Pièces/262/24.07.2026

Ce que nos parents nous transmettent sans le savoir

On hérite de nos parents bien plus que leurs mots : des règles non dites, des schémas invisibles qui guident nos pas depuis l’inconscient. Dans ma famille, on ne construisait pas. Voici comment j’ai brisé ce cercle vicieux vieux de plusieurs générations, sans renier les miens ni chercher de revanche.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
6 min · 1 309 mots
Pièce
262 · 262 pièces publiées à ce jour
wil loyaute 15
wil loyaute 15© Watson

01Une question de loyauté

Nos parents ne sont pas uniquement nos parents. IL y a ce qu’ils nous transmettent de façon clair ou non. Au travers des mots, des actes, de leur aide ou de leur absence de soutien. Il y a tout ce qui se dit, tout ce que nous croyons comprendre.

Et puis, il y a tout ce qui est transmit sans qu’on ne le sache, sans qu’on ne le voit. Et qui est là, qui s’imprime en nous. Et qui guide nos pas, depuis l’inconscient. Tu sais, toutes ces choses que tu peux faire, et que tu ne sais pas expliquer.

Quand on te demande « pourquoi tu as fais cela », tu réponds « je ne sais pas. » Très souvent, c’est quelque chose qui vient de loin. Un héritage silencieux.

Cet héritage, aussi étrange que cela puisse te paraitre, c’est la loyauté à l’esprit de la famille, c’est le respect du dogme familial. Des règles non dites, mais qui existent, et qui sont très puissantes.

02La peur de construire

Je le disais par ailleurs, dans ma famille, on ne construisait pas. On commençait quelque chose, puis, dès que ça se compliquait, on cassait. Parce qu’on n’y arrivait pas, parce que c’était trop dur. On n’avait pas trop d’ambitions.

Et la grande question quand l’un de nous voulait tenter un truc, c’était « Et tu vas faire quoi si ça ne marche pas ? « . On n’avait pas encore essayé, que déjà, on nous faisait anticiper l’échec.

Y’avait aussi cette douce phrase de ma mère « Mais tu t’es vu, tu ne sais rien faire, pour qui tu te prends ? ». C’est le genre de saloperie qui te colle à la peau. Alors, j’ai essayé. Par colère. Pour dire « tu vas voir ce que tu vas voir, je vais te prouver le contraire ».

La colère, c’est un bon carburant pour te mettre en route, pour initier le mouvement. Mais rien n’est pire pour avancer. Il faut trouver un autre moteur, parce que dans la plupart des cas, elle ne suffit pas. Sauf si tu bases ta vie sur la revanche, la vengeance, mais ça, ça ne va pas faire de toi une bonne personne.

Alors, comme je ne trouvais rien en moi qui fut valable, qui me soutienne, à la première difficulté, je baissais pavillon. Avec des sentiments étranges.

J’avais la sensation d’avoir tenté, j’avais échoué, mais je sentais que ma famille m’acceptait mieux ainsi.

C’est étrange de te sentir à ta place quand tu loupes quelque chose. Plus tu foires, plus tu sens en phase avec les tiens. C’est vraiment étrange. Déstabilisant.

Et puis, lentement, le poison fait son œuvre. Ta place, ce n’est pas de réussir. C’est essayer et échouer. C’est essayer, et si ça marche, trouver une raison pour détruire.

03Les schémas

Y’a des schémas qui s’impriment en nous, sans qu’on ne le sache, sans qu’on ne puisse le voir, s’en rendre compte.

Il m’a fallu traverser des peurs, des journées entières d’angoisses, de souffrances, pour voir le tableau dans sa globalité.

Dans l’esprit humain, tout est lié. Et dans mon cas, réussir, m’entêter, c’était aussi manquer de reconnaissance à mes parents, c’était les renier. Et renier ses parents, c’est une putain de douleur. Un enfant n’est pas fait pour cela.

J’ai longtemps refusé la réussite, mais je refusais aussi l’échec. L’un comme l’autre me faisait souffrir d’une façon terrible. Et j’étais bloqué entre les deux.

Entre la volonté de respecter mes parents, et la volonté de me respecter moi, la volonté de réussir ma propre vie, à moi, selon mes valeurs, mes aspirations.

