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Enquête sur un hold-up mental

Depuis 15 ans, nos écrans ont commis le crime parfait : le vol de notre plaisir dans la banalité. Ce qui était une connexion innocente est devenu un théâtre de performances épuisant pour Claire, notre persona bloquée. Watson enquête sur cette dissociation chronique et te tend la main pour déserter le virtuel et retrouver enfin la souveraineté du réel.

15 ans de réseaux, 0 coupable (et beaucoup de victimes)

On est en 2010. Tu viens de t’inscrire sur ce nouveau truc, Instagram. Tu postes une photo floue de ton café, avec un filtre moche qui rend tout orange. Tu t’en fous, c’est rigolo. Tu te sens « connecté ».

Quinze ans plus tard, tu es dans ton lit à 23h30, le visage éclairé par la lumière bleue de ton smartphone, à scroller des vidéos de 15 secondes qui t’expliquent comment « manifester l’abondance » alors que tu te sens vide comme une coquille d’huître après le réveillon.

Que s’est-il passé ?

Comment est-on passé du partage naïf à cette surveillance généralisée de nos propres vies ? J’ai sorti la loupe et le carnet de notes. On va remonter la piste de ce crime parfait : le vol de notre plaisir dans la banalité.

L’époque des faits

2010 – 2014, le crime d’innocence

Au début de la décennie, les réseaux sociaux ressemblaient à une kermesse de village. C’était l’ère de la spontanéité non filtrée. On ne « gérait » pas son image, on jetait des bouteilles à la mer numérique pour dire qu’on existait.

L’enquête montre qu’à cette époque, le mobile était la connexion. On a gagné la suppression des distances. On a retrouvé des cousins perdus de vue et des anciens collègues. Mais l’indice qui nous a échappé, c’est la perte de l’absence. On a commencé à troquer notre droit à l’oubli et au mystère contre une traçabilité permanente.

Comme je le dis souvent, on a commencé à croire que plus on avait « d’amis » (ceux à qui on ne prêterait même pas nos clés d’appart), plus on avait de valeur. C’était le premier mensonge. On a ouvert la porte au loup en croyant qu’il venait juste pour le café.

L’escalade

2015 – 2020, la dictature de la mise en scène

C’est là que le piège se referme. Le réseau social n’est plus un outil de liaison, c’est devenu un théâtre. On a arrêté de vivre des moments pour commencer à les performer.

L’enquête révèle l’apparition massive du « Pseudo-narcissisme ». On ne s’aime plus soi-même, on aime le regard des autres sur une version polie et retouchée de notre existence.

On a gagné une maîtrise hollywoodienne de notre image. On sait tous qu’un angle de 45° et le bon filtre sauvent n’importe quel lundi matin morose.

Mais qu’est-ce qu’on a perdu ? La réalité. On est devenus les spectateurs de notre propre vie, trop occupés à réfléchir au potentiel « instagrammable » d’un coucher de soleil pour simplement sentir le vent sur notre visage.

C’est l’ère où le « like » est devenu l’unité de mesure de notre estime de soi. Une monnaie de singe qui nous a tous rendus un peu plus pauvres à l’intérieur.

Le constat actuel

2021 – 2024, l’industrie du « vrai »

Nous y sommes. On sature. On sent bien que tout est faux, alors les plateformes ont inventé le dernier cri de la manipulation : l’authenticité industrielle.

On vous vend du « sans filtre », du « brut », du « naturel », mais c’est une nouvelle forme de mise en scène encore plus vicieuse. C’est du contrôle avec des hashtags. L’enquête est formelle : on est dans un état de dissociation chronique.

On regarde des vidéos de 15 secondes pour apprendre à méditer ou à gérer son anxiété, ce qui revient à essayer d’éteindre un incendie avec un pistolet à eau rempli d’essence.

