wil janvier 13

À partir de quand la survie devient une prison ?

Et si ce qui te protège aujourd’hui t’empêchait de vivre ? Quand la douleur devient une habitude, puis une identité, est-ce encore de la survie… ou une prison confortable ? À quel moment rester cesse d’être une force et devient un renoncement discret ?

Tu en es peut-être là : J’ai besoin de faire le point sans être forcé

Survivre longtemps n’est pas vivre

Quand on navigue sur les réseaux sociaux, on trouve de tout, et beaucoup de rien. Et parfois, on tombe sur quelque chose qui allume une lumière là haut. Pas forcément parce que le propos est juste, non, pas toujours. Mais bien parce que cela enclenche instinctivement une réflexion.

Et cette réflexion demande un peu de temps pour être mâchouillée, inspectée, dépliée et posée. Voici ce que j’ai lu il y a quelques jours de cela.

Petit rappel du soir : personne ne sait ce que tu as dû traverser pour être qui tu es et avoir ce que tu as aujourd’hui, par conséquent personne n’a le droit de te faire douter ou de remettre en question ton mérite ou tes valeurs ! Seul toi est capable et légitime de juger ta vie

Il y a plusieurs choses à sortir d’un si petit texte. En premier lieu, il peut être vrai que personne ne sait ce que tu as traversé pour être là. Oui, ça arrive souvent. Pourquoi ? Parce que si nous avons des gens qui se victimisent sans cesse d’un côté, de l’autre nous avons ceux qui ne parlent pas. Jamais. Ou si peu.

Le silence comme stratégie

Ma femme est un peu comme ça. Une tombe. Il arrive quelque chose ? Elle n’en parle pas, elle stocke. Forcément, ça ressort ici, ou là, un peu à l’improviste. J’ai mis quelques années avant de pouvoir valider certaines de mes déductions à son sujet, non sans être passé par la case « non, jamais, tu te trompes ».

Y’a des gens qui ont honte de ce qu’il leur est arrivé. Ils ne veulent pas être vus tel une victime. Alors, silence. On avance. C’est fait. Ouais, sauf que ça, c’est bien toxique à souhait. Ça te bouffe, ça te ronge, ça s’infiltre partout en tout. Et forcément, ça rejaillit un peu à l’improviste.

« Ce n’est pas si grave »

Il est vrai que parfois aussi, cela n’empêche pas la personne de fonctionner correctement. Mais on sent que quelque chose est là. Il existe un blocage, une difficulté, quelque chose qui va venir bouleverser un fonctionnement précis dans une situation donnée.

Tu vas me dire que ce n’est pas bien grave. En fonction du contexte, ça peut s’avérer sans réelle importance. Si ce n’est celui de porter encore les traces d’un événement traumatique survenu des années auparavant. On pourrait s’en passer. Et vivre plus librement.

Les habitudes qui protègent

Quand la bienveillance glisse

Ensuite, et là, on ouvre la porte à une dérive de violence, surtout sur les réseaux, même si le post initial se veut empathique :

personne n’a le droit de te faire douter ou de remettre en question ton mérite ou tes valeurs ! Seul toi est capable et légitime de juger ta vie

Que vont comprendre les gens en lisant cela ? Qu’ils ont le droit d’envoyer paitre, avec force, quiconque s’approcherait de trop près. Il est vrai que certaines aides sont proposées de façon maladroite, ou ne sont pas sollicitées. Doit-on pour autant renvoyer les gens avec pertes et fracas ?

On est dans un monde où l’on se plaint du manque d’empathie, du manque de solidarité, du manque d’écoute, et dès qu’une personne en fait preuve, on la renvoie avec perte et fracas. Ce n’était pas les bons mots ? Pas la bonne façon ? Pas le bon moment ? Peut-être.

La douleur comme identité

Mais en réalité, sur les réseaux sociaux, une immense majorité ne vient pas pour trouver de l’aide. Mais une écoute, pas pour avancer, non. Pour être validée dans sa douleur.

Parce que très souvent, la douleur devient identitaire. C’est le sésame pour trouver sa place dans une communauté.

