Quand la colère déborde, on fait quoi ?

J’ai longtemps vécu avec la colère chevillée au corps : cassant, montant dans les tours pour un rien. Je croyais que c’était mon caractère. C’était l’enfant que j’étais qui parlait encore. La colère a trois visages : voici comment je les reconnais, et comment j’ai retrouvé du plaisir au quotidien.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 459 mots
Pièce
N° 179 · 264 pièces publiées à ce jour
La colère
La colère© Watson

01Et ta colère, t’en fais quoi ?

Une des émotions qui est assez mal venue, c’est bien la colère. Elle peut tout ravager sur son passage. Elle peut nous faire dire des choses terribles, avoir des actes désastreux. Elle peut nous prendre, nous dévaster de l’intérieur.

Et parfois, elle nous habite, sans que nous le sachions. Une colère rampante, cachée au fond, et qui explose par moments, avant de regagner sa grotte, pour ne pas être vue.

La colère peut être une étincelle qui va nous mettre en mouvement. Mais elle peut aussi être un carburant néfaste à la vie.

J’ai longtemps avancé avec la colère chevillée au corps, sans m’en rendre compte. J’étais cassant, je ne supportais pas la contradiction, je montais très vite dans les tours, je pouvais avoir des mots durs, très durs.

J’ai longtemps cru que c’était mon caractère, ma façon d’être. Une forme d’ADN. En fait, non. Je ne sais pas s’il y a eu un déclic, mais les choses ont changé avec le temps. J’ai toujours un côté un peu sanguin, c’est vrai.

Pourtant, j’ai trouvé de la paix. Paradoxalement, je me suis mis en colère contre moi. J’en ai eu assez d’entendre toujours la même chose à mon propos.

On me renvoyait que je disais des choses justes, mais de façon trop abrupte, brutale, sans aucun gant, sans modération. Je ne trouvais jamais de circonstances atténuantes aux autres, quand je m’en trouvais toujours.

Et puis, je voyais bien les problèmes, mais jamais vraiment les solutions. Je butais toujours sur les problèmes, j’en faisais des montagnes. Ça m’arrive encore pour être honnête.

La colère, ce qui est délicat avec elle, c’est qu’elle peut être saine, légitime, utile, comme elle peut être tout l’opposé. Dévastatrice, injustifiée, inutile. Alors, on fait la différence comment ?

02Distinguer la colère

On vient de t’insulter. On vient de te manquer de respect. On vient de te mentir. On vient de mettre ta vie en danger.

Là, ta colère est justifiée. Elle est légitime. Attention, ça ne veut pas dire que tu as le droit de tout saccager. Non.

Mais tu as le droit de dire que là, c’est aller trop loin, qu’une limite vient d’être franchie. Et que ça ne doit plus arriver à l’avenir. Cette colère-là, si tu sais un tant soit peu la maitriser pour l’exprimer, elle a tout à fait sa place dans ta vie.

L’autre face. Tu vois ou entends quelque chose qui te gêne, et là, tu sors de tes gonds. Tu exploses. Peut-être que ce que tu as vu ou entendu était une forme d’injustice. Pourtant, la façon dont tu réagis est totalement disproportionnée. Hors de propos.

Cette colère-là, c’est un problème. Et pourtant, sans que tu le saches, tu as besoin de l’exprimer. Mais l’objet de cette réaction n’est pas ce que tu crois être.

C’est souvent un simple déclencheur. Un évènement qui fait écho à quelque chose qui s’est déroulé dans ton parcours de vie, parle passé. Quelque chose que tu n’as pas acté, pas digéré.

Et le problème avec cette colère-là, c’est qu’elle t’empêche de prendre vraiment du plaisir dans ton quotidien. Parce que les bons petits moments, tu les gâches en te foutant en rogne pour un oui, un non, pour un truc qui n’en vaut pas le coup.

Et à force, ça use. Le soir, tu te couches avec un goût amer. Et le matin, c’est pas vraiment mieux.

Dans mon cas, ce qui me bouffait, me mettait en rogne ? L’absence de respect de ma mère envers l’enfant que j’étais alors. Note les mots, ils sont importants pour remettre les choses à la bonne place.

03Entretenir la colère malgré soi

Par le passé, j’aurais écrit « le manque de respect de ma mère envers moi ». Ça semble juste. Mais en fait non. Quand j’écris « envers moi », je pose cela au présent. Alors que c’est du passé.

Mais, quand j’écris « L’absence de respect de ma mère envers l’enfant que j’étais alors », je cadre les événements là où ils se sont déroulés, dans le passé. Ce n’est plus là, ce n’est plus au présent. C’est terminé.

