Quand ça revient, tu crois que t’as régressé
Putain, ça recommence. Le doute débarque sans prévenir. Pas un gros truc spectaculaire, non. Un petit glissement. Une pensée en trop. Une sensation floue dans le ventre. Et très vite, derrière, l’anxiété qui monte.
Puis la peur d’angoisser. La peur d’avoir peur. Comme une double peine.
Tu te dis que t’as merdé quelque part. Que t’as rouvert une porte que t’aurais dû laisser fermée. Que t’avais pourtant fait le job. Avancé. Compris. Traversé. Et pourtant, voilà que ça revient.
Et avec ça, un sentiment encore plus violent : celui d’être faible, démuni, sans défense. Tu ne te dis pas “je doute”. Tu te dis “je replonge”. Comme si le doute était une rechute. Comme si douter, à ce stade, n’était plus autorisé.
Le vrai problème n’est pas l’angoisse, c’est l’idée qu’elle ne devrait plus être là
Ce qui fait le plus mal, ce n’est pas l’anxiété elle-même. C’est la croyance sourde, tenace, que tu devrais être au-dessus de ça. Que maintenant, tu devrais savoir faire. Savoir gérer. Savoir rester droit.
Tu t’es raconté, sans même t’en rendre compte, qu’il y avait un niveau à atteindre où le doute disparaît. Où la peur se tait. Où tu deviens enfin “solide”. Alors quand ça revient, ce n’est pas juste inconfortable.
C’est vécu comme une faute. Comme une trahison. Comme un échec personnel.
Et cette couche-là, invisible, fait bien plus de dégâts que l’émotion brute. Parce qu’au lieu de traverser ce qui se passe, tu te bats contre le fait que ça se passe.
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Il y a un truc rarement nommé, et pourtant central. Parfois, ce que tu ressens comme une montée d’angoisse n’est pas une attaque. C’est un desserrement. Quelque chose lâche un peu. Pas dans la tête. Dans le corps.
Une tension de fond qui se relâche. Un contrôle qui se fissure. Un effort permanent qui s’arrête, ne serait-ce qu’une seconde.
Et là, paradoxalement, le système s’affole. Pas parce que tu vas mal, mais parce que tu ne tiens plus comme avant.
Ton corps ne comprend pas “relâchement”. Il comprend “danger”. Parce que pendant longtemps, tenir a été synonyme de survivre. Tenir bon. Tenir droit. Tenir malgré. Alors quand ça lâche, même légèrement, l’alarme se déclenche. Pas parce que tu t’effondres. Mais parce que tu n’es plus cramponné.
La sensation d’effondrement est souvent une illusion
Ce qui est troublant, c’est que ce desserrement donne exactement les mêmes sensations qu’une chute. Le vertige. La perte de repères. La peur de ne plus maîtriser. Tout dans le corps crie “attention”. Alors tu interprètes ça comme une régression. Comme un retour en arrière.
Mais factuellement, qu’est-ce qui se passe ?
Tu respires encore. Tu es là. Rien ne s’écroule autour de toi. Ce n’est pas une chute. C’est une perte de rigidité. Et quand on a construit sa stabilité sur le fait de ne jamais lâcher, la moindre souplesse ressemble à un précipice.
Tenir trop fort donne l’illusion de la stabilité
Tenir, ça donne une impression de solidité. De contrôle. D’efficacité. Tu gères. Tu anticipes. Tu contiens. Et de l’extérieur, ça ressemble à de la force. Mais cette force-là a un coût.
Un coût sourd, discret, constant. Une fatigue qui ne vient pas du manque d’énergie, mais de l’excès de vigilance. De la responsabilité permanente de ne pas flancher. De ne pas douter trop fort. De ne pas laisser passer ce qui pourrait te déborder.
À force, tenir devient une seconde nature. Et le jour où ça se relâche, même un peu, tu ne reconnais plus le terrain. Tu te dis que tu perds pied, alors que tu arrêtes juste de serrer les dents.
Le combat contre l’anxiété alimente souvent l’anxiété
Il y a un piège redoutable là-dedans. Plus tu interprètes ce desserrement comme un problème à corriger, plus tu rajoutes de la tension. Tu observes l’angoisse. Tu l’analyses. Tu la surveilles. Tu veux comprendre pourquoi elle est là et comment la faire partir.
Et sans t’en rendre compte, tu remets une couche de contrôle là où quelque chose e
ssayait peut-être juste de se détendre. Ce n’est pas volontaire. Ce n’est pas stupide. C’est logique quand on a appris que relâcher, c’est dangereux.
Mais le résultat est là : tu tournes en rond. Pas parce que tu es incapable d’avancer, mais parce que tu refuses l’endroit exact où ça change.
Ce moment étrange où l’armure devient inutile
Il arrive un moment, parfois furtif, parfois brutal, où ce qui t’a protégé jusque-là ne sert plus. L’armure est toujours là, mais elle commence à gêner plus qu’à aider. Et le corps le sait avant la tête.
Alors il teste. Il desserre. Il envoie des signaux. Et toi, tu interprètes ça comme un bug. Comme une anomalie. Comme quelque chose à réparer. Alors que c’est peut-être juste un passage. Pas confortable. Pas glorieux. Pas maîtrisé. Mais pas dangereux non plus.
Avant de conclure… Ne reste pas seul-e. La Brigade, un live pour echanger, poser des questions, obtenir des réponses. Une fois par mois, inscription et participation offerte ⟶Et si tu n’étais pas en train de t’effondrer
Et si cette sensation de faiblesse n’était pas une perte, mais une transition ?
Et si ce que tu prends pour une rechute était simplement un endroit où tu ne peux plus faire semblant d’être invulnérable ? Rien n’est cassé. Mais quelque chose arrête enfin de serrer.
Et forcément, quand on a vécu longtemps sous tension, le calme ne ressemble pas à de la paix. Il ressemble à du vide. À de l’instabilité. À une absence de repères.
La question n’est peut-être pas de savoir comment faire disparaître l’anxiété. Mais de te demander ce que tu es en train de lâcher, malgré toi, et pourquoi ça te fait si peur.


