« Je suis un loser » : et si tu arrêtais de te le répéter ?

« Je suis un loser », « je suis nul », « bon à rien » : ces phrases qu’on se répète font bien plus de mal que de bien. Et si ton identité ne se jouait pas sur une ligne d’arrivée ? Un texte sans jargon, avec mon vécu, pour arrêter de te ratatiner et retrouver du plaisir à vivre, tout simplement.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 311 mots
Pièce
79 · 260 pièces publiées à ce jour
wil portrait 222
wil portrait 222© Watson

01« Je suis un loser », la petite phrase qui fait semblant de réconforter

En voilà une petite phrase qui fait du bien à l’oreille, pas vrai. Tout comme sa copine « je suis nul », se répéter « je suis un loser », ou encore « je suis un bon à rien », c’est le genre de gentillesse qui fait du bien le soir au coin du feu, qui réconforte, ça fait un bien fou.

C’est vrai, n’est-ce pas ? Quand tu te dis « je suis un loser », tu te sens bien, tu ouvres grand les épaules, tu bombes le torse, tu inspires profondément, tu sens la vie irriguer ton corps et une force dingue s’emparer de toi. Ouais.

On est combien comme ça sur terre ? Des centaines de millions, des milliards même. Pas besoin de faire un recensement. Regarde les réseaux sociaux. Des millions de vainqueurs, ou supposés comme tels, et des milliards de losers silencieux, planqués dans l’ombre.

Mais dans notre genre, nous sommes des gagnants nous aussi. Entretenir sa « lose-attitude », ce n’est pas donné à tout le monde. C’est un art. Un art que de prendre la moindre petite réussite et d’en faire un échec, d’en faire une défaite, de la ratatiner.

02Comment on apprend à se voir comme un bon à rien

Une petite voix qui commence tôt

Et ça peut commencer très tôt. Comme tous les vrais champions, plus tu commences tôt, meilleures sont tes chances d’arriver au sommet, enfin, ici, d’arriver au fond.

J’ai débuté, je devais avoir une dizaine d’années, tout au plus. Et un entraîneur hors du commun. Chaque jour, elle me répétait que je ne ferais jamais rien de ma vie, que j’étais un bon à rien. Le mantra qu’elle me répétait était puissant : « T’es né con, tu vivras con, tu crèveras con ». Elle me le répétait à l’envi, avec force.

J’ai eu de la chance d’avoir un tel coach, parce que dans cette course à la lose, vu le nombre infini de participants, un bon coach, c’est un atout. Je ne voulais pas être un simple loser, non, je visais le podium, le haut du panier. Et j’ai réussi, grâce à ma mère, ma coach, mon mentor.

Elle ne m’a jamais laissé un moment de répit, et j’ai appris à dénigrer mes succès, à en faire des ratés, à les croire insuffisants. Pour un bon loser, rien n’est jamais assez satisfaisant, rien n’est bon, rien n’est vraiment une victoire.

Je suis ironique ? Oui. Totalement, parce que ces mots-là, quand tu les prends dans la tronche, ça te laisse sonné sur le ring. Mais si tu tombes pas, si t’es encore là, à écrire ou à lire, c’est bien que tu es vivant. En soi, c’est déjà une victoire, pas vrai ?

03Pourquoi on s’accroche à l’étiquette de loser

Un terrain connu, même s’il fait mal

Mais voilà, quand tu gagnes, ce n’est pas ta faute, c’est un coup de chance, tu ne l’as pas fait exprès. Parce que, si tu commences à croire que tu as fait quelque chose de volontaire pour gagner, tu pourrais commencer à croire en toi.

Et si tu vas par là, ton identité de loser, elle devient quoi ? Il va se passer quoi ensuite ? T’en sais rien, et ça, c’est flippant. Parce que tu vas devoir faire face à l’inconnu. Voilà qui est inconfortable. Tant que tu restes un loser, tu es en terrain connu, c’est quand même mieux. Ou pas. Chacun ses choix.

Être loser, c’est aussi une protection. On ne peut rien attendre de toi que la défaite. Quand tu t’alignes sur la ligne de départ, tu sais que tu viens pour perdre. Pas de pression. En plus, dans une compétition, il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur. Pourquoi se battre ?