C’est en prenant du recul que j’ai pu voir que malgré tout, j’avais avancé dans mon parcours. J’ai construit une famille aimante, j’ai une belle relation avec ma femme, une belle relation avec ma fille. Nous aimons, nous nous respectons. Nous aimons être ensemble. Tout le contraire de la famille avec laquelle j’ai grandi.

Ce n’est pas tout de se le dire. J’ai fait beaucoup de choses, j’ai réussi, sans en avoir conscience. Et sans cette conscience, rien ne bougeait en moi. L’esprit reste sur les vieux schémas, les vieux réflexes, les vieux repères. Les douleurs restent, les peurs restent, les habitudes persistent.

On peut construire une vie différente, un confort mental, un confort matériel, peut-être même la réussite, et continuer de regarder la vie depuis le mauvais endroit. Depuis le passé.

04Faire mieux que ses parents, un défi

Ce n’est pas si facile que cela d’accepter que l’on fait mieux que ses parents. Et en même temps, c’est facile. Etrange n’est-ce pas ? C’est quoi ce tour de passe-passe ?

Pour que la douleur, même si elle vient du passé, soit supportable, encore faut-il qu’elle nous soit utile, qu’elle serve à quelque chose. Sinon, elle continue d’agir, de me torturer, de me faire mal, sans rien en retour.

Voilà le petit tour de passe-passe : j’ai donné une sorte de sens à mes douleurs, à celles de mes parents, elles servent de socle à tout ce que j’ai pu réussir, que j’en sois déjà conscient ou pas encore. Je n’ai pas souffert tant d’années pour continuer à me faire souffrir. C’est stupide !

Non, je veux que cela serve mon bonheur, que cela soit un garde-fou. Je sais tout ce qu’il faut faire pour être malheureux, pour me faire souffrir, pour faire souffrir les autres, ceux que j’aime. Et je ne veux pas le faire.

De mon expérience, je crois que tous les parents rêvent de voir leurs enfants heureux une fois adulte. Les miens aussi, même s’ils ne savaient pas comment m’y aider. On ne les avait pas aider non plus. Alors, en cela, j’ai plaisir à ce qu’ils puissent aussi avoir cette satisfaction, même si mon père n’est plus là pour le voir. Peut-être le sait-il.

Ainsi, j’ai le sentiment réel de respecter ma famille, de respecter l’héritage. J’ai utilisé ce que ma famille m’a offert pour en faire un socle au service de ma réussite.

05Prendre sa revanche ?

Par réussite, je ne parle pas ici d’une revanche. Chercher sa revanche, c’est vouloir solder les comptes, effacer. Seulement, rien n’efface jamais le passé. Ce qui est arrivé, est arrivé. Et nous devons apprendre à vivre avec.

Mais c’est vrai que connaitre la joie, le plaisir, le bonheur, quand on a grandi dans la souffrance, je dois reconnaitre que ça fait du bien. Pourtant ça n’efface pas. Se battre pour avoir sa revanche en espérant que ça change tout, c’est perdu d’avance.

La revanche c’est être tourné vers le passé. Vouloir simplement réussir, c’est vivre là, au présent, et vouloir préparer au mieux son avenir, celui des siens.

Par réussite, je n’entends pas non plus argent, reconnaissance d’un public ou d’un autre. Dans réussite, j’entends casser un cercle vicieux qui durait depuis quelques générations dans ma famille. Des enfants malheureux, des couples qui se déchirent, des douleurs qui survivent aux générations. C’était ça mon objectif.

Et ma famille à moi, ma femme, ma fille, nous sommes heureux. J’ai réussi avec elles deux. Et chaque jour, nous construisons notre petit bonheur. Je peux donc m’attaquer à la réussite professionnel, et faire face à d’autres démons, d’autres peurs, d’autres schémas.

Et je peux le faire en sachant que je ne suis pas seul. J’ai le soutien de ma femme, le soutien de ma fille, et elles ont envie de me voir parvenir à mes fins. Et je sais que même si je me vautre, elles seront là, elles m’aimeront.

On dit que le soutien inconditionnel est chose rare, un bien précieux. J’ai de la chance, après en avoir beaucoup manqué, j’en ai. Et de la part des personnes qui m’aiment le plus, pour qui je compte le plus. Ce n’est pas une revanche. C’est une réussite. Tout en restant fidèle à mes parents.

Gardons le contact.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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