La tristesse, être triste, c’est aussi vivre

Berlioz est parti au retour des vacances. La tristesse nous est tombée dessus, comme le jour où j’ai enfin pleuré mon père, vingt ans après. La tristesse ne se fuit pas : elle se traverse. Pleurer, parler, écrire… et retrouver, peu à peu, le goût de la vie, de l’envie et de la légèreté.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
5 min · 1 149 mots
Pièce
N° 5 · 264 pièces publiées à ce jour
wil portrait 145
wil portrait 145© Watson

01La tristesse qui te tombe dessus

Berlioz, la tristesse d’un départ

Il y a peu de temps, nous venions de rentrer de vacances. En général, les deux venaient dans nos pattes. D’abord Berlioz, puis Nyla. Berlioz est le premier chat arrivé à la maison. Nous avons ensuite adopté Nyla, pour lui tenir compagnie.

Mais ce jour-là, aucun des deux n’est venu. Nyla était à l’étage. Aucune trace de Berlioz. Nous l’avons cherché. Et trouvé. Il agonisait, caché derrière une chaise, sous un bureau. Il était dans un sale état.

Et malgré l’intervention du vétérinaire, Berlioz est parti dans les vingt-quatre heures. Nous avons pris un coup sur la tête.

Berlioz, c’était le matou qui venait sur mes genoux, le soir, devant la télé, qui râlait si je ne le caressais pas assez. C’était le pépère qui cavalait dans l’escalier le soir, et qui m’attendait devant la porte de la chambre pour aller se coucher à mes côtés.

Traverser la tristesse, peu à peu

Ma femme et moi travaillons depuis la maison. Et Berlioz faisait partie de nos repères quotidiens. Mais comme tout s’était installé dans le flux de la vie, nous n’en avions pas conscience.

Nous l’avons compris. Quand il est parti. Nous aimions ce matou. Et la tristesse est venue nous frapper.

Nous avions cette habitude de le voir avec Nyla, un duo. Et puis, maintenant, il ne reste qu’elle. Nyla. Sans Berlioz. Ce fut une drôle de sensation. Nous nous y sommes habitués. Il le fallait.

Nous avons traversé cette tristesse. Chacun avec ses mots, ou ses silences. Ce fut une semaine étrange. Bouleversante. Douloureuse. Et le manque nous a accompagnés durant des jours.

Puis, peu à peu, nous avons repris le fil de notre vie. Sans lui. Il reste là, avec nous, dans nos souvenirs, les photos, les petites vidéos. Il reste les souvenirs, la douleur qui s’estompe. Il a pris sa place dans nos mémoires. On ne veut pas l’oublier.

Ça a gâché notre retour à la maison, bousillé nos plaisirs simples durant des jours entiers. Mais c’était un membre de notre petite tribu.

Nous aurions pu fuir la tristesse. Nous aurions pu fuir la douleur. Nous réfugier dans je ne sais quoi, je ne sais comment. Après tout, chacun gère la tristesse comme bon lui semble.

Je viens de te parler d’une tristesse qui te chope, sans prévenir, qui te tombe dessus, et qui te fait mal.

02La tristesse qui remonte du passé

Celle qui était rangée au fond du tiroir

Et puis, y’a celle qui revient de loin. Celle que tu as rangée au fond du tiroir, parce que c’était pas le moment, parce que t’avais pas la place, pas la force. Peu importe. À ce moment-là, cette tristesse, tu ne pouvais ou ne voulais pas la vivre.

Y’a eu un été où, sans que je ne sache vraiment pourquoi, j’ai pris en pleine tête la douleur du décès de mon père. Il est décédé en 1999. Ça commence à dater.

À cette époque, pour diverses raisons, je ne me suis pas donné le droit de le pleurer. Alors, j’ai tout mis au fond du placard, et très vite, je suis passé à la suite de mon existence.

Ma vie était un foutoir sans nom à cette époque. Et je n’avais ni la force, ni l’envie de m’arrêter et de pleurer. Je me suis fait violence, j’ai avancé. Mal avancé, mais avancé.

Le jour où la tristesse ressort

Et puis, c’est remonté. Une discussion avec ma femme, alors que j’étais dans un moment délicat. Elle n’a pas parlé de mon père, mais de mon papa. Un simple mot. Elle est habile ma femme quand elle veut.

Et je me suis effondré. J’ai fondu en larmes pendant près de deux heures. Impossible de m’arrêter. En même temps, il fallait que ça sorte. Alors, j’ai laissé sortir. Il était temps que j’évacue tout cela. Il était temps que je m’autorise à enfin pleurer mon père.

03La tristesse, une émotion qui balise le chemin

La tristesse n’est pas une faiblesse

La tristesse n’est pas une faiblesse. C’est une expérience humaine. Ce n’est pas être fragile. C’est une émotion qui te pousse à te poser. À te mettre un pas en retrait, ou deux, à ralentir, le temps de s’habituer à cette nouvelle façon de vivre.

Les mille raisons de la tristesse

Alors, parler de la tristesse sur la perte d’un être cher, c’est évident. Mais la tristesse nous touche en bien des occasions.

Un projet auquel tu étais attaché et qui échoue ou se termine, car il touche à sa fin. Un poste que tu convoitais et qui t’échappe. Un film ou un livre qui te touche.

Un échec aussi peut faire mal. Une mauvaise nouvelle, comme une maladie sérieuse. Une rupture amoureuse, même si on la souhaitait, ça peut faire mal aussi.

Les raisons d’être tristes sont légion. Nous pouvons parfois y être préparés, parfois non. Mais même préparé, ça fait toujours mal.

04Être triste, c’est pas le pied

Pourquoi ça fait mal

La tristesse fait mal. Et même parfois très mal. Alors, pour la rendre plus douce, je me suis toujours dit que si ça fait aussi mal, c’est pour une bonne raison.

Laquelle ? Que ce que je venais de perdre, ce qui s’arrêtait, c’était bien, c’était chouette. Ça valait le coup d’être vécu.

Quand on se dit ça, ça ne change pas la perte, la fin, mais ça rend la douleur un peu plus supportable, plus acceptable.

Je n’ai pas peur d’être triste. J’ai surtout peur de ne pas ressentir. Parce que, même si ça fait mal, la tristesse me dit que je suis toujours en vie. Toujours là. Vivant.

Traverser la tristesse : pleurer, parler, écrire

Parfois, dans la tristesse, on n’a pas les mots. Mais nous avons les larmes. Elles viennent quand les mots ne suffisent pas, ne suffisent plus.

Et surtout, elles nous aident. À évacuer la douleur, à la traverser, à la vivre. Elles apaisent. Elles nous lavent à l’intérieur. Pleurer fait du bien.

Parler fait du bien. Quand tu trouves pas les mots alors que tu aimerais bien, tu peux t’ouvrir à quelqu’un qui va t’aider à les trouver, les poser.

Et même écrire fait du bien. J’ai écrit à mon père. Une longue lettre. Il y avait tellement de choses que je n’ai pas pu lui dire, pour diverses raisons. À la fin, je me suis senti soulagé, plus léger.

Les larmes, la parole, l’écriture, être accompagné, ce sont là nos outils pour ne pas rester dans la douleur, pour retrouver peu à peu le goût de la vie, de l’envie et de la légèreté.

Après le départ de Berlioz, nous avons mis quelques jours à retrouver le plaisir d’être ensemble. Il nous manque encore, nous pensons à lui. Mais nous avons retrouvé de la gaieté, du plaisir, de la légèreté. Parce que c’est la vie.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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