Disons que nous sommes une centaine au départ. J’ai quatre-vingt-dix-neuf chances de paumer. C’est rassurant, pas vrai ? Et autant de chances qu’on te dise « ce n’est pas grave, tu as fait de ton mieux ». Ça fait du bien. Au fond, la lose, c’est peut-être bien la normalité après tout ?

Et en plus, réussir, ça crée de l’exposition, de l’attente. On va attendre de toi que tu gagnes encore, et plus. Et tu vas avoir de la pression. Une pression terrible. C’est insupportable, n’est-ce pas ?

04La compétition n’est pas toute la vie

Glorifier les vainqueurs, enterrer les vaincus

Quand on est des centaines sur la ligne de départ, la vérité, c’est que nous serons bien plus nombreux à repartir les mains vides. C’est la normalité. Une normalité et une réalité que l’on oublie.

Il n’est pas question de glorifier l’échec, mais de le remettre à sa juste place. Peu importe la compétition, il n’y a guère que quelques vainqueurs. On les glorifie, on les porte aux cieux, on en fait des héros, tant mieux pour eux, ils ont gagné. Bien.

Mais leur victoire ne fait pas de moi un raté, un loser, une merde. Pas du tout. Parce que si nous pensons ainsi, cela veut donc dire que la terre entière est peuplée d’une armée de losers ? Sérieusement ? Non. Absolument pas.

Je crois que l’on glorifie un peu trop les vainqueurs, on en fait des dieux vivants. C’est idiot. Qu’on célèbre ceux qui gagnent, c’est bien. Mais si cela doit enterrer les vaincus, là, j’ai un souci. Parce que la gloire d’un vainqueur ne vaut que s’il a des adversaires, n’est-ce pas ?

Rien que cela fait que nous avons du mérite. Celui d’avoir osé s’aligner au départ, d’avoir tenté, même maladroitement. Et chaque pas fait durant la compétition vaut pour apprentissage.

05Se voir comme un loser, un poids qui t’éloigne du plaisir

Ton identité vaut plus qu’une ligne d’arrivée

Et y’a un truc étrange. Se voir comme un loser, un raté, un bon à rien, ça peut sembler confortable, pas vrai. Mais voilà, toi et moi, on sait bien que c’est tout le contraire. C’est un putain de poids à porter.

Et plus tu entretiens cette image de toi, plus ton armure de loser est solide, lourde, moins tu ressens de plaisir. Bien au contraire. L’image que tu as de toi ne cesse de s’écorner, de se diluer, et toi avec. Va prendre ton pied avec ça dans ta vie, toi.

L’identité d’un individu va plus loin qu’une place sur la ligne d’arrivée. Une compétition n’est pas LA vie. C’est quelque chose qui fait partie de la vie. Rien de plus. Alors oui, pour des capitaines d’industrie, pour des grands sportifs, la vie EST une compétition, au moins un temps. Et ils ne vivent que pour et au travers de cela.

Je ne vois pas pourquoi je devrais faire, être et penser comme eux. J’ai toute la liberté de vivre et respirer ma vie autrement. Je ne suis pas célèbre, je n’ai pas de fans, je ne suis pas millionnaire. Et alors ? Ma vie vaudrait moins ? Je ne crois pas. Une vie reste une vie. Et mon identité n’est pas définie par une victoire ou une défaite.

06Non, tu n’es pas un loser

Alors, non, tu n’es pas un loser. Tu es une personne, un individu. Tu as tes victoires, et les minimiser en les comparant aux succès éclatants des pseudos grands de ce monde ne t’aide en rien.

La plus belle des victoires, c’est de vivre une vie dans laquelle tu te sens bien. C’est une vie qui te fait plaisir. Et si tu as du mal à trouver ton plaisir, tu peux toujours te poser, et en parler pour retrouver ton chemin, parce qu’on a le droit de prendre du plaisir dans le fait d’essayer avec sincérité. Et parfois, dans le simple fait de vivre aussi, ce n’est pas interdit. Y’a pas que la gagne dans la vie.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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