Quand la mélancolie s’en mêle

Tu poses ton café, un geste de travers, et tout est à refaire. Parfois, au lieu du rire ou de la colère, c’est la mélancolie qui monte : cette tristesse douce qui te love dans le passé quand le présent t’attend. Je te raconte la mienne, et comment en sortir pour retrouver le goût de l’instant.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
5 min · 1 263 mots
Pièce
N° 66 · 264 pièces publiées à ce jour
wil fevrier 07
wil fevrier 07© Watson

01Au fait, la mélancolie ?

Tu es là, tu poses avec ton café. Et puis, un geste maladroit, et voilà. Ta belle chemise est bonne à laver, y’en a partout sur le sol, sur la table. Et t’es bon pour t’en refaire un, après avoir tout nettoyé.

Et comment tu vas gérer ça ? Comment vas-tu réagir ? Quelle émotion va venir là, de suite ? Il peut y avoir le rire. Il peut y avoir la colère. Et il peut encore y avoir autre chose.

Et parfois, c’est ça qui arrive. Sans que tu ne saches vraiment pourquoi. Ça vient, et ça te prend.

02La mélancolie, ce sentiment à deux visages

Il existe un sentiment qui est double. Un état qui peut faire du bien, raviver d’anciennes émotions que l’on croyait enfouies, de vieux souvenirs chaleureux, qui vont nous faire du bien.

le carburant des artistes

Les artistes l’adorent. Elle nourrit leurs mélodies, leurs mots, leurs images. Elle les stimule, c’est un peu leur carburant, leur pierre philosophale. Elle transforme leur douleur en œuvre d’art.

Ça leur permet de plonger dans l’âme humaine, de la sonder, de la saisir, de s’en emparer pour la livrer au monde.

Le côté sombre

Mais il existe le côté sombre, l’autre face de la pièce, le revers de la médaille. Quand elle te serre les tripes, quand elle te fait ressasser, encore et encore. Quand les regrets deviennent tes meilleurs amis, quand elle te prend par la main pour ne plus te lâcher.

03une mélancolie, deux mondes

La mélancolie clinique, à ne pas prendre à la légère

En faisant quelques recherches pour préciser mon propos et lever un doute, j’ai découvert que la mélancolie, au sens psychiatrique, c’est un truc sévère. C’est une forme dure de dépression.

Donc, je me dois de te dire que si c’est le cas, un tour chez le thérapeute n’est pas un luxe. Et si ça serre vraiment fort depuis un moment, que des idées noires te collent à la peau, contacte le 3114.

La mélancolie, version vague à l’âme

Au sens populaire, c’est plus léger, presque romantique. C’est une tristesse douce, sans objet précis, une sorte de rêverie tournée vers le passé.

C’est un vague à l’âme, un spleen. C’est un état, une humeur, un sentiment qui peut durer. C’est de celle-ci qu’il est question ici.

04Quand vient la mélancolie

Elle arrive quand et comment, au fait ? Il vient de se passer quelque chose dans ta vie. Une rupture, un boulot qui rend fou, qui épuise, une situation familiale délicate. Tu te sens peut-être perdu, en quête de sens, sans but, coincé dans une routine qui ne te convient plus.

Et la voilà. Elle s’en vient, à pas de velours, tout en douceur. Elle n’est pas violente, pas brutale. Elle est douce, elle est presque réconfortante. C’est le bien-être de l’ombre. On se love dans le passé, pour se réconforter, se poser un instant, se faire du bien.

En soi, faire une pause quand tout va mal, ce n’est pas un problème. Ça peut faire du bien. Là où ça commence à devenir un poil dangereux, c’est quand tu y restes. Parce que ton passé est plus agréable que ton présent. Moins lourd à porter.

05Le petit message de la mélancolie

Seulement, voilà, la mélancolie porte son petit message. Lequel ? En général, quand on commence à se réfugier dans le passé, c’est que quelque chose déconne dans le présent, et qu’il serait bon d’en prendre conscience.

