Pièces/258/07.07.2026

Agir malgré la peur

Se figer, fuir, ou combattre : trois réflexes face à la peur, et aucun ne fonctionne vraiment. Après deux infarctus et des années à douter de ma légitimité à écrire, j’ai compris une chose : la clé n’est pas de vaincre la peur, mais d’agir avec elle. Ce que ça change, concrètement.

Auteur
Stéphane Briot
Lecture
7 min · 1 688 mots
Pièce
258 · 258 pièces publiées à ce jour
wil peur 11
wil peur 11© Watson

01Quand la peur te cloue sur place

La peur, si tu la laisses faire, c’est une véritable saloperie. Nous avons trois « solutions » par défaut qui nous sont livrées. Se figer, fuir, ou combattre. Avec ça, c’est pas gagné.

Pour ma part, je me suis longtemps retrouvé totalement figé. Chez ma mère, la moindre erreur entrainait une forme de punition. Physique et/ou verbale. D’abord, j’ai essayé de faire quelque chose. Mais ça n’était jamais assez ou jamais le bon choix.

A force, j’ai fini par me figer, et de me dire : « Au moins, si je fais rien, je sais pourquoi je me fais allumer ». Et pas de bol, j’ai ancré cette sale habitude. D’abord la croyance que ce que je fais n’était pas assez, deux, qu’agir m’apporterait une punition, trois, qu’il valait mieux ne rien faire.

Lance toi dans la vie avec ça, bon courage. J’ai collectionné quelques gadins phénoménaux.

Il aura fallu que la vie me réveille, en mode brutal, pour que je me remette enfin à bouger. Mais bouger quand la peur de prend dans ses bras, te serre bien fort, t’impose un gros câlin, c’est tout, sauf confortable.

C’est là que la dimension « combattre » prend, crois-tu, tout son sens. Alors qu’en fait, ça n’a aucun sens. Enfin, pas celui que tu pourrais croire.

Au fil de mes lectures, j’ai découvert que plus tu luttes (donc, plus tu es dans le combat), plus l’émotion que tu cherches à combattre renforce son emprise sur toi. Alors, combattre une émotion comme la peur ne sert qu’à une chose : la renforcer.

Et renforcer la peur, c’est exactement ce que tu ne veux pas. Tu veux qu’elle te foute la paix. Il est vrai que l’affaire est un peu tordue, tu ne trouves pas ? Moi, si.

02Vivre, malgré la peur de la mort

Fin 2022, j’ai décidé de me reprendre en main, et de dépasser ces peurs. Je ne sais pas si nous pouvons « vaincre » une peur. Parce que vaincre implique un combat. Et toute l’astuce réside dans le fait de ne pas combattre justement. Mais de dépasser. D’agir, malgré la présence de la peur.

Après mon second infarctus, j’avais une peur terrible de la rechute. Mais je suis allé nager, je suis allé marcher. J’avais la trouille, mais me mettre en mouvement était la meilleure idée pour reprendre confiance en mon corps.

Et c’est venu, peu à peu. Je bougeais, et au bout de quelques minutes, j’oubliais la peur, je n’y pensais plus. En plus, quand tu nages, le fait de mettre la tête sous l’eau t’oblige à penser à une seule chose : ta respiration.

Tu dois penser à expirer sous l’eau et inspirer en dehors. Si tu te loupes, bon courage pour inspirer sous l’eau. Essaie, mais crois moi, ça va pas bien se passer.

Et ce mouvement cyclique, l’air de rien, ça aide à te vider la tête, à revenir à ce fameux instant présent, et rien d’autre. Et puis, tu prends conscience qu’en fait, ça va. Tu tiens le choc, tu arrives à nager. Et lentement, la peur se dissipe.

Pour être transparent, une telle frousse, elle ne disparait pas totalement. Parce que c’est ta vie qui est en jeu. Mais tu arrives à vivre avec, à mettre en face quelque chose de tangible, de concret, de réel. Et tu retrouves de la tranquillité. Suivre le traitement, ajuster l’alimentation, arrêter de fumer, et faire un peu de sport, bouger, ça permet de retrouver une assise fiable.

03La peur de ne pas « y arriver »

Celle-là, tu dois la connaitre. « j’ai peur de ne pas y arriver ». Mais arriver à quoi ? Dans le genre floue, bien planquée, non nommée, cette peur-là est un modèle. Et une peur, tant que tu ne la nommes pas avec précision, elle conserve un fort pouvoir sur ton esprit.

Un exemple. Il m’est arrivé à un moment de me retrouver face à mon écran. Et à sentir une angoisse bien sourde, bien forte, venir me tétaniser. Sueur, coeur qui tape, ventre serré, respiration saccadée, la totale.

Mais j’étais incapable de dire ce qu’il se passait en moi. Il me faudra des années avant de comprendre. Alors, il s’est passé quoi ?

Plusieurs peurs sont venues s’agglomérer. D’abord, je ne me sentais pas légitime à parler de développement personnel, de psychologie, de santé mentale. Je ne suis certes pas diplômé en psychologie, mais je me suis formé. Je ne parle pas de nulle part. j’ai ingurgité plus de cinq cents ouvrages. Je suis parti du développement personnel, puis, par ennui, et envie de creuser, j’ai migré vers la psychologie.

Le développement personnel, c’est mignon, c’est la version vulgarisée de la psycho. Par ailleurs, le côté « j’ai réussi, toi aussi tu peux », ce discours motivationnel de supermarché, ça m’a vite gonflé.