Cette tournure peut aider à mettre fin à la colère. Écrire au bon temps aide l’esprit à comprendre que tout ça, c’est du passé, c’est un bon point de départ, parce que c’est libérateur.

L’autre fait continuer l’action, elle l’ancre dans le présent. Elle fait mal. Elle entretient la colère, la douleur, le mal.

Et, cette colère, elle va s’exprimer partout où elle va trouver une faille, une opportunité, une douleur aussi minime soit-elle.

Dans mon cas, me contredire, je croyais donc que c’était un manque de respect à mon égard. Je croyais qu’on me cherchait, qu’on me voulait des noises. Je prenais la contradiction pour une attaque personnelle. Je voyais mal.

C’est quand j’ai commencé à remettre les évènements à leur juste place que j’ai pu trouver un peu d’espace, non plus pour vivre avec les douleurs du passé que je ramenais dans mon présent, mais en étant là, maintenant.

04Quand on garde sa colère pour soi

Alors, quand on exprime sa colère un peu partout, c’est pas génial. Pourtant, l’exprimer à un côté sain. On ne la garde pas en soi. Car la colère renfrognée, c’est un truc toxique. Cette émotion a grand besoin de s’exprimer.

Et si tu ne le fais pas, il se passe quoi ? Ça c’est la troisième face. La face invisible, celle qu’on ne voit jamais venir et qui te plombe. Celle-là, elle est sournoise.

Parce que tu peux te foutre en pétard pour un rien, et en même temps, te gangrener de l’intérieur. L’une n’exclut pas l’autre.

J’ai lu dans un bouquin que la colère non exprimée, elle te ronge, elle te bouffe, elle se retourne contre toi. En fait, c’est surtout le fait que tu ressasses les évènements, que tu bloques dessus qui fait mal et t’entraine vers le fond.

Tu rejoues le truc, commences à te juger, sans complaisance, à t’en vouloir, de tout, de rien, à durcir le trait, à te faire du mal. Et quand t’en es là, ça peut vite vriller.

D’ailleurs, si tu en es là, je te conseille vivement de prendre contact avec un thérapeute. Ce n’est pas qu’une question de gestion de ton émotion, y’a quelque chose qui te bouffe de l’intérieur. Et savoir ce que c’est pour adopter le bon comportement face à cela, c’est plus le job d’un thérapeute.

05Gérer sa colère, c’est possible ?

Qu’on le veuille où non, il y aura toujours des gens en face de toi pour franchir tes limites. Et parfois, la colère est tellement débordante qu’il n’est pas facile d’y voir clair.

On ne contrôle pas les autres. Pour autant, ce n’est pas une raison pour sortir la hache et tailler dans le vif. Je vais le redire, tu as le droit de te faire respecter, mais ce n’est pas une excuse pour tout dézinguer.

Il y a aussi le moment où ça monte. Là, la meilleure des choses à faire, c’est souvent de s’isoler un moment, aller faire un tour, marcher, pour évacuer le surplus d’adrénaline, et ce, jusqu’à ce que ça redescende.

Parfois, en moins de cinq minutes, ça passe, parfois, il te faudra un peu plus de temps. Pas grave. N’agis pas sous le coup de la colère, c’est très rarement une bonne chose.

Ensuite, la colère qui vient du passé. Là, plutôt que de t’en prendre à l’un et à l’autre au hasard de tes coups de sang, si tu te posais pour écrire.

Commence par l’évènement déclencheur. Que s’est-il passé ? Rien que les faits. Puis, comment tu as réagi, sans adoucir, sans justifier, sans expliquer. Et enfin, pour quelles raisons ? Là, tu peux commencer à fouiller dans ton parcours, remonter le fil.

Tu découvriras peut-être la cause, l’origine du mal. Ça ne va pas te donner le mode d’emploi pour réagir autrement, mais tu auras fait un premier pas. Et ce n’est pas rien. Je l’écris souvent : comprendre ne suffit pas, mais ça peut aider à se mettre en mouvement, à chercher de nouveaux comportements plus adaptés.

Le pas suivant, toujours par écrit. Que cherches-tu à protéger en te mettant en colère ? Et ensuite, lors de cette colère, selon, toi, que se passe-t-il avec la ou les personnes cibles de ton pétage de plombs ? Comment cela affecte la relation ? Que pourrais-tu faire autrement ?

Oui, j’ai conscience que cela fait un petit paquet de questions à se poser et de réponses à apporter. Je crois que le jeu en vaut la chandelle. Parce qu’une vie un peu plus pacifiée, c’est de l’espace en toi pour retrouver plus de plaisir dans ton quotidien.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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