On a gagné la libération de la parole sur la santé mentale, ce qui est une bonne chose, mais on a perdu la pudeur et la concentration. Notre attention est devenue un gisement de pétrole que les algorithmes forent jusqu’à l’épuisement. Pour une personne qui se sent déjà « bloquée » ou « hésitante », c’est le coup de grâce.

Elle compare son intérieur—ses doutes, sa fatigue, sa colère enterrée—avec l’extérieur lisse et « authentique-mais-parfait » des autres. Résultat ? Un sentiment d’inutilité qui s’installe comme un brouillard.

Perspective 2025 – 2030

Vers une réalité synthétique

Accroche-toi, l’enquête nous emmène vers un futur proche qui ressemble à un épisode de Black Mirror.

D’ici 2030, l’Intelligence Artificielle aura fini de brouiller les pistes. On ne se contentera plus de filtres, on utilisera des versions de nous-mêmes « IA-optimisées » pour interagir.

On va gagner un divertissement infini et personnalisé, mais on va perdre la capacité à faire confiance à ce qu’on voit.

Le doute deviendra la norme. Finalement, ce sera peut être là notre salut, on an aura fini de croire ce qui est à l’écran, on sera plus enclins à vérifier.

Le risque majeur, c’est une stratification sociale par l’attention. D’un côté, ceux qui seront totalement absorbés par des algorithmes prédictifs, vivant dans une anxiété permanente. De l’autre, une classe qui paiera pour le luxe du silence et de la déconnexion.

Le « off » sera le nouveau signe extérieur de richesse.

Comment sortir du labyrinthe ?

Toi qui ressens cette « fatigue de faire semblant », toi qui est bloqué ou hésitants, les réseaux sociaux pour toi, c’est un sable mouvant.

Tu y cherches des réponses (« 7 conseils pour être heureuse »), mais tu n’y trouves que des concepts. Or, comme le disent les dossiers de mes clients, on ne guérit pas du désespoir avec des concepts.

Voici des éléments activables immédiatement pour ton enquête personnelle :

  1. Le test du miroir numérique : La prochaine fois que tu scrolles, demande-toi : « Est-ce que je suis en train de me connecter à quelqu’un ou est-ce que je fuis mon propre vide ? ». Si c’est la fuite, pose le téléphone. Respire. Même si c’est inconfortable.
  2. Redécouvre le « moche » et le banal : Force-toi à vivre un moment agréable sans le prendre en photo. Un café, une marche, un rire. Garde-le pour toi. C’est ton jardin secret, pas un produit d’exposition.
  3. L’audit de tes « influenceurs » : Désabonne-toi de tous ceux qui te font te sentir « moins que rien » ou qui te vendent une perfection inaccessible. Ne garde que ceux qui te tendent la main, pas ceux qui te montrent leur réussite.

Retrouver le plaisir dans la banalité

L’enquête touche à sa fin, mais ton travail commence. On nous a fait croire que pour être heureux, il fallait une vie extraordinaire, digne d’un feed Instagram. C’est le plus grand hold-up de l’histoire moderne.

La vérité, celle que j’ai apprise après deux infarctus et des années à accompagner des gens comme Pierre ou Mathilde, c’est que la vie est banale. Et c’est tant mieux. Le vrai luxe, la vraie liberté, c’est de retrouver du plaisir dans la banalité du quotidien.

Ne cherche plus l’étincelle numérique. Cherche la chaleur du réel, ici et maintenant, dans ce que tu as déjà. C’est là que se cache ta souveraineté. L’enquête sur toi-même ne se fait pas sur un écran, elle se fait dans le silence de tes propres choix.

Reviens au réel. C’est le seul endroit où l’on respire vraiment.

Les informations publiées sur WhyIsLife.fr ne se substituent en aucun cas à la relation entre le patient et son psychologue ou tout autre professionnel de la santé mentale. WhyisLife.fr ne fait l’apologie d’aucun traitement spécifique, produit commercial ou service. Cet article ne remplace en aucun cas un avis professionnel.