Mais voilà, comme j’ai souvent entendu et cru que j’étais un bon à rien, hé bien prendre la parole sur un tel sujet, j’ai flippé, et pas qu’un peu. Surtout que les réactions sur le web peuvent être très virulentes. Je ne me sentais pas de taille à affronter cela, une fois de plus.

En résumé, je ne me sentais pas légitime. Ensuite, j’avais peur de ne pas être « juste » dans ma vision, dans mes propos. Et enfin, j’avais peur des réactions des lecteurs. Va écrire un blog avec ça. Laisse tomber.

Écrire, malgré les peurs

Et laisser tomber, c’est ce que j’ai fait. Et j’en étais malheureux comme les pierres. Alors, après mon second infarctus, je me suis bougé.

J’ai posé mes peurs dans un carnet. Je suis remonté aux sources, aux origines de ces trouilles. Histoires de nettoyer le plus et le mieux possible. De comprendre, de savoir. Mais voilà, savoir d’où cela vient, comprendre la logique, ça ne te met pas en mouvement.

Donc, je me suis mis à écrire. Et là, tout ce que j’avais lu m’est revenu. Je me suis accroché à cela. Je fais une erreur. Je ne cite que rarement mes sources. Je n’ai pas ce réflexe universitaire.

Quand je parle d’une chose, c’est que je l’ai lu, une fois ou deux, ou trois, sous une forme ou une autre. Et j’ai intégré la chose, ce qui signifie que je l’ai confronté à mon expérience de vie. Je ne suis pas là pour raconter des conneries, ce serait de la folie pure.

Et sachant ce que j’ai traversé, ce que j’ai enduré, je me donne le droit de me faire confiance. Ce n’est pas hautain, ou distant, ou prétentieux. Je sais. Point. Mais j’accepte aussi des points de vue différents. Parce que dans la psycho, il n’existe pas un unique chemin pour aller d’un point à un autre.

Ainsi, je m’appuie très fort sur mon parcours de vie, mes accidents, mes douleurs, mais aussi, mes victoires, aussi infimes puissent-elles être. Et peu à peu, j’ai retrouvé le gout d’écrire, l’envie d’écrire.

Ce qui se passe dans nos têtes, nos cœurs, ça me passionne. Quand je trouve ce qui me semble être le bon angle sur un sujet donné, je peux alors écrire entre mille et deux mille mots sans y penser. Ca coule de source. C’est ici que mon expérience m’est utile.

Le but n’est pas de dire « regarde lecteur, je suis un héros, j’ai survécu à tout ça », non, rien à foutre de ça. En revanche, prendre un concept et l’illustrer avec mon parcours, ou bien prendre un fait saillant de mon parcours, et le faire ensuite rentrer dans un concept, ça, c’est intéressant.

C’est une chose que j’ai toujours aimée : mettre en pratique. Ne pas me contenter de la théorie. Mettre en application, démontrer via l’expérience du terrain, donc, de la vie. Ca ne veut pas dire que j’ai raison à tout prix. Cela veut simplement dire que ce que j’écris est vérifiable, légitime.

Je n’ai certes pas de diplôme pour légitimer mes compétences, mais j’ai une expérience de vie qui me permet de légitimer mes propos. Et je peux le vérifier quand je m’assieds dans le cabinet d’un thérapeute. La discussion tourne tout autant autour des concepts psychologiques que de mon expérience de vie et des traces qui me pourrissent encore parfois la vie.

Au fil de mes lectures, j’ai découvert et appris que la peur fait partie intégrante de l’expérience de la vie. Vouloir vivre sans peur est une chimère, une hérésie. Avoir peur est inconfortable, mais c’est aussi être en vie.

04Vaincre ou transformer la peur

Vaincre la peur ? Encore faut-il la combattre. Et le combat, nous l’avons vu, ce n’est pas la clé. La clé, c’est l’action. Dans mon cas, ce fut de bouger et d’écrire malgré sa présence. Et cela a fait diminuer la peur. Elle ne disparait pas du jour au lendemain.

D’abord, on apprend à faire alors qu’on sent encore sa présence. Mais on ne l’écoute pas, on ne l’écoute plus. On la laisse parler, c’est un bruit de fond. Et puis, avec le temps, elle parle moins fort, le son est plus lointain, jusqu’à ce qu’on ne l’entende plus.

Elle pourra revenir, se réactiver. Mais là, on aura accumulé assez d’expérience pour savoir comment faire, comment la gérer, comment se gérer. Elle n’est plus un frein significatif.

Ce que j’ai souhaité te montrer ici, au travers de mon expérience de terrain, c’est que peu importe le type de peur, la clé est dans l’action.

Si je peux vivre sans être angoissé par l’idée de la mort, c’est parce que je bouge physiquement mon corps, avec la natation, la marche. Et dans un autre cas, j’agis en écrivant. Je ne cherche pas à vaincre la peur, mais à faire quelque chose, à trouver des points d’appuis concrets, pour me donner confiance.

Une dernière chose. La peur est une émotion. Et une émotion c’est une énergie qui vit en toi. La question est de savoir ce que tu comptes faire de cette énergie. L’utiliser pour la transformer en quelque chose sur quoi t’appuyer pour construire de la confiance, je crois que c’est une bonne idée.

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Stéphane Briot
L’enquêteur

Stéphane Briot

Stéphane, fondateur de Watson. J'écris depuis ce que j'ai traversé, pas depuis ce que j'ai appris dans les livres. Deux infarctus et des années à fuir m'ont appris où ça coince vraiment. Watson, c'est un espace pour les gens qui veulent que quelque chose bouge, pas qu'on leur explique encore une fois pourquoi.

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