On est là, ensemble, on souffre tous de la même chose. On s’ambiance, on s’entretient dans notre douleur. On se sent exister, ensemble.

Aller mieux ?

Ce serait quitter les compagnons de galère, les laisser tomber. Quitter son identité. Et aller vers quoi ? Une nouvelle solitude ? Une nouvelle inconnue ? Une nouvelle identité ?

Mais on était bien avant « ça », alors, on voudrait juste redevenir comme avant.

On n’a pas de certitudes que ce sera mieux, pas envie de revivre « ça ». Alors, autant rester là.

Quand la survie devient une habitude

Et puis, peu à peu, cela devient une habitude. Et une habitude qui s’installe, bon courage pour la déloger. Elle devient un compagnon de route.

On la laisse prendre place, parce que, qu’on le veuille ou non, elle apporte du confort et de la sécurité après une effraction dans notre vie.

C’est une habitude qui, veut-on croire, nous protège de la douleur qui est là, dehors. Mais on sait. On sait désormais que cette douleur existe. On l’a ressentie, elle est là, elle rôde, et plus jamais on ne veut y être confronté.

Paradoxalement, on veut éviter d’y être confronté, et en même temps, on ne fait rien pour en sortir. Et, passé un certain temps, c’est sans doute une erreur. Et cette douleur ? Cette douleur que l’on veut croire dehors. Ou est-elle, en réalité ?

Quand le vécu colle à la peau

Dans les deux cas, il y a une forme de lien identitaire qui se crée. On se relie vite à son vécu. J’ai ceci, je suis cela. Même si certaines personnes peuvent donner l’illusion de ne pas vouloir s’y attacher, en refusant d’en parler, elles créent malgré elles un lien très fort avec leur douleur.

Mais il est interdit d’en parler, elles refusent d’aborder le sujet.

Pour les autres, c’est la recherche d’une communauté identitaire au travers des réseaux sociaux, un besoin d’être reconnu dans la douleur, hashtag je suis victime de ceci. Quand elles trouvent cet ancrage, elles ne vont plus en bouger.

Aider, un acte risqué

Dans les deux cas, vouloir aider ces personnes à sortir de là est un pari risqué, parce que tant qu’elles n’ont pas pris la décision de bouger, alors les réactions seront vives, très vives, parfois extrêmement violentes.

Pour les unes, c’est remettre en cause leur force, leur caractère, leur capacité à s’en sortir seules. Je suis une personne forte, autonome, je n’ai besoin d’aucune pitié ou compassion, je vais bien.

Pour les autres, c’est la perte du cercle communautaire, la perte de repères et la perte identitaire.

Ce que j’ai mis du temps à voir

Dans mon parcours, j’ai connu les deux postures. D’abord, celle du silence. Besoin de personne. Pas besoin d’en parler, c’est passé. En fait, non, c’était là, et bien là. Tellement là que je n’y voyais que dalle. Il m’aura fallu quelques années pour voir clair.

En même temps, je me victimisais à tout bout de champ. J’avais une excuse en or. Dis-toi, une mère toxique, j’en ai pris plein la gueule pendant près de vingt ans, des effractions quotidiennes. J’échoue ? Pas de ma faute. Je ne fais pas ? Pas de ma faute.

Il m’aura fallu un accident de vie pour que je prenne enfin toute la mesure de mes actes, de mes postures, et qu’enfin je commence à sortir de ce confort toxique.

Le bunker

La douleur est une excuse, un alibi parfait, une vraie petite prison dorée. On est bien là avec son p’tit trauma, à l’abri des coups de la vie. Mais si on est à l’abri des bombes, on est aussi à l’abri du soleil. Les joies sont plus fades, plus tièdes. Elles ne durent jamais bien longtemps, parce qu’on est déjà dans l’attente du prochain coup.

Et cet abri, ce n’est pas une jolie pièce lumineuse et bien décorée, chaleureuse et accueillante. C’est un bunker souterrain. Ce n’est pas conçu pour vivre, mais pour survivre. Deux mots très différents.

J’en ai eu assez de survivre. J’ai eu envie d’essayer la vie.

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Au fait, qu’est-ce qui te gonfle en ce moment ?