Pourquoi « vouloir » ne suffit plus
Et comment s’en sortir
C’est une petite phrase qui déboule sur ton écran, entre deux notifications et un mail urgent. Elle a l’air inoffensive, presque lumineuse : « La pause est finie, le moment est là : bougez, créez, avancez ! ».
Sur le papier, c’est de la bienveillance pure. Mais dans ton salon, alors que tu tiens ton café comme une bouée de sauvetage, elle a le goût du plomb.
Le problème, ce n’est pas le message.
C’est le décalage entre cette injonction au mouvement et l’état réel de tes batteries. Pour beaucoup d’entre nous, ce genre de discours agit comme un poison lent.
On finit par faire semblant sur les réseaux, on poste des messages pour dire qu’on « y arrive », et le lendemain, on se réveille plus vide qu’avant, écrasé par la honte de ne pas être à la hauteur de cette version idéale de soi-même.
Le marteau de la performance et l’enclume de la plainte
Nous sommes coincés dans une enquête identitaire où les indices sont faussées. D’un côté, il y a le marteau : ces injonctions à être l’acteur permanent de sa vie. C’est ce qu’on appelle la positivisme toxique. Elle te dit que si tu ne bouges pas, c’est que tu manques de volonté.
Spinoza l’avait déjà pressenti : l’esprit qui ne se contrôle pas voit des dangers partout et finit par vivre dans une peur absolue.
De l’autre côté, il y a l’enclume : une forme de déculpabilisation qui fige On te dit que « ce n’est pas de ta faute », que c’est le système, le passé, les autres. C’est une main tendue, certes, mais c’est une main qui te maintient dans le canapé.
Entre l’ordre de courir et l’autorisation de rester à terre, on finit par être paralysé. On sait intellectuellement qu’on peut évoluer — 82% d’entre nous y croient — mais on ne sent plus comment faire.
Pourquoi l’aide « pour tous » n’aide personne
Le développement personnel « prêt-à-porter » oublie un détail crucial : le personnel.
Vouloir soigner tout le monde avec le même mantra, c’est comme donner la même ordonnance à un asthmatique et à quelqu’un qui a une jambe cassée.
Dans mon travail d’enquêteur, je vois des profils qui n’ont rien à voir entre eux.
Prenons Eric (prénom modifié), qui gérait tout à l’adrénaline, cochant les cases d’une réussite qu’il ne supportait plus.
Ou Sophie (prénom modifié), qui a grandi dans le silence et qui, aujourd’hui, s’étouffe de ne jamais avoir osé dire « non ».
Si je leur dis à tous les deux de « bouger maintenant », j’aggrave leur cas. Eric a besoin d’apprendre à ne rien faire sans culpabiliser. Sophie a besoin de retrouver sa voix avant de pouvoir faire un pas.
On n’aide pas « les gens », on aide UNE personne à la fois, on enquête sur une trajectoire unique.
Retrouver la paix dans le bruit de la banalité
Alors, on fait quoi ?
On arrête de chercher la méthode miracle ou la révélation divine au détour d’un post Instagram.
La transformation ne commence pas par une claque, mais par un soupir de soulagement.
Voici quelques indices pour réorienter ton enquête :
- Identifie le « mensonge intérieur » : demande-toi combien de fois par jour tu dis « oui » alors que tout ton corps crie « non ».
- Démystifie l’urgence : ce que tu traverses n’est pas une crise ponctuelle, c’est souvent un pattern installé qui demande du temps, pas de la vitesse.
- Pratique la « loyauté envers soi » : comme cette cliente qui a enfin compris que la loyauté ne devait pas être un sacrifice de sa santé mentale.
- Écoute tes obsessions : tes angoisses ne sont pas des erreurs de système, ce sont des messages qui attendent d’être entendus pour disparaître.
L’objectif ultime, ce n’est pas d’atteindre un sommet de performance, c’est de retrouver du plaisir dans la banalité du quotidien.
La vie est faite de répétitions. La force, c’est d’être capable de savourer un café, un silence ou une marche sans se demander si cela « compte » pour ta réussite.
Sortir de l’état chronique de blocage demande de la lucidité, pas de la force brute.
C’est en arrêtant de vouloir « bien faire » selon les critères des autres qu’on commence enfin à vivre pour de vrai. Bienvenue dans l’enquête.


