Prendre du recul, c’est un muscle émotionnel qu’on entraîne. Pas une décision rationnelle.

Le jour où j’ai compris que « prendre du recul » était du bullshit

Pendant des années, j’ai cru que prendre du recul c’était juste réfléchir plus fort. Genre, si je me posais et que je pensais vraiment bien à ma situation, j’allais tout comprendre et hop, clarté d’esprit garantie.

Connerie monumentale.

En 2022, je fais mon second infarctus. Je passe six mois avec un gilet défibrillateur, la peur de mourir vissée au ventre. Six mois où chaque battement de cœur me rappelle que je peux crever à tout instant.

Et tu sais ce que tout le monde me dit ? « Prends du recul, tu verras, ça va passer. »

Mais comment tu veux prendre du recul quand tu as la tête dans le guidon h24, quand tes pensées tournent en boucle, quand tu es débordé par l’angoisse à chaque seconde ?

La vérité, c’est que j’ai pas pris du recul en décidant de le faire. J’ai appris à le faire. Lentement. En me plantant. En recommençant. Encore et encore.

Comme un boxeur qui apprend à encaisser. Au début, chaque coup te met KO. Puis, petit à petit, tu apprends à absorber, à observer, à ne plus réagir de façon automatique.

Ce que prendre du recul n’est PAS

Avant de t’expliquer ce que c’est vraiment, laisse-moi casser quelques mythes. Parce que les gens racontent n’importe quoi sur le sujet.

Prendre du recul, ce n’est PAS :

Fuir la situation. Non. Fuir, c’est partir en courant. Prendre du recul, c’est s’éloigner juste assez pour voir la situation dans son ensemble, puis y revenir avec une vue d’ensemble. C’est pas de la lâcheté. C’est de la stratégie.

Réfléchir plus fort. Tu peux te triturer le cerveau pendant des heures, si tu restes attaché émotionnellement à ce qui se passe, tu verras rien du tout. Le recul, c’est pas dans la tête. C’est dans le corps. C’est émotionnel.

Attendre que ça passe. Combien de fois on t’a dit « laisse passer, ça va s’arranger » ? Spoiler : ça s’arrange jamais tout seul. Attendre passivement, c’est de la victimisation. Prendre du recul, c’est créer activement un espace pour respirer.

Un déclic magique. Les gens cherchent LE moment où tout bascule. Le fameux déclic. Mais dans la vraie vie, ça marche pas comme ça. C’est pas une révélation. C’est une succession de petits pas. C’est invisible jusqu’à ce que tu te retournes et que tu vois le chemin parcouru.

Ce que c’est vraiment : un entraînement émotionnel

Voilà la vérité que personne ne te dit.

Prendre du recul, c’est un entraînement.

Comme apprendre à courir, à jouer d’un instrument, à faire de la méditation. Au début, c’est nul. Tu y arrives pas. Tes émotions prennent le dessus. Tu réagis au lieu de répondre. Tu pleures, tu cries, tu restes figé.

Normal.

Puis, petit à petit, avec de la pratique, tu commences à sentir quelque chose changer. Tu sens le moment où l’émotion arrive. Tu la vois débarquer. Et là, au lieu de la subir, tu peux observer.

Pas la contrôler. Pas la faire disparaître. L’observer.

Tu passes de participant à spectateur.

C’est ça, prendre du recul. C’est devenir le mec qui regarde le film de sa vie au lieu d’être le mec qui se fait malmener dans le film.

Les trois piliers pour construire ce muscle

Si c’est un entraînement, alors y’a des exercices. Voilà ce qui marche vraiment.

1. Acceptation : arrête de lutter contre tes émotions

Le premier piège, c’est de croire qu’il faut maîtriser ses émotions. Bullshit.

Tu peux pas contrôler tes émotions. Elles arrivent. Point. Ce que tu peux contrôler, c’est ta réaction à ces émotions.

Mais pour ça, faut d’abord les accepter.

Pendant des années, j’ai essayé de refouler mes émotions. La colère contre ma mère. La honte de mes échecs. L’angoisse qui me bouffait de l’intérieur. Je me disais « sois fort, encaisse, avance ».

Résultat : en 2022, tout a explosé. Crises de panique, crises d’angoisse, tout ce que j’avais tassé est remonté d’un coup.

Aujourd’hui, j’ai compris. Quand une émotion arrive, je la laisse exister. Je la regarde. Je me dis « ok, je ressent de l’angoisse là. C’est normal. C’est pas grave. » C’est pas de la faiblesse. C’est du lâcher prise.

