Amour vrai : ma définition après 3 belles histoires vécues

J’ai fini dans le caniveau par amour. J’ai aussi connu la douceur, et un amour qui dure depuis vingt ans. Trois histoires, trois façons d’aimer. Aucune ne ressemblait aux autres, et pourtant chaque fois c’était l’amour. Voici ce qu’elles m’ont appris sur l’amour vrai.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 400 mots
Pièce
37 · 263 pièces publiées à ce jour
wil portrait 90
wil portrait 90© Watson

01Amour vrai : ce que j’ai appris de mes histoires

En bref : l’amour vrai n’a pas de définition universelle, claire et mesurable. Mais s’il fallait en poser une, la voici : l’amour vrai, c’est le sentiment qui contribue à ton équilibre et à ta sérénité, celui qui te sert de socle pour te construire — en tant qu’individu et en tant que couple — et qui te donne envie, chaque jour, d’en passer un de plus ensemble.

Cela te semble sans doute un peu fade face à tout ce qui peut s’écrire sur l’amour. Seulement, l’amour, il y a celui qui s’écrit pour faire rêver, vibrer, tuer l’ennui, et celui qui se vit. Personnellement, j’ai eu la chance de vivre deux très belles histoires, et d’en vivre une autre qui respire encore.

02Existe-t-il une définition de l’amour vrai ?

Existe-t-il une définition de l’amour vrai ? Une définition unique, universelle ? J’aimerais bien. Ce serait plus simple, en fait. Je pourrais vérifier, cocher, comparer. Mais non. Cette définition claire, nette et précise n’existe pas.

J’ai vécu des amours très différents les uns des autres, et pourtant, à chaque fois, j’ai vécu l’amour, avec un grand A. L’amour, c’est un sentiment. Techniquement, ça veut dire que c’est un mélange complexe d’émotions, avec en prime le mental qui s’en mêle.

Ajoutons une chose qui va rendre le truc encore plus compliqué, sinon ce ne serait pas drôle : nous évoluons, nous grandissons, nous portons en nous la trace des histoires passées. Ce qu’on appelle « amour » à vingt ans n’a pas le même goût à cinquante. Alors poser une définition universelle de l’amour vrai, c’est tendu.

Ce que je peux faire, en revanche, c’est te raconter. Trois histoires. Trois façons d’aimer. Et ce qu’elles m’ont appris sur la différence entre l’amour qui brûle et l’amour qui construit.

03Ma première vraie histoire d’amour : la découverte

Je devais avoir une vingtaine d’années, tout au plus. J’étais installateur de systèmes de sécurité, et j’ai été amené à intervenir dans une usine qui traitait les métaux précieux, en banlieue parisienne.

Arrivé sur les lieux, ça puait la fumée, les murs du laboratoire étaient noircis. Mon collègue et moi devions remettre le système anti-incendie en état de marche. Et là, j’ai croisé son regard. Il y a eu un truc. Cette histoire allait durer cinq ans. Cinq belles années.

J’ai beaucoup appris auprès de cette jeune femme, et pas seulement sur l’amour. La famille, le boulot, le sexe. Je dois bien avouer que j’avais vécu dans les jupons de ma mère jusque-là, bien malgré moi, et j’étais brut de décoffrage, comme on disait encore à l’époque.

J’ai aussi découvert qui j’étais, en dehors du regard de cette mère qui était la mienne. J’ai découvert mon côté fleur bleue, romantique, cette envie d’avoir des attentions pour l’être aimé — même si je n’ai pas toujours osé les concrétiser. J’ai découvert la douceur, les élans, l’érotisme, et un peu plus encore. Mais chut.

Cette première histoire posait déjà, sans que je le sache, le modèle de ce que je finirais par appeler l’amour vrai : quelque chose de doux, qui laisse grandir.

04Ma deuxième histoire : la passion qui brûle (et qui coûte cher)

Là, on change de registre. C’est d’abord une histoire interdite. Une femme mariée, maman, malheureuse, livrée à elle-même dans un mariage bien triste, avec un mari absent. Nous nous sommes connus au boulot, et très vite, nous avons accroché. Un sourire à tomber par terre, des jambes qui n’en finissaient pas, un humour cinglant, une insolence folle — et aucune stabilité émotionnelle.

Elle était magnétique, envoûtante, hypnotique. Elle avait ce don de ne laisser aucun homme indifférent. Et c’est peu dire. Et puis, nous aimions tous les deux Goldman. Nous adorions décortiquer ses textes, en parler pendant des heures.

