Le plaisir n’est pas une récompense
La vérité qui dérange
Il y a des questions qui reviennent toujours. Quand on est fatigué. Quand on doute. Quand on a “tout pour être heureux” mais que quelque chose sonne creux.
- Pourquoi je fais tout ça ?
- Pourquoi je me lève ?
- Pourquoi je m’acharne ?
- Pourquoi je veux réussir, être reconnu, aimé, compris ?
- Pourquoi je m’effondre parfois devant une série, un plat simple, une marche sans but ?
On croit souvent que ces questions sont différentes. Elles ne le sont pas. Elles tournent toutes autour d’un même fil. Discret. Silencieux. Vital.
Le plaisir.
Pas celui des pubs. Pas celui des promesses. Un plaisir plus brut. Plus simple. Plus exigeant aussi.
Une enquête commence souvent par une fausse évidence
On nous a appris très tôt une logique bien huilée : Tu fais des efforts. Tu tiens. Tu sacrifies. Et ensuite, tu te feras plaisir.
Le plaisir comme récompense. Comme médaille. Comme autorisation tardive à respirer.
Sur le papier, ça tient. Dans la vraie vie, beaucoup moins.
Parce que si le plaisir n’arrive qu’après, alors le présent devient une zone de transit. On n’habite plus sa vie. On la traverse.
Et un jour, sans prévenir, ça craque.
Pas forcément de façon spectaculaire. Parfois, c’est juste une fatigue sourde. Une perte d’élan. Une impression de vivre à côté de soi.
Le malentendu central : le plaisir n’est pas une carotte
Quand quelqu’un me dit :
“Je me ferai plaisir quand j’aurai réussi”
ou encore
“Je me reposerai quand ça ira mieux”
Je n’entends pas de la motivation. J’entends une mise sous tension prolongée. Car scientifiquement, psychiquement, humainement, ça ne fonctionne pas comme ça.
Le corps ne se met pas en mouvement grâce à la récompense finale. Il avance grâce à l’anticipation d’une sensation juste.
On n’apprend pas à marcher pour gagner quelque chose. On marche parce que le mouvement lui-même contient déjà du plaisir, de la curiosité, de l’expansion.
Quand le plaisir est repoussé trop loin, il disparaît du radar.
Et à sa place, on trouve :
- de la discipline sèche
- de la volonté sous pression
- et beaucoup de fatigue déguisée en courage
Ce que la science et la philosophie disent (sans bullshit)
Du côté du cerveau, le moteur principal n’est pas la récompense, mais l’élan. La dopamine ne dit pas “bravo”. Elle dit : vas-y.
Du côté de la philosophie, c’est encore plus clair.
Pour Spinoza, la joie n’est pas un bonus moral. C’est le signe qu’on augmente sa puissance d’agir. Un indicateur de direction, pas une médaille.
Pour Épicure, le plaisir véritable n’est pas l’excès, mais l’absence de trouble. Quand quelque chose tombe juste à l’intérieur.
Et Aristote le disait déjà : on n’est pas heureux parce qu’on réussit, on réussit mieux quand ce qu’on fait est conforme à ce que l’on est.
Autrement dit : le plaisir accompagne l’acte juste. Il ne le valide pas après coup. Quand tu fais l’amour, tu prends pas ton pied après, mais pendant !
Pourquoi tant de vies s’éteignent doucement
Dans l’accompagnement, on retrouve toujours la même scène. Des personnes compétentes. Engagées. Responsables. Mais coupées de toute sensation pendant l’effort.
Elles ne vivent plus. Elles exécutent.
Le plaisir est devenu :
- conditionnel
- mérité
- suspect
Alors le corps freine. L’envie se planque. L’élan se tarit.
Et la honte arrive : “Je devrais être heureux.” “Je n’ai pas le droit de me plaindre.” “Il y a pire que moi.”
Non. Il n’y a pas pire ou mieux. Il y a juste un signal qu’on n’écoute plus.
Le vrai terrain du plaisir : le quotidien
Le plaisir dont on parle ici n’est pas intense. Il est discret.
Il est là quand :
- ce que tu fais ne te trahit pas
- tes actes sont cohérents avec tes valeurs
- tu ne te forces pas à devenir quelqu’un d’autre pour tenir
Il est dans :
- un repas simple mangé présent
- une phrase écrite juste
- un “non” posé sans violence
- un “oui” qui ne te coûte pas ton intégrité
Ce plaisir-là ne fait pas de bruit. Mais sans lui, tout devient lourd.
Et si le manque de plaisir n’était pas une faiblesse ?
C’est là que l’enquête devient intéressante. Le manque de plaisir n’est pas forcément une dépression. Ni un manque de gratitude. Ni un problème de motivation.
C’est souvent :
- une boussole déréglée
- un signal brouillé
- une fatigue à force de vivre à contre-sens
Et ça, ça ne se corrige pas avec des injonctions positives. Ni avec des recettes toutes faites. Ça se comprend. Ça s’explore. Ça s’enquête.
Pourquoi une enquête, et pas une méthode de plus
Parce que tu n’as pas besoin qu’on te dise comment vivre. Tu as besoin de comprendre où tu t’es éloigné de toi.
Une enquête sur le plaisir, ce n’est pas chercher à aller mieux à tout prix. C’est remettre de la clarté. Observer ce qui nourrit. Identifier ce qui éteint.
Sans pression. Sans promesse magique. Sans te forcer à changer toute ta vie.
Juste retrouver ce fil discret qui, depuis toujours, te dit :
par là, c’est vivant.
Le plaisir n’est pas une récompense.
C’est un signal.
Un guide.
Un compagnon de route.
Quand il disparaît, ce n’est pas que tu es cassé.
C’est que tu t’es peut-être éloigné de quelque chose d’essentiel.
Et ça, bonne nouvelle :
ça se retrouve.