Exercice concret : La prochaine fois qu’une émotion négative te submerge, pose-toi une minute. Respire. Demande-toi : « Qu’est-ce que je ressens, là, maintenant ? » Nomme l’émotion. « Je suis en colère. » « J’ai peur. » « Je suis triste. » Juste ça. Pas de jugement. Pas de « je devrais pas ». Juste nommer.

2. Isolement : crée physiquement de l’espace

Tu peux pas prendre du recul si tu restes dans le même environnement qui te stresse.

Quand je sens que je vais péter un câble, je sors. Littéralement. Je vais marcher. Je change d’air. Je m’éloigne physiquement.

Pourquoi ? Parce que ton cerveau associe ton environnement à ton état émotionnel. Si tu restes dans la même pièce où tu viens de réagir émotionnellement, tu vas continuer à tourner en rond.

S’isoler, c’est pas fuir. C’est se donner le temps de libérer les tensions avant de revenir.

Exercice concret : Quand tu sens que tes émotions sont exacerbées, lève-toi. Sors de la pièce. Va aux toilettes, va dehors, va ailleurs. Prends cinq minutes. Respire. Observe tes émotions sans les juger. Puis reviens.

3. Routine : entraîne-toi tous les jours

Le recul, ça se construit pas dans l’urgence. Ça se construit dans le quotidien.

Entre 2022 et 2023, j’ai écris tous les jours. Ou presque. Pas pour faire joli. Pour évacuer. Pour me vider. Pour prendre de la hauteur sur ce qui se passe en moi.

En quelques mois, j’ai noirci plus de 1500 pages. Des pages que je relis jamais. Parce que l’objectif, c’est pas de comprendre. C’est d’expulser.

Écrire, c’est ma routine pour prendre du recul quand ça secoue fort. Toi, ce sera peut-être autre chose. La méditation. Le sport. La pleine conscience. Peu importe.

Ce qui compte, c’est que tu le fasses régulièrement. Pas quand t’es au bout du rouleau. Tous les jours. Même cinq minutes.

Exercice concret : Choisis une activité qui te recentre. Quelque chose qui te permet de te reconnecter à toi. Pas pour produire. Pas pour être productif. Juste pour souffler. Et fais-le tous les jours. Sans négocier.

Ce que tu gagnes vraiment

Si tu fais ça, si tu t’entraînes, voilà ce qui change.

Tu arrêtes de réagir sous le coup de l’émotion. Tu prends une seconde avant de parler. Une seconde avant d’agir. Et dans cette seconde, tu choisis. Tu réponds au lieu de réagir.

Tu retrouves de la clarté. Quand tu es submergé, tu vois que dalle. Quand tu prends du recul, tu vois l’ensemble. Les décisions deviennent plus éclairées.

Tu gères mieux le stress. Parce que tu comprends que le stress, c’est pas la situation. C’est ta réaction à la situation. Et si tu changes ta réaction, tu changes tout.

Tu évites le burn-out. Parce que tu apprends à souffler avant de craquer. À faire une pause avant de t’effondrer.

Tu vis mieux tes relations. Parce que tu arrêtes de balancer des trucs que tu regrettes. Tu arrêtes de pleurer devant tes collègues. Tu arrêtes de hurler sur tes gosses.

Pourquoi personne te dit ça

Parce que c’est long. Parce que c’est chiant. Parce que ça demande du boulot.

Les gens veulent des solutions rapides. Une méthode en sept étapes. Un déclic magique. Une pilule miracle.

Mais la vraie vie, elle marche pas comme ça.

Prendre du recul, c’est pas glamour. C’est accepter que t’es pas parfait. C’est observer tes merdes sans te juger. C’est t’entraîner encore et encore, même quand tu progresses pas.

C’est une habitude à construire. Pas un interrupteur à allumer.

Le jour où tu arrêtes de chercher le déclic

Aujourd’hui, je gère encore des émotions négatives. J’ai encore des moments où je suis angoissé. Où j’ai peur. Où je me sens coincé.

Mais je sais prendre du recul maintenant. Pas toujours. Pas parfaitement. Mais de plus en plus souvent. Comment ? En m’entraînant. Tous les jours. En acceptant ce qui arrive. En m’isolant quand j’en ai besoin. En écrivant pour vider ma tête.

C’est pas magique. C’est lent. C’est répétitif. C’est invisible.

Mais ça marche.

Alors arrête de chercher le déclic. Commence à t’entraîner. Accepte tes émotions. Crée de l’espace. Pratique tous les jours.

Prendre du recul, c’est pas une révélation. C’est une discipline.

Et cette discipline, tu peux la construire. Pas demain. Maintenant.

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