Watson/À propos

Qui je suis, et pourquoi je bosse comme ça.

Une vie sans diplôme, deux infarctus, et vingt ans à essayer de comprendre comment on s’en sort. Tout ce que je transmets aujourd’hui vient de là.

Stéphane Briot — portrait
Stéphane Briot — fondateur de Watson

ILe départ

Je suis né en juin 1972, dans une famille où on ne pouvait pas grand-chose. Mon père tenait comme il pouvait. Ma mère était paumée, complètement. Elle avait grandi dans la violence et elle a fait avec moi à peu près ce qu’on avait fait avec elle. Je ne dis pas ça pour l’excuser, je dis ça parce que c’est vrai. Aujourd’hui on se parle encore, à distance, sans drame. Mais l’enfance a laissé ce qu’elle a laissé, et c’est avec ça que j’ai construit ma vie d’adulte — d’abord mal, puis mieux.

Je n’ai pas grandi en me disant que je m’en sortirais. Je ne savais pas qu’on pouvait s’en sortir. Personne autour de moi ne le pensait. C’est sans doute la chose la plus longue à désapprendre.

IILe parcours, sans diplôme

Je n’ai pas fait d’études. J’ai fait des petits boulots, longtemps, puis j’ai fini par décrocher un poste à responsabilité dans une société de sécurité. Pendant tout ce temps, je lisais. Beaucoup. De la psycho, surtout. Des centaines de bouquins, achetés en occasion, lus crayon en main, annotés, relus. Des cahiers entiers de notes que je reprenais le soir, que je confrontais à ce que je voyais autour de moi, à ce que je vivais.

Je ne cherchais pas à devenir quelqu’un. Je cherchais à comprendre pourquoi je fonctionnais comme ça, pourquoi les gens autour de moi fonctionnaient comme ça, et pourquoi les explications qu’on nous servait partout ne tenaient pas la route. C’est ce travail-là, étalé sur des années, qui est devenu mon vrai métier — bien avant que je l’appelle un métier.

IIICe qui a tout retourné

À 37 ans, quelques semaines après la naissance de ma fille, j’ai fait un premier infarctus. Mort subite. Quelques années plus tard, un deuxième, sous les yeux de cette même fille. Hospitalisation, stents, gilet défibrillateur pendant quatre mois, dépression qui s’installe juste après. Quatre mois où j’ai sérieusement pensé à tout lâcher.

Aujourd’hui je vis avec une insuffisance cardiaque, un traitement, un suivi régulier. J’ai la chance d’être asymptomatique — je ne sens rien, mais je sais. C’est une présence sourde qui ne s’efface pas.

Je ne raconte pas ça pour le pathos. Je le raconte parce que c’est exactement à ce moment-là que j’ai compris quelque chose que je n’avais pas voulu voir : je m’auto-détruisais. La colère contre mon enfance, contre ma mère, contre le monde — tout ça, je le retournais contre moi. Mon corps a fini par dire stop avant que ma tête le fasse.

IVMa fille

Ma fille est née en 2009. Elle est touchée par une maladie rare, la CMT2A, qui atteint ses pieds et ses mains. C’est un handicap qui sera là toute sa vie, sans solution médicale pour l’instant. Je dis ça parce que ça fait partie de qui je suis et de ce que je vois quand je regarde la vie.

J’aurais eu, objectivement, tout ce qu’il faut pour me victimiser. Une enfance violente. Deux infarctus. Une fille avec un handicap dégénératif. Si quelqu’un a un dossier solide pour en vouloir à la terre entière, c’est probablement moi. Je l’ai été. Pendant longtemps. Et le résultat de ce ressentiment, je l’ai eu en pleine poitrine.

VLa bascule

À un moment, j’ai arrêté. Pas par illumination, pas par méthode, pas par programme. Par épuisement, surtout, et par lucidité. J’ai regardé ce que ça me coûtait de tenir tout ça à bout de bras — la rancune, la colère, l’idée que la vie m’avait floué. J’ai vu que ça ne réparait rien, que ça ne changeait rien à mon passé, et que ça abîmait mon présent.

Alors j’ai commencé à regarder autrement. Pas mieux, pas plus joliment — autrement. À voir ce qui se passait aussi dans ma vie quand je n’étais pas en train de ruminer. Les bulles de plaisir, brèves, ordinaires, que j’avais filtré pendant des années parce qu’elles ne pesaient pas assez lourd face au reste. Ces bulles existaient. Elles existaient même au plus noir. J’avais juste arrêté de les compter.

VIPourquoi je fais ce travail

Aujourd’hui je vis bien. Pas tout le temps, pas tous les jours — c’est pas rose, ça ne le sera jamais, et c’est très bien comme ça. Mais je vis bien. Et je vois autour de moi un nombre considérable de gens qui sont en train de faire exactement ce que je faisais avant : se raconter que c’est foutu, que la société les broie, qu’ils n’ont pas le choix, que tout est cassé.

Ce discours-là, je le connais par cœur. Je l’ai porté. Je sais aussi qu’il est faux — pas faux dans les constats, faux dans les conclusions. La vie n’est pas juste, c’est entendu. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle est vide. Et la plupart des gens qui me consultent ne sont pas cassés — ils ont juste arrêté de voir.

C’est ce que je fais avec eux : je les aide à se remettre à voir. Pas à devenir quelqu’un d’autre. À regarder ce qui est déjà là.

VIICe que je ne suis pas

Je ne suis pas thérapeute. Je ne suis pas psychologue. Je n’ai pas de diplôme, et je ne prétends pas en avoir. Je suis un autodidacte qui a passé sa vie à lire, à observer, à se tromper, à recommencer. Je ne traite pas de pathologies, je ne pose pas de diagnostic, et si quelqu’un a besoin d’un soin médical, je lui dis.

Ce que je sais faire, je le sais parce que je l’ai traversé et parce que j’ai passé vingt ans à essayer de comprendre comment ça marche. C’est tout. C’est peu, et c’est beaucoup.

VIIIWatson, pour finir

Watson, c’est l’endroit où je mets ce travail à disposition. Pas un programme, pas une méthode, pas une promesse. Un cadre où je m’assois avec quelqu’un et où je l’aide à regarder sa propre vie sans flancher. Le reste — le plaisir, le calme, le sentiment de pouvoir bouger — c’est lui qui le ramène, pas moi qui le lui donne.

Je ne suis qu’un type qui a appris, à ses dépens, qu’on peut très bien vivre avec un passé lourd, un cœur fatigué et une vie pas toujours douce, à condition de cesser de croire qu’on est foutu. C’est ça que je transmets. Rien d’autre.