Son mari n’était jamais là le soir. Alors, pour tuer sa solitude, on se retrouvait en petit comité de trois ou quatre personnes chez elle, pour papoter entre collègues, fumer des pétards, refaire le monde. Pour moi, il y avait là une liberté nouvelle. Je venais d’emménager seul pour la première fois de ma vie, à vingt-sept ans. J’avais envie de croquer cette vie : un boulot, mon appartement, enfin sorti du giron de ma mère.

Dans cette histoire, j’ai fait n’importe quoi. Je n’écoutais que mes émotions, mon cœur. Je me suis fâché avec mon meilleur pote d’alors. Je me suis brûlé les ailes. Je le savais, mais je voulais la vivre, cette histoire.

C’était passionné, fusionnel, d’une intensité ébouriffante. Grisant. Je ne vivais plus que pour elle, par elle. Une folie furieuse. Ses yeux sur moi me faisaient vibrer, le contact de sa peau me faisait quitter la terre. Je n’ai plus jamais connu une telle intensité. Et c’est tant mieux, parce que là, je n’avais plus la place de vivre autre chose qu’elle.

J’ai perdu mon appartement, mon boulot, et je suis rentré chez mes parents. J’ai fini dans le caniveau. J’avais vécu des moments d’une intensité hors norme, le genre de truc qu’on ne vit qu’une fois dans une vie — quand on a la chance de pouvoir le vivre. Je l’ai vécu. Mais ça coûte cher. Très cher. Trop cher.

Avec le recul, je sais aujourd’hui que cette intensité-là n’était pas une preuve d’amour. C’était souvent une preuve d’angoisse, un besoin vital de l’autre que je prenais pour de la passion. La force d’un manque n’est pas la force d’un lien.

05Ma troisième histoire d’amour : celle qui dure

C’est celle qui dure depuis plus de vingt ans, désormais. Celle qui m’a donné ma fille. Elle ressemble à la première : une femme posée, stable, solide. Déterminée, elle ne lâche rien.

Elle n’est pas expansive sur ses sentiments, mais elle est là. Avec elle, j’ai découvert la vie de couple au quotidien. Ses bons côtés, mais aussi ses aspects chiants. Les coups de gueule, les violences verbales de part et d’autre, et malgré tout l’envie d’être ensemble, l’envie de se comprendre, l’envie de s’aider l’un l’autre quand ça flanche.

Alors oui, on se prend la tête, souvent — selon notre fille. Pour nous, c’est juste la vie. Il y a des éclats de voix, oui. Mais il y a aussi beaucoup de soirs où l’on est là, tous les deux, sur notre canapé, et la présence suffit. Elle rassure, elle fait du bien. Pas besoin de parler, de refaire le monde. En même temps, passé cinquante balais tous les deux, le monde, on ne se fait plus trop d’illusions.

On trace notre route. On se fait confiance. On sait qu’on a envie de vieillir ensemble, d’aller aussi loin que possible. On s’est beaucoup aidés l’un l’autre, pour que chacun tire le meilleur de lui-même.

C’est là, dans ces soirs banals sans spectateur, que se joue vraiment un couple — bien plus que dans les grandes déclarations. Si tu veux creuser cette différence entre le besoin de l’autre et le choix de l’autre, j’en parle aussi dans mon article sur l’attachement anxieux.

06Ma définition de l’amour vrai

Les livres, les films, les récits sur les réseaux nous laissent croire que l’amour vrai, c’est forcément intense : la douleur intolérable de l’absence, la furie émotionnelle qui s’empare de nous au contact de la peau de l’autre. Ces récits sont très beaux, je dois l’avouer.

Mais pour avoir vécu quelque chose de similaire, je peux te dire ce qu’on ne raconte jamais : c’était éreintant, épuisant, invivable, pour dire vrai.

Je préfère largement cet amour tout en douceur, celui qui prend son temps, qui serre parfois le ventre et fait battre le cœur un peu plus vite, mais qui sait rester doux. Celui qui nous sert de socle pour se construire, en tant qu’individu comme en tant que couple.

Je crois que chacun doit pouvoir trouver dans le couple de quoi avancer, individuellement. Un couple ne peut exister que si chacun existe aussi pleinement qu’il le souhaite. L’autre ne comble pas tes vides : il t’offre le temps et le soutien pour que tu le fasses, toi.

Et tout ceci n’est que ma propre définition. Chacun aura la sienne. Mais j’ai envie de croire que, de façon universelle, l’amour contribue à notre équilibre, à notre sérénité, à notre envie de passer ensemble chaque jour un jour de plus. En fait, tant qu’on est bien ensemble, les définitions, on s’en tape royalement.

Gardons le contact.

Suivre Watson sur Substack et recevoir des contenus exclusifs par mail

Continuer la lecture

D’autres pièces à explorer, par thème ou par date.

Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

Ajouter Watson à mes sources préférées
Le Test de Watson