Ma mélancolie à moi, ce drôle de confort

Il m’est arrivé d’être mélancolique. C’est étrange d’ailleurs, puisque mon passé est d’abord un sacré paquet de douleurs.

Mais il avait un avantage. Je savais ce qui m’attendait. Je savais où j’allais. J’étais dans une prison et la prison, aussi pénible soit-elle, elle apporte un certain confort mental.

On n’a pas de question à se poser. On est sur des rails. On est posé. Et ça roule tout seul. On est totalement pris en charge.

Alors, il m’est arrivé de regretter ces moments, quand je n’étais pas prêt à être adulte, à me prendre en charge, à prendre ma vie en charge. Je ne savais pas comment faire, ni même si je serais capable de le faire.

J’avais la trouille, et me réfugier dans le passé était un réflexe, pour me protéger, pour fuir, pour ne pas assumer ce que je voulais : ma liberté.

06Laisser le passé en paix

À quoi bon faire remonter le passé plus que de raison ? Pour fuir ? Pour se protéger ? Pour regretter ce que l’on a perdu ?

Pour soupirer et souffrir de ce que l’on n’a pas eu, oubliant ce que nous avons ici, là, sous les yeux. Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais c’est déjà ça, c’est déjà là. Et rien ne dit que ce ne sera pas mieux dans quelque temps, si tant est que l’on s’en donne un peu les moyens.

Ma femme me dit souvent que l’on a le droit d’avoir un coup de mou, de se sentir moins bien. Ce n’est pas une raison pour plonger, pour en faire un drame. Pas une raison pour convoquer ses démons et danser avec eux des semaines durant.

La mélancolie ne doit pas durer des semaines

Tu peux avoir ton coup de pompe. Convoquer le passé quand il te réconforte. Quand un deuil frappe, peu importe le deuil, se remémorer les bonnes choses, ça fait du bien. Mais il faut savoir en sortir pour reprendre le fil de sa vie.

Quand je repartais dans mon passé, dans ce monde imaginaire où les choses se passaient mieux, c’était bien pour fuir quelque chose qui ici, dans le présent, ne se passait pas comme je le souhaitais.

Je me mettais en retrait. Et s’enfermer dans la mélancolie, c’est une douce façon de faire l’autruche, de ne pas vouloir regarder, de ne pas faire face, et de laisser les choses se faire d’elles-mêmes.

C’est la meilleure chose pour que rien ne se passe comme on aurait aimé. Si on veut que les choses aillent dans un sens plus souhaitable, alors, il n’y a pas de miracle. On doit être là, on se doit de faire face.

Je ne te dis pas que c’est facile, que c’est agréable. Tu peux ne pas te sentir de taille ou à la hauteur de la tâche. Et pourtant, il va bien falloir y aller. Parce que tant que l’on est dans le passé, à se souvenir des bons moments, on n’a aucune chance de retrouver un peu de plaisir dans le quotidien qui est là.

C’est con, mais le passé, ce n’est plus ton quotidien. C’est du passé. Et si ta pause café était plus agréable dans le passé, ça ne veut pas dire qu’elle ne le sera plus jamais dans le présent.

07Faire un pas

Il se passe quoi en ce moment dans ton présent ? Note-le sur le papier. Et puis, sans réfléchir plus avant, sans te juger, sans t’interdire tes émotions, écris ce qui vient, ce que tu ressens.

Ce n’est pas magique, mais ça peut aider à te vider un peu, ça peut soulager, faire du bien. Ça peut t’aider à prendre conscience de ce qui se passe en toi. Et si ça ne débloque pas, tu peux te poser, parler, t’ouvrir auprès d’une oreille attentive, comme celle de Watson.

Et puis, qui sait, la prochaine fois que tu renverseras ton café, tu en rigoleras. Parce qu’au fond, d’une, ça arrive à tout le monde, deux, ce n’est pas grave. Ennuyeux, oui, mais pas grave.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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